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Royaume-Uni: un premier duel entre Johnson et Corbyn sans réel vainqueur

Correspondant à Londres,

C’était l’ouverture des hostilités, en face-à-face. Le duel entre Boris Johnson et Jeremy Corbyn a connu mardi soir sa première manche télévisuelle. Diffusé par la chaîne ITV, le débat entre le Premier ministre et le chef de l’opposition a duré près d’une heure. Dans un décor assez futuriste, ce fut cravate bleue contre cravate rouge… Un sondage YouGov organisé dans la foulée a donné Johnson vainqueur contre Corbyn, 51% contre 49%, un score serré qui ressemble à celui du Brexit… Pas de quoi bouleverser la donne, donc, sûrement pas un tournant dans cette campagne assez plate.

Durant l’intégralité du débat, Boris Johnson s’est sans surprise évertué à tout ramener au divorce avec l’UE. Accusant sans cesse son adversaire de ne pas se prononcer clairement sur le sujet. Pour lui, un homme incapable de répondre aux électeurs sur un sujet essentiel «ne peut diriger le pays». Avec son ambiguïté persistante sur le Brexit, Corbyn prête flanc aux attaques. Avant le débat, le Premier ministre lui avait tendu une première embuscade, écrivant lundi soir une lettre dans laquelle il le sommait de clarifier sa position. Corbyn veut toujours, s’il est élu, renégocier l’accord avec Bruxelles (dans les 3 mois) avant de le soumettre à approbation avec un deuxième référendum (dans les 6 mois), qui proposerait aussi la possibilité de rester dans l’UE. Mais il se refuse toujours à prendre position pour telle ou telle option. Une posture qui suscite de sérieux remous au sein même du Labour.

Le Brexit, arme principale de Johnson

À l’inverse, Boris Johnson - semblant plus détendu que son adversaire - a dégainé son arme principale, sa capacité à «réaliser le Brexit» en jouant sur le fait que son «great deal» est ficelé. Il a assuré qu’il pouvait boucler un accord commercial avec l’UE pour la fin 2020. Jeremy Corbyn, lui, préfère se battre sur un front «intérieur». Se posant en défenseur de services publics menacés, il a de nouveau attaqué les neuf années d’austérité sous le règne des conservateurs. Pour lui, on a créé un pays «de milliardaires et de pauvres». Il est revenu à plusieurs reprises sur un de ses angles d’attaques privilégié, les défaillances du système public de santé (NHS). Corbyn accuse Johnson de vouloir le «vendre aux Américains». Le Labour promet de son côté la nationalisation de services publics comme le rail, la poste, la distribution de l’électricité ou de l’eau et un internet rapide et gratuit pour tous.

La dernière question se voulait assez «paillettes». «Quel cadeau laisseriez-vous à l’autre sous l’arbre de Noël?» se sont vu demander les protagonistes. Les Contes de Noël de Dickens, a répondu Corbyn. Une copie de mon «super deal» a répondu Johnson, qui, se disant sans doute que cela faisait peu festif, a ajouté: «ou de la confiture de prune»

Un électorat indécis et volatile

Si les observateurs font remarquer que cela fait des lustres qu’un débat télévisé n’a pas été décisif dans une élection britannique, les enjeux étaient importants. Dans ce contexte si particulier du Brexit, l’électorat est plus indécis et volatile que jamais. Selon divers sondages, quelque 35% des électeurs pourraient changer d’avis sur leur vote, notamment après ces affrontements télévisés. Et, même si ces sondages donnent pour l’heure une confortable avance aux conservateurs (entre 12 et 17 points), les scrutins précédents incitent à la prudence. Tout point glané est bon à prendre.

Les deux dirigeants s’étaient préparé chacun à leur manière, Corbyn dans une ambiance paisible, Johnson sur un mode plus combatif. Le leader travailliste a ainsi posté une vidéo le montrant dans une échoppe où il se faisait tailler la barbe. Boris Johnson est lui monté sur un ring de boxe à Manchester, distribuant quelques directs face aux caméras. Mais, inquiet du mauvais message que cette ferveur pugilistique pouvait envoyer, le Premier ministre a vite baissé les gants pour lancer: «je ne veux pas être trop agressif. C’est plus de la boxe thérapeutique qu’agressive…» Boris Johnson a été «coaché» pour le débat par un ancien «gourou» des républicains américains, à qui il avait déjà eu recours lors du référendum de 2016. Brett O’Donnell, qui avait préparé George W. Bush et Mitt Romney pour des débats télévisés, prône les messages simples répétés à l’infini...

Au Royaume-Uni comme en France, le format des débats télévisés électoraux suscite les polémiques. Ce duel, qui n’oppose que les chefs de deux grands partis britanniques, a été contesté par de plus petites formations politiques - les Libéraux-démocrates et les nationalistes écossais du SNP - y compris devant la justice. Ces formations europhiles se sont notamment insurgées contre le fait que le camp du maintien dans l’Union européenne ne soit pas représenté.