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France

« Swallow », femme au foyer désespérée

Swallow ***

de Carlo Mirabella-Davis

Film américain, 1 h 35

Hunter semble avoir trouvé sa place dans le monde : être la femme de Richie, un jeune homme séduisant et bien né que son père place à la direction de l’entreprise familiale. Le couple vit dans une spectaculaire maison des environs de New York, offerte par les parents de Richie, dont les immenses baies ouvrent sur de vastes paysages et un fleuve en contrebas. Hunter s’y affaire toute la journée et prépare de bons dîners pour le retour de son mari chéri. « J’ai tellement de chance », lui répète-t-elle. Avec sa coiffure et ses tenues sages, elle se conforme à sa représentation de l’épouse idéale.

L’annonce de sa grossesse devrait être le couronnement de leur bonheur. Mais Hunter se livre à une étrange manie : ingérer de petits objets, des billes, piles ou même des épingles. Lorsque Richie et ses parents le découvrent, ils lui interdisent avec véhémence de recommencer – il en va de leur descendance.

Pour créer le personnage de Hunter, Carlo Mirabella-Davis s’est inspiré de sa grand-mère, femme au foyer américaine malheureuse dans son ménage qui a développé des troubles obsessionnels compulsifs jusqu’à être internée par son mari à l’Institut de neurologie presbytérienne de Columbia, où elle fut soumise à des électrochocs et lobotomisée.

Entre conte et thriller

Hunter ne connaîtra pas le même sort. Son comportement mystérieux lui permettra de remonter à la source d’un non-dit. Le cinéaste a remplacé la pathologie grand-maternelle par le Pica, un trouble du comportement alimentaire qui consiste à avaler (to swallow, en anglais) des objets et substances non comestibles. Si cette maladie sert de déclencheur, elle ne s’impose pas comme le sujet central du film.

La réalisation de Carlo Mirabella-Davis installe immédiatement une légère étrangeté, le sentiment que Hunter, issue d’un milieu modeste, demeure, quels que soient ses efforts, décalée dans le petit monde domestique sur lequel elle est supposée régner. Sur fond de quelques pointes d’humour noir, la mise en scène sobre situe le récit entre la fable moderne et le thriller intime en distillant une sensation d’enfermement dont la jeune femme ne paraît pas avoir conscience.

De l’univers stylisé et froid de la maison de verre, vitrine et prison dorée où monte une tension sourde, le film progresse vers une tonalité plus réaliste tandis que les horizons de Hunter changent. Les émotions de la jeune femme, souvent seule et silencieuse, transparaissent par la décoration et les objets, notamment ceux qu’elle avale, ainsi que par le jeu puissant et subtil de Haley Bennett. Les plans serrés sur son visage donnent à voir, au-delà du masque de l’épouse comblée, les doutes et les souffrances d’une desperate housewife.

Avec Swallow, Carlo Mirabella-Davis, récompensé du prix du 45e anniversaire du Festival de Deauville, brosse le portrait envoûtant d’une femme sur le chemin d’une rébellion secrète. Par cette fiction et sa ligne de fuite, il offre aussi une émouvante seconde vie à sa grand-mère.

Au Festival de Deauville, des films et des femmes

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