France

Les pêcheurs artisans du Var font entendre leur ras-le-bol

Près de quatre-vingts pêcheurs étaient rassemblés, lundi matin, au pied de la préfecture du Var, afin de dire leurs inquiétudes, de faire valoir leurs revendications. Ils ont été reçus par le représentant de l’État.

Alors qu’ils tiraient la sonnette d’alarme en décembre dernier, les pêcheurs artisans varois avaient dit prévoir de se mobiliser. Ce lundi 20 janvier, au pied de la préfecture du Var, ils ont tenu parole.

Dans le vent glacial de ce lundi matin, ils sont près de quatre-vingts rassemblés pour manifester contre ce qu’ils estiment être leur disparition annoncée. Voire volontairement programmée. Car, emmenés par Pierre Morera, président du comité départemental des pêches et prud’hommes des Salins d’Hyères, ces professionnels varois sont convaincus que les contraintes réglementaires de plus en plus drastiques, de plus en plus nombreuses auxquelles ils sont soumis, n’ont qu’une vocation : mettre fin à leur existence.

Le droit de travailler

« Aujourd’hui, la position des pêcheurs artisans n’est plus viable », assure le président du comité. Il en veut pour preuve le nombre de bateaux qui travaillent le long du littoral varois : « 183 il y a un an, contre 167 aujourd’hui. Nous, tout ce qu’on demande, c’est le droit de travailler ! » Or, la réglementation en vigueur, bâtie plutôt pour les exploitants de chalutier en Atlantique, est selon les pêcheurs méditerranéens, clairement - et à escient, croient-ils - en leur défaveur.

Avec une petite délégation de ses collègues, c’est ce que Pierre Morera rappelle au préfet du Var, Jean-Luc Videlaine, qui accepte de les recevoir. Et en attendant qu’ils ressortent de l’entrevue, les pêcheurs restés devant la grille de la préfecture en profitent pour revenir sur les revendications portées par leurs représentants.

Inadapté

« Néné » évoque ainsi la règle qui oblige les pêcheurs de catégorie 4 - celle dont font partie les pêcheurs artisans de Méditerranée -, à respecter une limite à cinq milles de leur port d’attache, là où les plaisanciers, dont les embarcations sont parfois moins sécurisées, peuvent aller jusqu’à six milles d’un abri quel qu’il soit. Les pêcheurs varois demandent donc de pouvoir aller jusqu’à huit milles d’un abri.

« Pépito », prud’homme de Giens, prend le relais et tance « une réglementation inadaptée sous prétexte de sécurité ». Il assène : « On nous impose toujours plus, on est submergé ». Il pourrait illustrer son propos par cette obligation datant d’il y a tout juste un an de réaliser une expertise amiante, dont le coût va de 350 à 1 000 euros.

Marco raconte à son tour comment il a récemment dû débourser plus de 5 000 euros pour obtenir un certificat d’initiation nautique, après quatre mois de formation à L’Institut de promotion et de formation aux métiers de la mer de La Seyne. Alors qu’il est en mer depuis 1990.

La règle des 180 jours

Quant à Yves, pêcheur retraité mais toujours actif, il dénonce la règle des 180 jours. Celle-ci prévoit que les pêcheurs qui n’exercent pas six mois dans l’année perdent leurs permis de mise en exploitation. Ainsi, les « pensionnés », qui complètent leurs petites retraites, se voient obligés de mettre leurs bateaux en vente, faute de licence. Des navires qui, en même temps, ne trouvent plus preneur.

Ces difficultés, les pêcheurs varois peinent à les faire valoir. Pierre Morera regrette en effet que leur administration de tutelle, la direction départementale des territoires de la mer, « ne fonctionne pas ». Le président du comité départemental des pêches n’hésite pas à parler d’incompétence.

Heureusement, le responsable et ses confrères, ont trouvé, hier, une oreille attentive auprès du préfet. Ils espèrent donc avoir des nouvelles - bonnes de préférence - d’ici à la fin du mois prochain. Si ce n’était pas le cas, les pêcheurs envisagent des actions d’une autre ampleur. « Jusqu’ici, on n’a pas voulu embêter les gens qui le sont suffisamment avec les grèves. Mais là, on pourrait bloquer le port de Toulon, brûler un bateau de pêche », avertit Pierre Morera, qui donne rendez-vous début mars.

Et ils l’ont montré : les pêcheurs varois sont du genre à respecter leurs promesses.