France

Rugby - Top 14 - FRR-Ligue, l'éternel retour du combat des chefs

On aurait pu croire que la situation dramatique que traverse la France, ses répercussions économiques lourdes à venir sur le rugby mondial et hexagonal, allaient pousser à l’union sacrée. Mais l’ovalie française a préféré rester fidèle à ses (mauvaises) habitudes et chacun d’œuvrer en coulisses pour ses propres intérêts. Chaque président du Top 14 prêche pour sa paroisse. Puis tous se rabibochent à l’idée d’en profiter pour diminuer les salaires des joueurs… Mais, au-dessus de ces querelles picrocholines, un vrai combat des chefs a repris de plus belle. D’un côté, Bernard Laporte, président de la Fédération française de rugby et sans doute futur vice-président de World Rugby (il forme un ticket avec le président sortant, l’Anglais Bill Beaumont, pour les élections début mai). De l’autre, Paul Goze, président de la Ligue nationale de rugby qui dirige, par délégation, le rugby professionnel (Top 14 et Pro D2). Le premier, jaloux de la puissance financière du second, n’a de cesse de vouloir affirmer qu’il n’y a qu’un seul patron : lui. Alors il avance ses pions pour prendre la main. Une réunion en visioconférence est programmée ce mardi pour tenter d’aplanir les différends. Et déterminer l’issue des trois batailles pour une guerre des chefs. 

La Coupe du monde des clubs

Le premier champ de bataille implique totalement les clubs du Top 14. Lundi, dans Midi Olympique, Bernard Laporte a (re)lancé, avec l’assentiment de World Rugby, l’idée d’une Coupe du monde des clubs. Un tournoi annuel auquel participeraient selon le boss de la FFR «les demi-finalistes du Top 14, ceux du championnat anglais, les six premiers du Super Rugby, les quatre premiers de la Ligue Celte, le champion du Japon et celui des États-Unis». Ce qui signifie de facto la disparition des coupes d’Europe. «C’est certain, oui, si l'on ne veut pas surcharger un peu plus le calendrier. (…) Mais soyons francs : les coupes d’Europe ne génèrent pas assez de revenus. Si l'on veut développer cette Coupe du monde des clubs, il faut trouver des dates. Sans la Champions Cup, c'est neuf week-ends qui se libèrent.» Et d’évaluer, entre billetterie, produits dérivés, droits télévisuels, partenariats et sponsoring, des retombées de l’ordre de 300 et 500 millions d'euros par édition. «Il faut créer cette compétition et très rapidement. Cela pourrait être une bouffée d'air frais pour l'ensemble du rugby mondial», s’impatiente Laporte.

«Je n'arrive pas à comprendre qu'on puisse évoquer ce genre de sujet à l'heure actuelle...»

Paul Goze, président de la LNR

Paul Goze a, lui, choisi L’Equipe pour répondre. Et appuyer de tout son poids sur la pédale de frein. «Le sujet reviendra dans quelques mois, lorsque la crise sanitaire sera derrière nous. Mais là aussi, c'est très compliqué : une telle compétition ne peut se faire qu'avec 3 ou 4 clubs par pays. Elle durera forcément plusieurs semaines, donc que feraient les non-qualifiés pendant ce temps ? Ce n'est pas simple à organiser et il faut être vigilant aux effets de bord sur les autres clubs, sur les Championnats nationaux ainsi que sur la Coupe d'Europe. Je n'arrive pas à comprendre qu'on puisse évoquer ce genre de sujet à l'heure actuelle, alors que nous avons des sujets problématiques plus urgents à traiter, que la priorité est de sécuriser l'organisation actuelle, nos championnats, nos clubs, qui sont durement touchés.»

La super tournée de novembre

Sur ce sujet aussi, Bernard Laporte, et donc World Rugby, ont été les premiers à lancer l’offensive. La tournée de juin sous la menace d’une annulation, celle de novembre qui pourraient être boudée par les nations de l’hémisphère sud, la solution serait toute trouvée : une super tournée d’automne. La dernière journée du Tournoi des six nations puis les test-matches de juin puis ceux de novembre. Soit deux mois de compétitions internationale en octobre-novembre 2020. Selon un format à choisir : soit des rencontres aller-retour, soit tous les tests en Europe mais avec partage équitable des recettes. Evidemment, deux mois sans compétition pour les clubs, Paul Goze a dit niet tout de suite. S’attirant cette réponse sans équivoque de Bernard Laporte dans les colonnes de La Provence. «Qui est le patron du rugby mondial ? Est-ce la Ligue nationale du rugby et le Top 14 ? Du coup, il n'y a pas des questions à se poser à ce sujet…»

«Qui est le patron du rugby mondial ? Est-ce la Ligue nationale du rugby et le Top 14 ?»

