Dans la petite bourgade de Kirriemuir, au sud d’Aberdeen, “il y a une maison discrète”. Le genre de bâtisse à laquelle on ne prête pas attention, décrit Phil Paterson dans les colonnes de The National. Pourtant, le lieu est fermement ancré dans l’histoire populaire écossaise. “C’est là qu’est né le père de Peter Pan, l’écrivain J.M. Barrie.” Pas étonnant, selon le journaliste pro-indépendance, qu’une histoire aussi fabuleuse soit née dans la région.

L’Écosse est une terre imprégnée de contes de fées, d’imaginaires, de superstition et de magie. Un dinosaure vit dans notre plus grande réserve d’eau douce [le loch Ness], et nous sommes le seul pays au monde dont l’animal emblématique est une licorne. Sans doute est-ce à cause des hivers rigoureux ou des longues journées d’été, de nos châteaux hantés ou de notre penchant collectif pour la boisson, une chose est sûre, l’Écosse est un endroit où les frontières entre la réalité et le mythe sont souvent floues.”

“Une chimère, une idée puérile”

Pas étonnant, non plus, que le camp unioniste puise dans cette mythologie pour dénigrer les indépendantistes, poursuit Paterson dans cette publication proche du SNP. “Pendant des décennies, ils ont considéré le projet d’une Écosse indépendante comme une chimère, une idée naïve et puérile.” Mais cette vision du monde est complètement dépassée, assure l’Écossais. Chaque jour, presque toutes les autres nations du globe démontrent “que les volontés d’autodétermination ne se résument pas à des histoires qu’on raconte aux enfants”. Soixante-six pays ont déclaré leur indépendance vis-à-vis de Londres depuis 1939. “Le Royaume-Uni est sans doute le pays qui a perdu le plus de colonies, un véritable record, raille-t-il. Mais si l’Écosse reste au sein du Royaume-Uni c’est apparemment parce que l’Écosse est différente. L’Écosse n’est pas capable d’avoir sa propre monnaie. L’Écosse n’a pas les épaules pour faire du commerce avec d’autres pays que l’Angleterre. En gros, l’Écosse, comme Peter Pan, est incapable de grandir.”

Seulement voilà. Un nombre croissant d’électeurs s’aperçoivent de la panique dans le camp unioniste, à mesure que les sondages, semaines après semaine, font état d’une avance confortable du “oui” à la sécession. Et cette panique pousse les partisans du “non” à s’enfoncer dans un monde chimérique. “Soutenir que l’Écosse est un ‘État à parti unique’ ou accuser le SNP d’être antianglais, c’est se réfugier dans ce pays imaginaire de Peter Pan où certains semblent avoir perdu la tête, ou du moins leur optimisme.” De leur côté, les indépendantistes sont dans un état d’esprit tout autre. Ils voient Westminster tel qu’il est et l’Écosse telle qu’elle pourrait devenir, et proposent non pas un pays de cocagne, mais une vision positive d’un pays libre de décider par lui-même de son avenir.”

S’affranchir des comparaisons avec l’Angleterre

Une fois l’indépendance acquise, le pays devra rester fidèle à lui-même, souligne le journaliste, et faire preuve d’imagination. “Il faudra revoir nos automatismes. Après trois siècles d’union avec l’Angleterre, nous avons pris l’habitude de nous inspirer du Sud pour prendre des décisions. Combien de fois entendons-nous aux informations que telle ou telle initiative ou politique a déjà été mise en place en Angleterre, comme s’il n’y avait que l’Angleterre qui existait ?”

Édimbourg pourrait au contraire se tourner vers les Pays-Bas, pour les vélos, ou en direction de l’Estonie, pour s’inspirer de ses cartes d’identité numériques. “Y a-t-il de la place pour ce genre de mesures dans une Écosse indépendante ? Pourquoi pas ? En fait, tout est possible, conclut Phil Paterson. Pour que l’indépendance soit un succès, nous devons abandonner les contes de fées pour développer notre imagination. Barrie écrivait : ‘Dès que l’on doute de pouvoir voler, on cesse à jamais d’en être capable.’ L’Écosse est en train de se débarrasser de ses doutes. Il est temps de grandir.”