France

"Les Toulonnais, ce sont les supporters des Crusaders sous stéroïdes": le stade Mayol fête ses 100 ans

EPISODE 5/10. A l’occasion du centenaire du stade, inauguré le 28 mars 1920, nous vous proposons une plongée dans un siècle de petites histoires et de grandes épopées.

Bien peu de stades en France peuvent se targuer d’avoir un surnom. Il y a bien "la cuvette" de Sapiac à Montauban, mais à bien chercher, un seul incarne le chaudron, en ébullition.

Mayol, évidemment. Un chaudron qui deux fois par mois, depuis toujours, se nourrit d’ingrédients immuables (colère, volonté, sacrifice), le tout arrosé d’un bouillon corsé aux cris et chants du peuple de Besagne.

Faites chauffer tout cela au soleil de Provence, ajoutez-y un brin de muguet au printemps, et vous obtenez non pas un simple stade, mais un monument. Un Panthéon d’ovalie. Un lieu mythique, à la fois fantasmé et redouté par tous les joueurs de rugby de notre pays. Et plus récemment d’Europe.

Pierre Berbizier était resté dans les vestiaires

Un stade à la réputation de traquenard, où la violence s’invitait jadis plus qu’ailleurs pour faire régner la loi du talion. Qui a vécu Mayol avant l’ère du professionnalisme se souvient d’un RCT-Agen sur fond de rivalité internationale exacerbée entre Gallion le surdoué et le laborieux Berbizier. Insulté à chaque fois qu’il touchait un ballon, le demi de mêlée agenais n’était pas ressorti des vestiaires à la mi-temps. Puni par un peuple au chauvinisme féroce.

Ou de cette générale monumentale en Challenge Du Manoir face à l’ennemi déclaré Grenoble, qui avait l’outrecuidance de revendiquer un rugby aussi poilu que celui du RCT. Trente joueurs pour une pluie interminable de coups.

C’est cet héritage aujourd’hui désuet que porte chaque jeune joueur à l’heure de sa « première » à Mayol. Son bizutage. Combien d’entraîneurs venus prendre une taule en bord de rade, se sont félicités d’avoir pu lancer de jeunes joueurs « dans le grand bain de Mayol » ? Une arène pour grandir et jouir. Sans entraves.

« Pour moi, le plus fort c’était les mêlées à 5 mètres, se souvient le pilier de devoir Michel Périé, titré en 1992. On ne prenait pas la pénalité, on allait en touche, on se mettait en position et tu écoutais le public. “Touuuuuuu-lon !”, et là notre mission, c’était de déposer le huit de devant adverse dans l’enbut. À chaque centimètre gagné, l’ambiance montait. Et après, si on avait marqué, généralement on enchaînait. ça montait et ça nous transcendait, ce stade en ébullition. Souvent, on arrivait à fracasser l’adversaire ». Un autre temps avec sa forte culture du jeu d’avants qui s’est estompée avec l’évolution du rugby.

Rituel identitaire

Avec l’avènement du rugby spectacle souhaité par Mourad Boudjellal, les jours de match se sont drapés d’un rituel à forte valeur identitaire. Chant de la Coupo Santo, lancer du Pilou-Pilou avant les coups d’envoi, ce chant qui était jusqu’alors l’apanage des équipes de jeunes puis repris par les Fadas en tribune Bonnus avant d’être glorifié.

Puis vint la traversée de la foule qui transcende tous ceux qui ont eu l’auguste privilège de la vivre. En 2012, le frondeur Pascal Papé osa affronter le couloir à la tête de ses soldats roses parisiens. Sous les huées. Histoire de démystifier l’instant, et involontairement le renforcer. C’est ici, à l’entrée des artistes, que les supporters ont vécu la plus grosse ambiance (hors célébration des titres) des quinze dernières années. À l’occasion du premier quart de finale européen de l’histoire du club en 2013 face à Leicester (victoire 21-15). Une foule en délire, des gens perchés sur les toits et terrasses des commerces, une vague géante portant ses héros vers l’exploit.

Ce jour-là, le RCT aurait pu remplir le Vélodrome sans sourciller. Mais non, c’est à Mayol que le miracle eut lieu. Un match de légende pour conforter celle de son écrin.

"The place to be"

Avec l’internationalisation accélérée de l’équipe, la réputation de Mayol a traversé les frontières à la vitesse d’une vidéo partagée sur les réseaux sociaux. De Londres à Buenos Aires, d’Auckland au Cap,

le stade du RCT est devenu « the place to be » en Europe.

Le génial All Black Andrew Mehrtens (70 sélections), au RCT de 2007-2008, en dira : « Les Toulonnais, ce sont les supporters des Crusaders sous stéroïdes ». L’histoire d’un peuple et son stade. Si fiers de leur différence.

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