Décidément, rien ne se passe comme prévu en économie en ces temps incertains. Même la Bourse ne paraît plus être une source de financement logique des entreprises. Patrick Drahi, le fondateur d’Altice Europe – qui possède notamment SFR, BFM et RMC – va ainsi retirer sa société de la Bourse d’Amsterdam. Il explique que dans un secteur comme les télécoms, réclamant beaucoup d’investissements – déploiement de la fibre, création d’un réseau 5G –, la volatilité des cours est un frein à la stratégie de long terme. Surtout, l’homme d’affaires estime pouvoir trouver de l’argent ailleurs, à des taux d’intérêt peu élevés.

Avant Altice, des groupes comme Radiall, dirigé par l’ancien président du Medef Pierre Gattaz, ou Fimalac, détenu par Marc Ladreit de Lacharrière, ont renoncé à une cotation. En dix ans, la Bourse de Paris compte 15 % d’entreprises de moins. Leur nombre est tombé en dessous de 700. Le phénomène a plutôt tendance à s’accélérer, car dans le même temps, il y a de moins en moins d’introductions en Bourse et de plus en plus de fusions, ce qui réduit mécaniquement le nombre d’entreprises cotées.

Pour justifier leur choix de quitter le marché, les dirigeants mettent toujours en avant les mêmes facteurs : un coût élevé et des procédures assez lourdes. Il faut affecter une équipe dédiée, organiser des rencontres avec les analystes, publier des résultats tous les trimestres, tenir chaque année une assemblée générale des actionnaires. Il y a aussi une pression croissante des investisseurs pour plus de transparence, sans oublier maintenant les fonds activistes qui cherchent à influer sur la stratégie. Dans le même temps, les résultats attendus ne sont pas à la hauteur. Les cours font du yoyo, suivant des logiques de marché qui n’ont souvent pas grand-chose à voir avec la valeur intrinsèque de l’entreprise.

Naguère, les patrons d’entreprises avaient le sentiment d’entrer dans la cour des grands en étant coté en Bourse. Ils en sortent aujourd’hui, car ils pensent trouver mieux ailleurs. Pour réaliser une augmentation de capital, il y a les fonds d’investissement qui regorgent d’argent à placer et manquent de bons projets. Les financements obligataires permettent aussi de lever des fonds pour ceux qui ne veulent pas s’endetter auprès des banques.