France

Trop d’humoristes, et alors ?

Il n’y a jamais eu autant d’humoristes à la radio, à la télévision, sur le Web et dans les salles de spectacle. Au lieu de s’en plaindre, il faut d’abord comprendre pourquoi nous assistons à cette tendance, explique Sandrine Blanchard.

Par Sandrine Blanchard

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Y aura-t-il de l’humour aux Césars ? La maîtresse de cérémonie, Florence Foresti, et ses auteurs vont devoir redoubler d’imagination pour dérider une soirée qui s’annonce particulièrement houleuse après la démission collective de l’Académie des Césars et la polémique sur les douze nominations pour J’accuse, de Roman Polanski.

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L’humoriste suivra-t-elle l’exemple de Ricky Gervais, qui, lors de la remise des Golden Globes américains le 6 janvier, n’a pas fait dans le détail pour remettre à sa place le petit monde d’Hollywood ? « Apple est entré dans le monde de la télévision avec The Morning Show, une superbe série dramatique sur l’importance de la dignité et de faire ce qui est bien… financée par une société qui fait tourner des ateliers de misère en Chine. Ce sont ces sociétés pour lesquelles vous travaillez Apple, Amazon, Disney… Si Daech [acronyme arabe de l’organisation Etat islamique] démarrait un service de streaming, vous appelleriez votre agent. Donc, si vous gagnez une récompense ce soir, s’il vous plaît, n’utilisez pas ceci comme une plate-forme pour faire un discours politique, d’accord ? Vous n’êtes pas en position de faire la morale. » L’humoriste britannique a été salué en France pour sa folle audace, comme si son discours corrosif n’aurait pas pu traverser l’Atlantique.

C’est oublier un peu vite les interventions décapantes d’une Blanche Gardin sur des sujets hautement inflammables. « Quand j’étais petite, j’adorais être sur scène avec mes petites camarades, surtout parce que le metteur en scène ne pouvait pas nous toucher. Mais c’était un metteur en scène génial par ailleurs. Parce qu’il faut savoir séparer l’homme de l’artiste. C’est bizarre, cette indulgence qui ne s’applique qu’aux artistes. On ne dit pas d’un boulanger : Oui, d’accord, c’est vrai, il viole un peu des gosses dans le fournil mais bon, il fait des baguettes extraordinaires ! », balançait l’humoriste lors de la cérémonie des Molières en mai 2017.

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Un an plus tard, son discours à la soirée des Césars, devant une assemblée arborant un ruban blanc en soutien à toutes les femmes victimes de harcèlement ou de violences sexuelles, restera dans les mémoires : « Les producteurs n’ont plus le droit de violer les actrices. Par contre, il y a quelque chose qu’il va falloir clarifier assez vite : est-ce que, nous, on a encore le droit de coucher pour avoir les rôles ? Parce que sinon, il faudra apprendre des textes, passer des castings et, franchement, on n’a pas le temps. »

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