(Photo by Andreas SOLARO / AFP)

Alors non, le pape, dans son texte sur l’Amazonie , n’a pas ouvert la porte à l’ordination à la prêtrise des hommes mariés. Alors oui, certains seront déçus. Dommage, car ce texte, véritable manifeste pour un autre développement économique et social de ce vaste territoire, mérite mieux. On voit bien, à la lumière de la polémique autour du livre cosigné par Benoît XVI , que l’on s’engageait dans un débat sans fin sur le célibat des prêtres. N’étant pas théologienne, je me garderai d’y entrer, sauf à rappeler qu’il ne s’agit pas d’un dogme, et que nous avons déjà dans l’Église des prêtres mariés à la faveur d’Églises particulières (rite oriental…). Surtout, l’Amazonie, dont on pille les richesses chaque jour un peu plus, dont les populations sont menacées de disparition, a bien d’autres sujets de préoccupation que le célibat des prêtres…

Le ministère de prêtre n’est pas monolithique

Il faut saisir le véritable sens de ce document, qui dessine pour l’Église une direction quant à son mode de fonctionnement. Avec ce constat : le christianisme n’a pas un modèle culturel unique, et donc l’organisation de l’Église doit être pensée en fonction de la situation locale. Quant aux prêtres, la priorité, insiste le pape, c’est de permettre aux catholiques de célébrer l’Eucharistie, à savoir recevoir la communion. Donc le ministère de prêtre ne saurait être « monolithique », et peut être différent selon les lieux. Qu’est-ce qui fait un prêtre ? Non pas le célibat, dont il n’est jamais question ici. Mais la possibilité de présider l’Eucharistie. Et aussi de pardonner, via le sacrement de réconciliation. Il faut assurer ce ministère sacerdotal partout où vivent des chrétiens. Cela vaut pour l’Amazonie. Mais aussi pour ces territoires de France où les prêtres surchargés n’ont plus le temps d’aller. Aux responsables des Églises, sur le terrain, de s’organiser en conséquence. Le pape n’ouvre pas la porte du célibat. Il ne la ferme pas non plus.

Une Église trop cléricale

Car il y a plus important. Plutôt que d’autoriser l’ordination des prêtres mariés pour « boucher les trous », il est plus urgent de revoir notre conception de l’Église, trop cléricale. De la penser non pas à partir des seuls prêtres mais de tous les baptisés. Il est besoin de diacres permanents, de religieux et surtout de laïcs. Et notamment de femmes. Jamais, dans toute l’histoire de l’Église, on n’a connu un pape aussi préoccupé d’accroître le rôle des laïcs. Cela commence, timidement, à se faire. Il faut aller plus loin, plus vite, et savoir, comme le dit François, « surmonter des perspectives limitées pour chercher des voies plus larges et audacieuses ».

Pour aller plus loin

Isabelle de Gaulmyn