France

Procès attentats janvier 2015 : Michel Catino, le vieux garçon de café qui trafiquait de l’héroïne

Michel Catino se redresse, baisse la tête et met ses mains en parallèle. « Je vous explique. » Debout, face à la cour d’assises spéciale de Paris, ce Belge bedonnant a souvent toutes les peines du monde à se faire comprendre. « Je suis pas un terroriste. Je suis pas en lien avec le terrorisme. Je ne sais même pas ce que ça veut dire », bredouille-t-il.

Âgé de 68 ans, Michel Catino est le doyen des accusés du procès des attentats de janvier 2015... et sans doute le plus éloigné des sphères djihadistes. Un membre de seconde classe de la voyoucratie belge qui a longtemps chapeauté des cercles de poker clandestins dans les cafés de Charleroi, cette ville proche de la frontière française. Un ripoux qui dit ne rien connaître à la religion ni au djihadisme : il ne regarde jamais les informations, cela ne l'intéresse pas. « Pas de politique, pas de télé, pas de journal », résume le sexagénaire. « En 2015, c’est la première fois que j’ai entendu ça, terrorisme. »

Avec sa tête de pauvre bougre, son haut de survêtement, ses longs cheveux argentés tombant sur les côtés de sa calvitie, son look actuel tranche tout à fait avec son allure de gangster des années 2000, période où, selon des photos d’archives de la police belge, il se rasait le crâne et portait la moustache épaisse. Seize mentions au casier judiciaire en tout, essentiellement des infractions routières, même s’il comporte aussi des condamnations pour vols et jeux clandestins.

Le piège de l'amitié

Il n’a que 22 ans lorsqu’il ouvre son propre café à son nom. On ne sait pas bien à quel âge il sombre dans le trafic d’héroïne. Sa vie sans lustre ne ferait pas rêver grand monde. En 1996, un mauvais coup de crosse sur la tête l’abîme durablement. Ses ennuis actuels émanent surtout d’une amitié qui date de cette époque, celle avec son coaccusé Metin Karasular. Interrogé la veille, son ami de 30 ans est juste à côté de lui dans le box, et depuis les débuts du procès, le 4 septembre, ils se penchent souvent l'un vers l'autre pour se murmurer des choses. « Metin, il a pris un café en 2005, jusqu’à début 2013. J’ai travaillé comme garçon. C’est lui qui avait le café. » Michel Catino trouve pénible qu’on se réfère à lui comme « l’homme à tout faire » de Metin Karasular, même s’il fait pour lui la nourrice, lui rend des services et prend des risques à sa place.

Quand « Metin » reprend un garage sans âme près de Charleroi, « Michel » vient de temps en temps « donner un coup de main ». De rares véhicules sont réparés dans ce hangar sans existence administrative qui servait plutôt de QG à des combinards. Le principal accusé, Ali Riza Polat, bras droit d'Amedy Coulibaly, s’y rend régulièrement à partir de juin 2014.

Michel Catino et son ami de trente ans, Metin Karasular
Dessin : Hubert Van Rie

Mais Catino semble un peu sur la touche. Quand la question lui est posée, il assure qu’il seulement « entendu des bruits », qu’il n’était « pas au courant » de toutes les manigances. Pas même de cette Mini Cooper que Coulibaly cherchait à vendre et qu’un commercial grec déniché par Karasular finira par acheter. A-t-il lui-même vu Coulibaly ? « Un soir je suis au garage raconte en guise de seul souvenir Catino, il y avait Metin [Karasular] et trois ou quatre Turcs. Arrive monsieur Polat avec un Noir ». Pour les Belges, le « Noir » c’est toujours Coulibaly. « Le Noir, il s’énervait, parce qu’il avait pas son argent. », se souvient-il. Puis : « Après je ne l'ai plus jamais vu. »

Le sac mystère

Sur ses épaules pèsent également ses liens avec Abdelaziz Abbad, un autre coaccusé important, tenancier lui aussi d’un garage, mais à Charleville-Mézières (Ardennes) et ami depuis le collège de la femme de Saïd Kouachi. À Abbad, qui est suspecté d'avoir cherché des armes pour Kouachi, Catino a vendu « de l’héroïne à sniffer », reconnaît-il, quelque 250 ou 300 grammes selon lui. C'est encore Karasular qui lui a présenté.

