France

Partir à plus de 100 km : « On a plus enjolivé que menti »

C'est un long périple dans lequel Léonie* s'apprête à se lancer. Après plus de deux mois confinée dans son appartement londonien, cette Française a prévu de retrouver ses parents dans leur maison en Nouvelle-Aquitaine. Pour y parvenir, elle a préparé pas moins de quatre documents : une attestation pour les déplacements internationaux, une attestation pour parcourir plus de 100 km en France, son contrat de travail londonien désormais expiré et le justificatif de domicile où est inscrite l'adresse de ses parents. Autant de documents pour éviter de se faire sanctionner, alors que les déplacements sont toujours limités en France, et ce malgré le déconfinement.

Invité sur BFM TV ce mardi, le secrétaire d'État aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, a d'ailleurs annoncé que depuis le 11 mai, plus de 200 000 contrôles avaient été effectués et que 950 amendes avaient été dressées à des personnes qui se sont déplacées à plus de 100 km sans motif impérieux. Léonie, qui a récemment terminé l'équivalent d'un CDD, explique ne plus vraiment avoir de raison de rester à Londres. « Cela s'ajoute au fait que je n'ai pas vu ma famille depuis les fêtes de fin d'année, je pense que ce sont des motifs impérieux… » glisse-t-elle.

« Bidouiller »

Pour pouvoir la rejoindre, cette jeune avocate a dû « un peu bidouiller ». « Il y a deux particularités pour mes attestations de déplacement, la première, c'est que je suis obligée de passer par Paris avant d'aller en Nouvelle-Aquitaine, impossible de faire autrement en venant de Londres, j'ai donc prévu tout ce qu'il fallait pour montrer que je n'ai plus de travail en Angleterre et que mon adresse la plus proche est celle de mes parents, bien que ce soit à plus de 100 km de Paris », souligne la jeune femme. Sur le document, elle a également dû inscrire un code postal inexistant, la version numérique ne prenant pas en compte son code postal anglais. Prêter à sauter dans l'Eurostar, l'avocate espère que les forces de l'ordre seront compréhensives à son arrivée. « Sur mon attestation, j'ai coché la case relative aux déplacements professionnels. Certes, je me rends chez mes parents, mais c'est bien à cause du travail… La seule différence est juste que je n'en ai plus pour le moment », explique Léonie.

Un Français sur cinq compte dépasser la limite des 100 km

Cette dernière n'est d'ailleurs pas la seule à avoir prévu de braver l'interdit des 100 km pour rejoindre sa famille. Selon un récent sondage de l'institut YouGov réalisé pour linternaute.com, un Français sur cinq comptait dépasser cette limite kilométrique pour aller visiter des proches. Pour d'autres, c'est simplement l'air de la ville qui était devenu irrespirable, ou plus précisément celui des petits appartements. C'est le cas de Clara, partie dès le 12 mai s'installer à Montpellier. « La période de confinement a été très dure pour moi, j'ai fait beaucoup de crises d'angoisse. J'ai d'ailleurs dû faire une téléconsultation parce qu'il m'était parfois impossible de respirer », raconte Claire, qui habite dans un appartement de 28 m2 dans le XVe arrondissement de Paris.

Lire aussi Déplacements limités à 100 km : « Le motif familial impérieux est subjectif »

Le jour de son départ, la jeune femme s'est étonnée de ne pas avoir été contrôlée, malgré la centaine de policiers présents à la gare de Lyon. « C'était les deux premiers jours du déconfinement, il y avait encore une forme de tolérance », estime Clara. Depuis qu'elle est arrivée à Montpellier, dont elle est originaire, cette trentenaire respire à nouveau normalement. « Je suis dans une maison, c'est agréable de ne plus voir la même pièce tous les jours, le même immeuble devant ma fenêtre… Ça change mon quotidien », déclare-t-elle, soulagée. En cas de contrôle, elle avait prévu de faire valoir un déplacement professionnel. « En réalité, je suis en télétravail, donc je peux être n'importe où », reconnaît-elle néanmoins.

« Désengorger la capitale »

Sophie*, 50 ans, a elle aussi pris la poudre d'escampette dès le mardi 12 mai. Cette enseignante en congé est partie de Paris avec son mari, sa fille de 5 ans et sa mère, direction la Bretagne. « Pendant tout le confinement, je faisais la navette entre notre domicile et celui de ma mère, que la situation déprimait fortement. Ma fille, elle, n'a presque pas voulu sortir pendant deux mois. Elle a vite compris que quelque chose ne tournait pas rond et ça l'a angoissée. D'un côté, j'avais donc ma mère seule dans un appartement, déprimée, qui n'avait plus d'appétit, et de l'autre, ma fille qui ne voulait plus sortir prendre l'air, qui était visiblement très perturbée », raconte Sophie. Avec son mari, ils ont donc décidé de partir se mettre au vert. Pour autant, la mère de famille n'estime pas avoir adopté un comportement irresponsable, bien au contraire.