Bernard Laporte, président de la FFR

Ce qui n’a pas empêché, toujours dans les colonnes de L’Equipe, le président de la LNR, de redire son opposition. «Je comprends les problèmes auxquels sont confrontés les fédérations dans cette période et c’est de la responsabilité de World Rugby de gérer avec elles la situation. Mais ils doivent également prendre en compte les compétitions de clubs car, au final, il y a un seul calendrier. J’attends donc un dialogue et une recherche d’équilibre. Les compétitions domestiques ne peuvent en aucun cas être la variable d’ajustement du calendrier mondial.»

Deux accessions en Pro D2

Cette fois, la bataille est nationale. La Ligue affirme, à l’unanimité, son souhait de rester à 30 clubs professionnels (14 en Top 14, 16 en Pro D2) la saison prochaine. La riposte de ne fait pas attendre. 48 heures plus tard, la FFR exige la montée de deux clubs de Fédérale 1 (en l’occurrence Albi et Massy, les mieux classés lors de la suspension de toutes les compétitions amateurs). «Les présidents de club ont émis un vote très clair dans le fait de vouloir rester à trente pour ne pas charger davantage le calendrier. (…) Et il faut veiller à ne pas ajouter des problèmes financiers supplémentaires à une situation qui est déjà très grave en élargissant le secteur professionnel à deux clubs de plus, réplique Paul Goze dans le quotidien sportif. À partir du moment où aucun club ne serait relégué parce qu'ils n'ont pas défendu leur chance de manière équitable, le même raisonnement devrait, me semble-t-il, s'appliquer pour la montée.»

«Il y a une différence entre la gestion de l’ensemble du rugby amateur et l’interface avec le monde professionnel»

Paul Goze, président de la LNR

Et d’expliciter la position de la Ligue. «Les multiples frais entraînés par ces montées ne seraient pas du tout compensés par les deux réceptions de promus de Fédérale 1 qui ne figurent pas parmi les meilleures recettes de la saison.» Sans oublier, rappelle-t-il, que les droits télé de Pro D2 (20 M€ par an) devait être divisé en 18 parts et non plus 16. Lundi, sur RMC, il a ajouté une petite pique en direction de son homologue à la tête de la FFR. «Il y a une différence entre la gestion de l’ensemble du rugby amateur et l’interface avec le monde professionnel. Les conséquences ne sont pas du tout les mêmes.»

Le XV de France, victime collatérale ?

Cet hiver, pour les débuts du sélectionneur Fabien Galthié, un terrain d’entente avait enfin été trouvé entre la FFR et la LNR pour le bien du XV de France. Les clubs professionnels avaient accepté de laisser 42 joueurs à disposition, dont 28 à temps complet. Une avancée que Galthié et le manager des Bleus, Raphaël Ibanez, n’ont eu de cesse de souligner, remerciant à de multiples reprises les clubs du Top 14 pour leur contribution. Mais cet accord n’avait été validé que pour ce Tournoi des six nations. Des discussions devaient avoir lieu pour envisager leur pérennité. Pas certain du tout que les présidents du Top 14 se montreront aussi compréhensifs et généreux si le patron de la FFR ne cesse de leur imposer ses vues, d’alourdir au bénéfice de World Rugby un calendrier déjà surchargé.

«Je suis pour l’apaisement»

Bernard Laporte, président de la FFR

C’est peut-être cette menace qui a poussé Bernard Laporte à se montrer plus conciliant lundi au micro de RMC Sport sur le sujet des deux montées en Pro D2. «Nous allons avoir des discussions avec la Ligue nationale de rugby (ce mardi, NDLR). Et je dirai aux présidents de club que c’est un moment où il faut de la solidarité. Ce serait bien qu’on respecte ces montées, mais que personne ne soit lésé financièrement et que les clubs perdent des droits télé. (…) Ce que je veux c’est qu’on trouve un terrain d’entente. Je suis pour l’apaisement et qu’on trouve une solution cohérente ensemble. Si la majorité ne veut pas, on ne le fera pas. On va s’entendre, j’en suis convaincu.» Vrai drapeau blanc ou nouvelle ruse pour surprendre l’autre camp et remporter le combat des chefs ?

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