France

Municipales 2020 : Macron discret et ministres mobilisés, LaREM cherche sa voix

Un scrutin qui n'est pas national. C'est ainsi qu'Emmanuel Macron présente les élections municipales. En marge de ses vœux à la presse et en réponse à une question sur un possible remaniement après le scrutin, le président de la République a déclaré : "Je ne vais pas considérer que les gens votent pour tel ou tel candidat parce qu'ils soutiennent ou pas le président, je crois que ce n'est pas vrai, c'est très très rare, et je n'en tirerai pas de manière automatique des conséquences nationales".

Mais à deux mois des élections municipales, la prise de distance du chef de l'État peut représenter un avantage pour certains candidats : "Elle leur permettra, eux aussi, de se détacher de l’actualité nationale et de ne pas se faire complètement pourrir leur campagne par l’histoire de la réforme des retraites", note Olivier Bost, éditorialiste politique chez RTL.

En coulisses, la majorité reconnaît que les conditions pour mener une campagne de façon sereine sont compliquées avec la grève contre le projet de réforme des retraites. C'est pourquoi le gouvernement souhaite sortir de cette thématique. Tout cela sous le regard discret du chef de l'État. 

Discrétion de mise pour Macron

C'est donc avec prudence qu'avancent Emmanuel Macron et La République En Marche pour ce scrutin. D'autant plus que la situation s'annonce difficile pour la majorité dans nombre de grandes villes. "Le mouvement qui m'a porté à la présidence n'existait pas aux dernières municipales. Considérer qu'on peut du jour au lendemain rafler les municipales comme on gagne les législatives est faux, car l'équation politique n'est pas la même", a plaidé le chef de l'État.

Un de ses proches résume l'état d'esprit du président à l'AFP : "Depuis le début, le président s'est bien gardé de trancher entre Griveaux et Villani". Un autre embraye : "Je crois que ce n'est pas souhaitable car le président n'est pas un chef de parti. Personne ne comprendrait qu'il le fasse à Paris et pas à Bordeaux, Lyon, etc". Mais selon des sources concordantes, citées par l'AFP, le président de la République pourrait bien sortir de sa réserve pour le cas précis des élections municipales à Paris. Benjamin Griveaux, candidat désigné par LaREM fait face à Cédric Villani, député de la majorité, en dissidence.

Emmanuel Macron devrait ainsi envoyer "un signal" en faveur de Benjamin Griveaux prochainement, peut-être même d'ici à début février. Le temps presse pour l'ancien porte-parole du gouvernement. Selon un sondage publié dans Le Journal du Dimanche, au premier tour des municipales, la liste de Benjamin Griveaux obtiendrait 15% et celle de Cédric Villani 13%. Ils paient tous les deux la division de leur camp. Ils ont aussi tous les deux besoin de capter une partie du vote de centre-droit.

La macronie monte au créneau

En attendant le fameux "signal" d'Emmanuel Macron, l'exécutif, lui, se mobilise. Au moins une dizaine de membres du gouvernement se lancera dans les élections municipales de mars 2020, en tête ou en soutien sur une liste. Les poids lourds du gouvernement resserrent les rangs autour de Benjamin GriveauxMarlène Schiappa, la secrétaire d'État en charge de l'Égalité entre les femmes et les hommes, se présentera en numéro 2 dans le XIVe arrondissement. Le patron du parti Stanislas Guerini figurera sur la liste du XVIIe, et la secrétaire d'État à l'Industrie Agnès Pannier-Runacher sera candidate dans le XVIe. Des discussions sont aussi en cours concernant la candidature dans le XVe de la ministre de la Santé Agnès Buzyn

De son côté, Didier Guillaume (Agriculture) sera tête de liste à Biarritz. Geneviève Darrieussecq (Anciens combattants) figurera sur une liste à Mont-de-Marsan, mais pas en tête. Le secrétaire d'État aux Transports Jean-Baptiste Djebbari sera numéro 2 de la liste à Limoges. La secrétaire d'Etat aux Solidarités Christelle Dubos se présentera sur une liste à Sadirac (Gironde), "sans doute comme N.2" dit son entourage, et le ministre auprès des Relations avec le Parlement Marc Fesneau dans son village de Marchenoir (Loir-et-Cher).  

Le ministre de la Culture Franck Riester sera candidat à Coulommiers (Seine-et-Marne) et décidera courant janvier de sa position sur la liste, a fait savoir son entourage. Gabriel Attal (secrétaire d'État à l'Éducation) sera présent en appui sur la liste LaREM à Vanves (Hauts-de-Seine).

Exit l'étiquette La République En Marche ?

La question de l'étiquette politique est au cœur des stratégies électorales pour ces élections municipales. Une notion qu'Emmanuel Macron ne perd pas de vue. "Il y a des mouvements politiques engagés dans une majorité présidentielle, beaucoup de maires ne veulent pas avoir d'étiquette pour ne pas nationaliser leur élections", a-t-il souligné. Sur le terrain, La République En Marche a suggéré à certains de ses candidats de ne pas afficher obligatoirement le logo du mouvement sur leurs affiches de campagne. Et de privilégier une étiquette de "rassemblement / société civile", comme l'indique BFMTV. 

Le gouvernement a aussi décidé de ne plus attribuer de "nuance" politique aux candidats aux municipales dans les communes de moins de 9.000 habitants. Une décision qui attise la colère de l'opposition et des élus LR ont saisi le Conseil d'État. 

Différent de l'"étiquetage", qui permet aux candidats de choisir librement une étiquette, le "nuançage" effectué par les préfets consiste à attribuer une couleur politique aux listes et candidats, y compris ceux qui se sont déclarés "sans étiquette". Le but est d'établir au niveau national le rapport de force entre les grandes tendances politiques.   

Sortir de la réforme des retraites

Il est aussi crucial pour la majorité de sortir de la crise sur la réforme des retraites. Emmanuel Macron a d'ailleurs ouvert la porte à d'autres sujets, comme un référendum sur les propositions que feront les 150 Français de la Convention citoyenne sur le climat. Une annonce qui n'est pas anodine, alors que les municipales prennent une teinte verte avec de multiples enjeux écologistes.

Le chef de l'État va également promouvoir l'attractivité économique de la France avant le traditionnel forum de Davos, avec l'objectif de prouver qu'elle ne pâtit pas du conflit social. Les 17 et 18, ont ainsi été exposé 101 produits fabriqués en France (un par département) à l'Élysée. 

Autre projet du président : la lutte contre le communautarisme. Elle sera évoquée "avant les municipales" de mars. "Je prendrai de nouvelles décisions" contre "les forces qui minent l'unité nationale", a indiqué Emmanuel Macron le 31 décembre. L'année s'annonce également chargée sur le plan international, ayant débuté avec la brusque poussée de fièvre entre l'Iran et les États-Unis, qui "préoccupe fortement" Paris. Emmanuel Macron a multiplié ces derniers jours les entretiens téléphoniques avec la plupart des acteurs de la crise, même si la France et l'Europe peinent à peser. 

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