Lire aussi Après le 11 mai, les adeptes d'un « deuxième confinement »

« Nous, ce que l'on n'a pas compris, c'est pourquoi les gens ont été autorisés à bouger entre l'annonce et le début effectif du confinement. De notre côté, nous ne sommes pas venus ici le 15 mars pour ne pas apporter le virus là où il n'existait pas. Mais après huit longues semaines de confinement, qu'on a respecté scrupuleusement, il nous paraissait plus logique de venir dès le 12 mai pour éviter de croiser les personnes qui allaient désormais rentrer à Paris », analyse Sophie. Cette enseignante ajoute qu'elle a préféré partir pour laisser la place, « désengorger » la capitale.

Scénario et code secret

Il y a aussi ceux pour qui le confinement a été confortable, mais qui n'ont pas su résister à l'appel du grand air. Après deux mois dans un appartement avec leurs deux enfants de 18 et 21 ans, Florence et son mari ont décidé de partir rejoindre leur maison de vacances. « On a longuement pensé au motif qu'on devait choisir en cas de contrôle », reconnaît Florence. Après réflexion, le couple décide de cocher le très flou « motif familial impérieux ». « L'avantage, c'est que notre maison secondaire est juste à côté de chez ma mère, qui a 80 ans. Avant de partir, on a répété un scénario, inventant qu'elle était tombée et qu'elle ne pouvait plus conduire », raconte Florence. Le texte a été révisé en famille et la grand-mère prévenue. Un code a même été imaginé : si jamais ils étaient contrôlés en voiture, Florence devait appeler sa mère et dire « bonjour, c'est Florence ». « On a convenu de ce message pour l'alerter si la police voulait lui parler au téléphone », s'amuse Florence.

On a vu beaucoup de familles sur la route, on s'est dit qu'on n'était pas les seuls hors-la-loi

Sur la route, elle s'est étonnée de croiser beaucoup de voitures qui semblaient aussi fuir vers des contrées plus paisibles. « Nous sommes partis un dimanche, le jour où les magasins sont fermés, et on a vu beaucoup de familles sur la route, on s'est dit qu'on n'était pas les seuls hors-la-loi », poursuit Florence, qui explique cependant qu'en rejoignant sa maison bretonne, elle et sa famille se sentent investies d'une mission. « La maison est très isolée, en zone verte, alors d'une certaine manière, nous sommes encore plus précautionneux que si nous étions restés à Paris, car il n'est pas question d'amener le virus ici », plaide la mère de famille.

« C'est bon, vous pouvez partir »

Sans élaborer un mensonge digne d'un polar, Maxime* et sa petite amie ont également dû être inventifs pour quitter le Loiret où ils étaient confinés. Tous les deux saisonniers, ils étaient à Val d'Isère (Savoie) au moment de l'annonce du confinement. Partis en catastrophe au sud de Paris, ils ont décidé de refaire de la route après le déconfinement, pour rejoindre une maison familiale sur l'île d'Oléron. « Notre contrat devait prendre fin mi-avril, on a donc convenu que si on se faisait contrôler, on dirait que nous avons passé tout le confinement à Val d'Isère, et que notre entreprise avait prolongé le bail de l'appartement jusqu'au 11 mai. Passé cette date, nous étions donc sans logement, ce qui aurait été la raison idéale pour venir s'installer à Oléron et y passer l'été. »

Lire aussi « Restez chez vous avec vos microbes ! » : les locaux pestent contre les exilés urbains

Avant de partir le couple a réuni plusieurs documents : les contrats de travail datés jusqu'à mi-avril, l'état des lieux de sortie de leur appartement parisien début novembre et une autorisation d'occuper la maison oléronaise signée de la main du grand-père de Maxime. « On était un peu inquiet, car tout ça n'est pas tout à fait vrai, il y avait évidemment l'envie de quitter le Loiret où on avait passé deux mois, pour rejoindre Oléron, mais nous avons plus enjolivé les faits que menti », assure le jeune homme de 25 ans.

Au-delà de ces petits arrangements, il y a également ceux qui ont tout simplement eu de la chance. Après le 11 mai, Suzanne* est partie de Paris pour aller rendre visite à son père à Tours. Arrêtée porte d'Orléans, à la sortie de Paris, un policier lui demande où elle va, et si c'est à moins de 100 km. Devant la réponse positive de la cinquantenaire, le policier lui rétorque simplement : « D'accord, c'est bon, vous pouvez partir. » 250 kilomètres séparent pourtant Tours de Paris.

*Les prénoms ont été modifiés

Football news:

💛 💙Cadix est revenu à la Liga 14 ans plus tard
Pioli 2-2 avec Napoli: Un point, c'est un bon résultat
Gattuso sur le penalty de Milan: la Règle doit changer. Sauter avec les bras derrière le dos est un autre sport
Milan offrira 25 millions d'euros pour le défenseur du Celtic Ayer
Klopp sur les plans: Quatre ans à Liverpool. Après cela, je veux ne rien faire pendant un an
Rogers Pro 1-4 avec Bournemouth: Leicester joue bien seulement 45 minutes après la pause
L'inter et la Roma s'intéressent à Garay