France

« On pourrait passer une vie à creuser l’énigme Debussy »

La Croix : Dans quelques jours, vous retrouverez le violoncelliste Gary Hoffman lors d’un concert du festival de La Dolce Volta. Qu’avez-vous mis au programme ?

Philippe Bianconi : Gary est un musicien avec lequel j’ai joué régulièrement ; nous avons même enregistré ensemble un disque de musique russe il y a vingt ans… Le retrouver, dans le contexte présent où chaque concert est une petite victoire, me donne donc un plaisir évident. Debussy est au cœur de notre récital, samedi 31 octobre, sur la scène des Bouffes du Nord.

Nous commencerons par sa Sonate pour violoncelle et piano, écrite la même année (1915) que les Études que je jouerai également lors de ce concert. En miroir, Gary seul puis à nouveau lui et moi réunis, nous donnerons à entendre des pièces, pleines de verves et de charme, de l’Espagnol Gaspar Cassadó. Les échanges et influences entre la France et l’Espagne musicales ont été très intenses dans la première moitié du XXe siècle et nous trouvions intéressant de le rappeler.

Vous voici donc, en concert mais aussi avec un nouveau CD, de retour dans l’univers de Claude Debussy. Quelle place occupe ce compositeur dans votre travail ?

P. B. : Debussy est toujours sur mon piano, sa musique ne m’abandonne jamais. Après avoir gravé en 2012 les deux livres de ses Préludes, l’étape suivante était tout « naturellement » les Études, pièces redoutables techniquement et, d’un point de vue esthétique, somme extraordinaire de toutes ses recherches sur le langage musical. Debussy y repousse encore les limites et, sans renier ce qu’il a pu écrire auparavant, ouvre une porte sur la musique du XXe siècle.

Les Études figurent peut-être son suprême chef-d’œuvre, un point de non-retour. Paradoxalement, il atteint un degré de liberté inouï, dans une forme - le mot « étude » le dit bien - apparemment très contrainte : il se lance un défi à lui-même, invente des couleurs, des rythmes, des superpositions de notes qu’il n’avait pas encore risqués.

Ce ne sont pourtant pas des pièces arides ?

P.B. : Pas le moins du monde ! Les Études débordent de vie, d’émotion, d’atmosphère mais, contrairement aux Préludes dont les titres merveilleux suggèrent des images - La Fille aux cheveux de lin, La terrasse des audiences du clair de lune, La cathédrale engloutie… - elles n’ont pas de signification autre que celle de la poétique musicale.

On pourrait passer une vie à creuser l’énigme qui se dégage de l’œuvre de Claude Debussy : on s’en approche parfois mais, aussitôt, quelque chose nous échappe. C’est à la fois fascinant et intimidant, pour l’interprète comme pour l’auditeur. À ce titre, Debussy peut sembler encore aujourd’hui plus difficile d’abord que Ravel par exemple, dont le génie plus classique, se révèle moins déconcertant.

Je me pose la question en concert : faut-il tenter de le rendre familier au risque de le dénaturer en rendant sa musique trop « terre à terre », ou, au contraire, se laisser porter par son mystère et dire au public : « laissez-vous aller, ne cherchez pas à comprendre ! » Je me trouve souvent à mi-chemin entre ces deux options…

Au côté des Études, votre CD propose Le Martyre de Saint-Sébastien du même Debussy ? Quelle est donc cette partition ?

P.B. : Il s’agit de la transcription pour piano réalisée par André Caplet d’une œuvre composée par Debussy en 1910-1911, sur un texte de Gabriele D’Annunzio. Il y répondait à une commande de la danseuse Ida Rubinstein. Nécessitant des solistes, un récitant, un chœur, un orchestre, la pièce est rarement donnée, d’autant que le livret de D’Annunzio semble bien daté. Mais elle recèle des merveilles auxquelles la transcription très talentueuse de Caplet rend justice.

On y retrouve cette étrangeté qui imprègne la partition originale, née sans doute du sujet religieux, univers peu exploré par Debussy. La lenteur méditative de ce Martyre me semblait, en outre, un bon contrepoint aux Études qui, elles débordement d’énergie et de vélocité.

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En pratique :

Festival La Dolce Volta les 31 octobre et 1er novembre au Théâtre des Bouffes du Nord. Rens. bouffesdunord.com.

Études de Claude Debussy par Philippe Bianconi sous le label La Dolce Volta.

Philippe Bianconi publie aussi un enregistrement des deux Concertos pour piano de Brahms avec l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo sous la direction de Michal Nesterowicz (label Printemps des Arts de Monte-Carlo).

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