France

Le pape se dit favorable aux unions civiles pour les couples homosexuels, mais l'Église suivra-t-elle?

«Les personnes homosexuelles ont droit à être dans une famille, ce sont des enfants de Dieu, elles ont droit à une famille. On ne peut évincer personne d'une famille, ni lui rendre la vie impossible à cause de cela. Ce que nous devons faire, c'est une loi d'union civile, elles ont le droit d'être légalement protégées. J'ai défendu cela.»

Ces propos du pape François, prononcés dans un documentaire-portrait intitulé Francesco, diffusé le 21 octobre dernier au Festival international du film de Rome, ont fait l'effet d'une bombe dans le monde catholique. Depuis le pontificat de Jean Paul II, l'Église catholique lutte contre toute forme de reconnaissance des couples de même sexe, qui s'apparenterait à une «tolérance du mal», comme le précisait un document de 2003 signé par celui qui allait devenir Benoît XVI deux ans plus tard.

Si François ne change pas la doctrine en prononçant ces mots, il donne néanmoins un sacré coup de pouce aux personnes qui luttent pour ces droits dans les pays où ils n'existent pas encore. Il permet aussi à l'Église de commencer à changer son regard sur l'homosexualité.

Une condamnation séculaire

Trois paragraphes (2357-2359) dans le Catéchisme de l'Église catholique évoquent l'homosexualité et la qualifient d'«intrinsèquement désordonnée». Si l'Église ne condamne pas les personnes, elle pointe les actes homosexuels comme des «dépravations graves», en s'appuyant sur des textes bibliques. Surtout, les papes polonais et allemand ont lutté avec acharnement contre la volonté des États d'octroyer des droits nouveaux aux couples de même sexe, que ce soit par le biais du pacte civil ou, plus tard, par le biais du mariage.

Jean Paul II et Benoît XVI voyaient dans ces ouvertures la preuve que cette société occidentale sombrait dans la décadence.

Jean Paul II et Benoît XVI voyaient dans ces ouvertures la preuve que cette société occidentale sombrait dans la décadence. Mais François, depuis son élection en 2013, a adopté une toute autre posture. Régulièrement, il reçoit des personnes homosexuelles et des personnes transgenres. Il l'a toujours fait, notamment en tant qu'archevêque de Buenos Aires.

Chacun, du reste, garde en tête la fameuse phrase qu'il avait prononcée à l'été 2013 dans l'avion qui le ramenait des JMJ de Rio: «Si une personne est gay et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger?» Certes, le pape n'avait pas varié par rapport à la doctrine: il l'avait simplement reformulée de façon positive.

Des signes d'ouverture

Ici, nous pourrions penser que Jorge Bergoglio fait évoluer cette doctrine. Mais il n'en est rien. L'Église ne reconnaît jusqu'à présent aucune union entre personnes de même sexe, et elle n'a pas ou plus le pouvoir d'influencer les États concernant la manière dont ils veulent s'organiser. Quand François a combattu le couple présidentiel Kirchner à la fin des années 2000 sur le mariage accordé aux personnes de même sexe en Argentine, il envisageait déjà une union civile: cette position médiane ne fut pas soutenue par ses confrères argentins.

Mais il est pape aujourd'hui, et il affirme son soutien à un dispositif qui n'est pas un mariage, mais une union civile. Il récuse le mot «mariage», qui pour l'Église est l'un des sept sacrements, réservé aux couples hétérosexuels. Toutefois, il incite l'Église à commencer sa mue sur ces questions.

Il ne faut pas oublier que la lutte de l'Église catholique contre les droits des personnes homosexuelles était menée aux côtés de l'Arabie saoudite et d'autres régimes dictatoriaux, où régulièrement les personnes LGBT+ sont martyrisées et condamnées à mort: pas certain que ce compagnonnage ravissait le pape, qui vient par ailleurs de publier une encyclique sur la fraternité et l'amitié sociale, Fratelli tutti, dans laquelle il condamne entre autres la peine de mort, «inadmissible», et l'idée de «guerre juste».

La doctrine reste inchangée

Naturellement, le pape argentin ne sera pas suivi par tout le monde dans l'Église sur ce sujet, d'autant moins que cette parole ne modifie en rien la doctrine catholique, qui demeurera telle tant que le catéchisme de l'Église catholique n'aura pas évolué, comme le rappelle à juste titre l'association chrétienne LGBT+ David et Jonathan.

