France

On connaît la chanson, pas les paroles 4/14. Eddy Mitchell Il ne rentre pas ce soir, clap de fin des trente glorieuses 

Il a l’air bénin, comme ça, M’sieur Eddy, à surfer tranquille sur son image d’ex-yéyé devenu crooner officiel de la France des baby-boomers. Mais, ne vous y fiez pas : Claude Moine est aussi un auteur, un vrai, qui sait tremper sa plume dans les blessures de celles et ceux qui l’écoutent. Ni vraiment chanteur « engagé », ni chanteur « à textes », son truc à lui, c’est la tranche de vie, la balade bien ciselée qui, à petites touches, installe l’ambiance, ne décrit pas mais fait ressentir.

Flash-back : nous sommes en 1978. Eddy Mitchell vient de traverser une période compliquée. Après la séparation des Chaussettes noires, sa carrière solo – pourtant bien lancée avec des hits énormes comme Toujours un coin qui me rappelle (1964) – s’est mise à patiner. Le succès ne revient pour de bon qu’à partir de 1976, avec l’album Sur la route de Memphis et le titre éponyme, un de ses plus gros tubes. C’est donc un homme qui sait ce que c’est que d’avoir des hauts et des bas qui choisit d’ouvrir son nouvel opus, Après minuit, par cette balade aigre-douce : Il ne rentre pas ce soir.

Un sujet extrêmement sensible dans la France des années 70

La rythmique lourde, bien dans l’air du temps, évoque « la démarche mal assurée » et lasse de celui qui « s’en va de bar en bar » au cours de cette soirée d’errance : il vient de se faire licencier. Aborder ce sujet, c’est toucher une corde extrêmement sensible dans la France de la fin des années 1970. On ne le sait pas encore, mais les Trente Glorieuses, période de croissance ininterrompue, de plein-emploi et de conquêtes sociales, se sont achevées brutalement avec le premier choc pétrolier de 1973. Le pays, qui n’a jamais compté plus d’une centaine de milliers de chômeurs au long des années 1960, franchit dès 1975 la barre du million de sans-emploi. Un mois et demi après la sortie de l’album, le 17 octobre, les patrons de Sacilor et d’Usinor annoncent respectivement 8 500 et 12 500 licenciements.

C’est le début de la grande crise de la sidérurgie lorraine. On est après minuit : le pays hébété, qui s’était habitué à rouler carrosse, se retrouve citrouille. Les lendemains déchantent d’autant plus qu’après les espoirs du Programme commun, signé l’année d’avant, la gauche désunie s’est fait ratiboiser aux législatives de mars. C’est tout cela qu’évoque la chanson, mais à hauteur d’homme : « Le grand chef du personnel/L’a convoqué à midi » pour lui annoncer : « Vous êtes dépassé/Et du fait, vous êtes remercié. »

Les petits seigneurs du monde du travail ne sont plus à l’abri

Plutôt qu’un ouvrier, c’est un cadre dont le monde s’effondre : « Fini le golf et le bridge/Les vacances à Saint-Tropez/L’éducation des enfants/Dans la grande école privée. » Pour mettre en évidence le fait qu’en 1978, même les cadres, ces petits seigneurs du monde du travail, ne sont plus à l’abri. La chute est d’autant plus brutale : s’ « il ne rentre pas ce soir », c’est qu’ « il a peur d’annoncer/À sa femme et son banquier/La sinistre vérité./Être chômeur à son âge/C’est pire qu’un mari trompé. » Et – chose rare –, notre crooner devient cruel : « Il pleure sur lui, se prend/Pour un travailleur immigré. » Pour un cadre blanc, quinquagénaire, se voir ramené en une demi-journée au statut d’invisible, de méprisé, de variable d’ajustement qui était – et demeure – celui des immigrés, c’est insupportable : « Il n’y a plus d’espoir, plus d’espoir. »

Mine de rien, Schmoll (son surnom, small avec l’accent anglais, une blague sur sa grande taille entre potes de jeunesse) est à l’avant-garde. S’il a déjà lui-même évoqué, dès 1965, la dépersonnalisation et la dépossession à l’œuvre dans le monde du travail à travers Société anonyme, treize ans plus tard le chômage n’est toujours pas un sujet dans la chanson ou le cinéma. En France, Une époque formidable, le film de Gérard Jugnot, qui raconte une histoire similaire, ne sortira qu’en… 1991, annonçant la vague du cinéma « social » des années 1990 et 2000. En Grande-Bretagne, seuls les Kinks ont abordé le sujet, dès la fin des années 1960, avec des titres comme Dead End Street. Et UB40, le célèbre groupe de reggae anti-thatchérien qui a pris le nom du formulaire d’inscription au chômage, ne se formera que début 1979. Alors, léger M’sieur Eddy, l’ancien chanteur yéyé ? Oui, mais pas que.

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