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France

« Quand il y a de la tension en médecine, cela entraîne des erreurs »

Christophe Prudhomme. C’était malheureusement un drame prévisible. Car cette région a été la première à subir la casse des Samu départementaux, en 2015-2016. Les centres de régulation dans le Jura, en Haute-Saône et dans le Territoire de Belfort ont été supprimés, et tout a été regroupé au CHU de Besançon. Pourquoi ? Pour des raisons financières, évidemment ! En général, dans ce type d’opération, les autorités visent une économie de 30 %. Mais si la justification est uniquement financière, pourquoi se contenter de Besançon ? S’il est inutile de bien connaître le territoire, comme on nous l’affirme, alors, allons jusqu’au bout : mettons le centre d’appel à Tunis, ça coûtera encore moins cher ! C’est faux bien sûr, il faut connaître le territoire. Sur le terrain, le résultat de cette réorganisation forcée est limpide : il n’y a pas assez d’assistants de régulation médicale, pas assez de médecins, et un fonctionnement sous tension, à flux tendu, en permanence. Or, c’est mécanique, quand il y a de la tension en médecine, cela produit des erreurs. On l’a vu dans cette affaire.

Christophe Prudhomme. L’erreur d’appréciation est manifeste. Certes, les signes cliniques donnés par la fille de cette dame au Samu n’étaient pas absolument typiques. Cela pouvait être un infarctus, mais cela pouvait aussi être autre chose. Le personnel du centre de régulation est parti sur ce diagnostic de gastro, à cause des vomissements, et s’est peut-être enferré sur ce diagnostic. Mais ce n’est pas lui qu’il faut accabler. On sait qu’on n’est pas fiable à 100 %, qu’on peut faire des erreurs d’appréciation au téléphone. Mais, ce qui est sûr, c’est que le pourcentage d’erreur augmente quand on a une organisation sous tension. Quand on passe d’un taux d’erreur de 0,5 % à 0,7 %, la différence de 0,2 point peut paraître mince. Mais, quand vous êtes dedans, vous êtes à 100 % mort ! Or, le centre du CHU de Besançon, qui est énorme, dysfonctionne depuis longtemps. Il y a eu plusieurs incidents est en interne, dont un médecin qui a été sauvé in extremis après s’être pendu dans les urgences. Et le management de ce service est une catastrophe, tant sur le plan administratif que médical.

Christophe Prudhomme. Oui, la situation là-bas est connue. Suite à cette tentative de suicide, le CHSCT de l’hôpital a demandé une expertise, qui a été remise fin août 2018 : elle est catastrophique pour l’établissement. Et depuis, les mesures prises ne sont absolument pas à la hauteur des besoins. Résultat : le service s’est mis en grève pour dénoncer le manque de moyens. Au total, cela fait des années qu’on proteste auprès de la direction de l’ARS contre cette réorganisation délétère. Car non seulement les Samu ont été regroupés à Besançon sans les moyens nécessaires, mais en plus, l’ARS a décidé de fermer des SMUR, les unités d’intervention et de réanimation du Samu. On se bat en ce moment pour éviter la fermeture du deuxième Smur de Lons-Le-Saunier. Or, quand vous êtes opérateurs au Samu et que vous avez un nombre d’unités limité, vous les envoyez moins facilement sur une situation donnée. Vous êtes plus regardants. Et la sécurité en pâtit.

Christophe Prudhomme. C’est très bien. Car nous souhaitons que la justice aille chercher les responsabilités jusqu’au plus haut niveau dans ce type d’affaires, et notamment à l’Agence régionale de santé. Il n’y a pas de raison qu’ils ne passent pas devant le juge, eux aussi. Aujourd’hui, les dysfonctionnements dus au manque de moyens dans nos structures hospitalières entraînent des morts évitables. Et les responsables sont clairement identifiés : ce sont les députés de la majorité et les ministres de la Santé qui votent des budgets qui ne permettent pas d’assurer la sécurité de la population. Il y a quelques mois, nos collègues urgentistes à Mulhouse ont démissionné parce qu’ils considéraient qu’ils ne pouvaient plus assurer la sécurité de leurs patients. Ils ne voulaient pas avoir à assumer des accidents de ce type.

Christophe Prudhomme. Quand les familles appellent pour demander s’il y a eu un dysfonctionnement, il faut les recevoir, leur expliquer, et reconnaître son erreur, quand il y en a eu une, sans tourner autour du pot. Pas d’erreur de procédure ? Franchement… Il faut reconnaître qu’il y a eu une erreur de diagnostic. C’est humain. Cela peut arriver. Car les familles, quand elles portent plainte, ce n’est pas pour trouver un bouc émissaire. Mais pour éviter que cela se reproduise. À Besançon, en plus, il y a eu un black-out total de la part de la direction du CHU, qui a fait une pression inadmissible sur les personnels pour qu’ils n’aient aucun contact avec l’extérieur. C’est la stratégie habituelle : on essaye de cacher la misère et on ne communique pas. Une erreur majeure dans ces situations.

Christophe Prudhomme. D’après l’étude qu’avait sortie Le Point l’an passé, le nombre d’appels non décrochés dans les Samu était, en 2016, de 4,6 millions, soit 15 % des appels. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas assez de personnel. Ce n’est pas qu’une question d’organisation, comme le dit la ministre Agnès Buzyn. Pour décrocher, il faut deux mains et deux oreilles. On parle aujourd’hui de ce cas à Belfort. Mais les affaires, on ne les connaît pas toutes. Pour une qui est médiatisée, il y en a vingt ou trente qui ne le sont pas…

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