Les paroles du pape François ne modifient en rien la doctrine catholique.

Déjà le rétropédalage ecclésiastique s'est mis en route, et on tente de réinterpréter les propos du pape, pourtant très clairs. Le Vatican a même censuré et escamoté les phrases choc dans sa communication, signe que cette déclaration du pontife, quand bien même elle n'est pas frappée du sceau de l'infaillibilité, dérange la Curie romaine.

Des tensions dans le clergé

C'est que François et son administration sont engagées dans un bras de fer depuis le 24 septembre dernier. Ce jour-là, le pape a relevé le cardinal Becciu de ses fonctions de préfet de la Congrégation de la cause des saints et l'a privé de ses prérogatives cardinalices. Ce prélat, de fait, est accusé de malversations financières et de népotisme. À la Curie, certains ont été choqués par la violence de cette décision. Le pape argentin trouve donc une occasion de reprendre la main: ses propos sur les unions civiles sont plutôt accueillis positivement par l'opinion et lui permettent de redorer son image.

De plus, depuis Sodoma, enquête au cœur du Vatican (Robert Laffont), l'ouvrage de Frédéric Martel qui «souligne les incohérences entre les discours de l'Église catholique sur l'homosexualité et la pratique de certains de ses dirigeants», il est notoire que nombre de prélats mènent une double vie et pratiquent déjà peu ou prou une forme d'union civile, tout en condamnant publiquement l'homosexualité, de manière ferme bien souvent.

François dénonce cette duplicité depuis son élection, car s'il savait bien que des membres de la Curie étaient homosexuels, il n'en imaginait sans doute pas la proportion, ni non plus les murs d'hypocrisie érigés pour masquer les vraies tendances de certains de ses collaborateurs.

Toujours est-il que François ne condamne pas l'homosexualité. En 2018, alors qu'il recevait Juan Carlos Cruz, victime d'agressions sexuelles commises par Fernando Karadima, prêtre prédateur chilien qui avait pu agir avec la couverture de prélats de haut rang, il lui affirmait: «Ça m'est égal que tu sois gay. Dieu t'a fait comme ça, et il t'aime comme tu es.»

En revanche, il condamne la double vie et la rupture des vœux de célibat et de chasteté de ce clergé enclin à rappeler régulièrement la morale catholique et les interdits. D'une certaine façon, les déclarations formulées dans ce documentaire sont une opportunité pour le pape jésuite de dédramatiser ce sujet en interne.

Un long processus

Du reste, sur le terrain, des prêtres et des évêques s'investissent auprès des personnes homosexuelles et de leur famille, et des théologiens réfléchissent aux «critères de validité éthique du couple homosexuel»: les propos de François ne peuvent que les conforter. À l'instar de l'évêque d'Osnabrück, Franz-Josef Bode, en 2018, des clercs réclament la reconnaissance par l'Église des couples de même sexe sous la forme non d'un mariage, mais d'une bénédiction (dont l'étymologie signifie «dire du bien»), notamment en Allemagne ou en Autriche.

Ce soutien inattendu du pape aux unions civiles des personnes de même sexe est donc primordial pour celles et ceux qui veulent voir la doctrine évoluer, une doctrine qui stigmatiserait moins les actes et valoriserait davantage les relations entre les personnes. In fine, ils réclament une doctrine évangélique plus conforme à la pratique de Jésus, que l'évangile de Luc (7,1-10) montre guérissant le petit ami d'un centurion romain.

Toutefois, cela prendra des années avant de voir l'Église changer de mentalité. Certes, François vient d'enclencher un processus important, celui de la dédiabolisation de l'homosexualité au sein de l'Église catholique. Il a bien compris que l'époque avait changé et que la vision ecclésiale de l'homosexualité produisait de grandes souffrances chez les personnes homosexuelles et leurs proches.

Après les paroles, il faut donc à l'avenir scruter les actes, notamment la manière dont la doctrine catholique sur l'homosexualité sera développée dans les différents textes produits par le pape. Ils donneront aussi une indication sur les rapports de force au sein de la Curie et la capacité de François à faire bouger (un peu) la barque de l'Église.

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