France

Papa ne part plus en voyage d’affaires

Les cadres ont moins de problèmes de décalage horaire depuis quelques mois. La crise du coronavirus freine la reprise de leurs transhumances professionnelles, après les avoir presque entièrement stoppées. « Le nombre de voyages d’affaires à partir de la France ne représente que 40 % de l’activité habituelle d’un mois de septembre, constate Julien Kauffmann, PDG de Amex GBT France, la branche hexagonale du numéro un mondial des agences de voyages spécialisées dans les déplacements professionnels. C’est cependant mieux qu’aux États-Unis, où l’on n’est qu’à 5 %. »

À court terme, beaucoup d’entreprises ont décidé de garder davantage leurs salariés à demeure. « Même le séminaire actuel des 300 cadres dirigeants du groupe s’est déroulé début septembre sans la présence physique de tous ceux qui sont à l’étranger », explique-t-on chez Total. L’Oréal, de son côté, a décidé une interdiction de voyages, jusqu’à la fin de l’année. « Le redémarrage est très timide et concerne surtout des réunions en province, confirme Arnaud Deltenre, rédacteur en chef adjoint du magazine Voyages d’affaires. Beaucoup ont compris que les moyens de télécommunications numériques étaient assez efficaces dans de nombreuses situations, surtout à la place de rencontres internes ou de courts déplacements. »

Même si les chefs d’entreprise pointent la nécessité de rencontres directes dans certains cas, à commencer par les négociations de contrats, la crise sanitaire pourrait modifier de manière pérenne les habitudes. En juin, le PDG de L’Oréal, Jean-Paul Agon, expliquait dans une interview que son entreprise pourrait « réduire les voyages de 30 à 40 % » à l’avenir, avec la montée en puissance des « rendez-vous virtuels ».

La modération en matière de voyages d’affaires pourrait être une source non négligeable d’économies. « Le budget voyages était devenu un des principaux postes de dépenses pour beaucoup d’entreprises », note Michel Dieleman, président de l’Association française du travel management, autrement dit des spécialistes de l’organisation des voyages d’affaires au sein des entreprises. Nombre d’entre elles ont mis en place des règles précises en matière de voyages, et automatisé des procédures pour maîtriser l’activité. »

Un grand nombre de bourlingueurs professionnels pourraient s’arranger d’un peu moins de nomadisme. Professeur de sociologie à l’École polytechnique fédérale de Lausanne et directeur scientifique du Forum Vie mobiles, un institut de recherches soutenu par la SNCF, Vincent Kaufmann a participé à des études européennes sur ceux qu’il appelle les « grands mobiles ». « On estime que de 8 à 10 % de la population active française sont concernés par des voyages qui les éloignent régulièrement de leur domicile pendant des jours et des nuits », dit-il. Le nombre de déplacements a crû de manière importante, depuis les années 1970-1980, avec la mondialisation de l’économie et le développement de l’aviation. « Le profil de ces cadres a changé : ils sont plus jeunes, placés moins haut dans la hiérarchie alors que, dans les années 1990, le voyage d’affaires était un peu une reconnaissance du travail accompli, une manière symbolique de rémunérer les cadres expérimentés et méritants », précise-t-il.

Pour les nouvelles générations, l’appétence pour les horizons lointains ne serait plus la même. « La perspective d’un poste nécessitant des voyages d’affaires n’est plus un critère d’attractivité suffisant pour les candidats, confirme Frédéric Guzy, directeur général de l’association Entreprise & Personnel, un réseau d’entreprises spécialisé dans les ressources humaines. Les salariés recherchent désormais un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée.D’où une évolution de l’organisation de ces voyages ou leur suppression lorsqu’ils ne sont pas nécessaires, afin de porter une plus grande attention au bien-être, à la sécurité des salariés, voire à leur empreinte carbone. »« Il y a un questionnement récent des salariés sur les conséquences environnementales de ces voyages, relève Bernard Tabary, directeur exécutif international de l’opérateur de transports publics Keolis. Le fait que nous ayons 5 000 collaborateurs en Suède, où cette réflexion est très importante, est peut-être aussi un facteur accélérateur de prise de conscience. »

Un peu moins de voyages d’affaires pourrait même, selon certains, avoir des conséquences sur la carrière professionnelle des femmes. « Pendant longtemps, ces déplacements ont été en grande partie l’apanage des hommes et les quelques femmes qui auraient pu y prétendre étaient souvent bloquées par leur vie familiale, d’autant plus qu’on arrivait à ce moment de la carrière où l’on construit une famille », analyse Vincent Kaufmann, selon lequel ces refus de partir ont pu freiner leur avancement vers les plus hauts postes.

C’est ce que constate aussi Dominique Épiphane, sociologue du travail au Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Cereq), spécialiste du travail des femmes cadres. « Lors de mes entretiens, que ce soit exprimé de manière consciente ou au détour d’une phrase, beaucoup de femmes témoignent d’occasions professionnelles ratées pour n’être pas parties, soit parce que l’on ne le leur proposait pas, soit parce qu’elles acceptaient moins les conséquences d’un éloignement familial que les hommes », dit-elle.

Les femmes sont bien entendu plus nombreuses à partir, à mesure que la parité a progressé dans le monde du travail. « Elles restent cependant encore minoritaires, souligne Dominique Épiphane. Si les voyages d’affaires perdent un peu de leur importance dans l’avenir, on peut se demander si ce ne sera pas un frein en moins pour l’avancement des femmes. »

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