France

Un apéro avec Lambert Wilson : « J’avais un léger zozotement, on m’appelait Bugs Bunny »

Chaque semaine, « L’Epoque » paie son coup. Bientôt de Gaulle à l’écran, l’acteur revient sur les grands hommes qui l’ont fait, à commencer par son père.

Propos recueillis par Laurent Carpentier

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Au café Le Select, à Paris, le 10 février. JEROME BONNET POUR « LE MONDE »

« Vous n’avez pas besoin de vous coiffer, vous êtes toujours beau », souffle la femme aux rides malicieuses enfoncée dans sa banquette, alors que retirant le K-Way qu’il enfile pour circuler à scooter, Lambert Wilson ajuste sa tignasse. « Beau ? C’est parce que je me coiffe, en fait », répond-il avec une galante dérision avant de confier mezza voce : « Les gens ne comprennent pas. Ils pensent que vous êtes beau, mais ne voient pas que vous venez du complexe, que vous vous êtes constitué un visage. »

Le Select, boulevard du Montparnasse, à Paris, 18 heures. Chablis. Dehors, il pleut. « Ce n’est pas tant le mythe Sartre-Beauvoir qui m’attire ici, souligne-t-il, qu’une image – rêvée – de la jeunesse de mes parents. Ici, mon oncle et ma tante sont tombés amoureux. Ce café évoque une époque où les gens se draguaient, où être une femme seule au bar ouvrait la conversation, un truc romantique dans la mesure où l’amour était rendu possible. »

Enfance contrastée

Lambert Wilson, 61 ans, alias « de Gaulle » à l’écran à partir du 4 mars (86e film au compteur), Alceste sur les planches dans Le Misanthrope, chantant (avec orchestre) Kurt Weill à la Philharmonie Mais aussi Lambert, fils de Georges, monument du théâtre français, compagnon et successeur de Jean Vilar au TNP. Le comédien parle souvent de cet ogre de père. Plus rarement de sa mère. « Elle détestait ça. C’était une tigresse de la vie privée qui a laissé un souvenir fort aux hommes qui l’ont approchée… Depuis quelques années, remarque-t-il, je vois se cristalliser en moi le père Wilson – sa colère, sa misanthropie, sa solitude… – alors que jusqu’ici se manifestait surtout le côté aimable et charmeur de ma mère. »

Elle, c’est Nicole. « Une vraie Parisienne, à la mode du Londres des Swinging Sixties, du genre qui conduit une Mini Cooper, porte des minijupes… » Lambert Wilson raconte deux « enfants de la grande misère » qui se rencontrent dans le Paris bohème de l’après-guerre. Georges est déjà comédien. Nicole, 17 ans, fait des allers-retours au sanatorium (« très thomasmannienne »), elle a un rire charmeur. De son enfance, Lambert Wilson dresse un tableau double, cour et jardin : « D’un côté un roi avec couronne et manteau de fourrure, de l’autre le drame familial, les tromperies, la misère. J’ai vu beaucoup de pleurs. J’ai longtemps voulu la sauver. Il m’a fallu du temps pour comprendre qu’il n’y a pas de bourreau sans victime. »

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