Pour lui, il effectue un aller-retour à Paris, fastidieusement guidé au téléphone par Ali Riza Polat. Arrivé au lieu de rendez-vous, un homme place un sac dans son coffre, sac que Catino décrit comme étant « noir, normal » (il mime alors avec ses mains un sac noir et normal). Sa mission : le transporter jusqu’à Charleville-Mézières. Catino fait mine de ne pas s’être intéressé à son contenu. « Il n'est pas vide, ce sac », soupire un juge. « Je sais pas moi », dit-il en haussant les mains. Il assure ne pas le toucher, ne rien entendre, pas même un cliquetis — l’accusation pense qu'à l'intérieur du sac se trouvaient des armes. Mais pourquoi quitteraient-elles Paris ?

« Je vous explique », recommence Catino. « Metin est venu me voir, me demander si ça m’intéresse de gagner un peu d’argent. Il me dit "Tu vas voir bidule là, il va te proposer quelque chose". » Bidule, c'est-à-dire, comprend-on, Abdelaziz Abbad, qui lui propose 500 euros pour ce transport mystérieux. Une aubaine pour Catino qui traverse une passe peu glorieuse. Sa vie emprunte la direction des abysses. Comme il le raconte, « c’était une époque où, pendant 3 ans, je pensais qu’aux jeux. Le jeu, le jeu, le jeu, j’avais que ça en tête. (…) Une fois je suis resté cinq jours au casino, sans dormir, sans manger. C’est mon hobby. Seuls moments où il ne pense pas à miser des jetons : lorsqu'il s’occupe des enfants de son fils.

Cette addiction permettrait selon lui de comprendre nombre de ses comportements délictuels irréfléchis. « Il me fallait de l’argent pour jouer. » Dans sa maison, à côté de Charleroi, il lui arrivait de faire la « nourrice » pour Karasular : planquer de la drogue et aussi, une fois, deux fusils. « Si on peut appeler ça des armes… C’était deux vieilles carabines. Vieilles, pourries, elles servaient à rien », dit-il, à tel point que même Abbad et son complice n’en auraient pas voulu.

Le bluff

Plusieurs questions fusent depuis les bancs des parties civiles et brisent son calme. Des avocats exhument ses déclarations en garde à vue, à propos de son ami Karasular qui parlerait du « prophète » (il dit ne pas s’en souvenir). Certains le questionnent sur la religion (sujet qui ne semble vraiment pas le passionner). Il se crispe, se balance d’avant en arrière, finit par accueillir chaque nouvel avocat avec un : « Ouais bonjour… » Il devient grognon et s’assombrit, les yeux rivés vers le sol.

« Mes trucs financiers, ça vous regarde pas vous ! », rétorque-t-il à un de ces avocats qui s'enquiert de sa situation. « Vous posez des questions à faire bouillir des gens ! » Dans un de ses bouillonnements, il tonne : « Faut pas me mettre les trucs de terrorisme sur la tête. Il y a des personnes qui on été des mentors des Kouachi qui sont sortis libres ! Une femme, on a trouvé le GPS de Coulibaly dans sa voiture, elle a été libre ! Je comprends pas la justice française. » Cette injustice à ses yeux lui en rappelle un autre : « En 1987, j’ai été condamné par la justice belge, à 1 250 000 euros d’amendes, pour une salle de jeux. » Une avocate des parties civiles rebondit : « Moi, je crois que vous bluffez beaucoup. » Catino, échaudé, cherche une sortie : « Au poker, je bluffe beaucoup. Ici, je peux pas bluffer. » Et il baisse les bras de dépit.

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