France

Un coupable idéal, une dystopie et l’essor de l’Occident blanc : une semaine de lectures

Chaque jeudi, la rédaction du « Monde des livres » propose une sélection de ses coups de cœur littéraires.

Temps de Lecture 5 min.

Article réservé aux abonnés

LA LISTE DE LA MATINALE

Au programme de notre sélection hebdomadaire, le dernier roman de Joann Sfar, un coupable idéal face à la vindicte populaire, une dystopie qui mêle racisme et hight tech ou encore un essai sur l’essor de l’Occident blanc fondé sur l’établissement d’un ordre social racial.

ROMAN. « Jetez-moi aux chiens », de Patrick McGuinness

C’est parée des atours du bon vieux roman policier que se présente cette histoire. Le lecteur avance dans les pas de Prof et Gary, un irrésistible duo de flics mal assortis comme le genre nous y a habitués. A quelques jours de Noël, ils sont chargés d’enquêter sur un meurtre.

La culpabilité du suspect qu’ils ont sous la main, M. Wolphram, ne convainc guère Prof. Il a du mal à retenir contre lui son goût pour la solitude, les films scandinaves, l’opéra… D’autant que, même s’il ne le dit à personne, Prof a été l’élève, une trentaine d’années plus tôt, de celui qui a été érigé en une poignée d’heures « Ogre-Ermite érudit » à la suite d’un article de presse sensationnaliste. Et il ne voit pas comment l’homme qu’il a connu, ennemi des brimades physiques et psychologiques à l’encontre des enfants, pourrait s’être métamorphosé en assassin. Tandis que l’opinion s’emballe, il apparaît de plus en plus évident qu’un innocent a été désigné comme lynchable à la foule déchaînée. Dans le même temps, Prof plonge dans ses souvenirs, redevient le jeune Ander de 1983.

Il y a une précision et une beauté dans l’écriture de Patrick McGuinness (traduite avec grâce par Karine Lalechère) qui fait tenir ensemble tous les aspects du texte : l’enquête, la méditation et les souvenirs. La dimension polar du roman propulse celui-ci, le fait avancer.

Mais il tire sa force des autres aspects du texte qui, plutôt que de déséquilibrer son rythme, lui en impulsent progressivement un deuxième, lancinant. Jetez-moi aux chiens est un roman mélancolique et drôle, aussi. Qui nous parle autant de l’état actuel du pays de l’auteur et de la fabrique de l’opinion que des strates de temps qui constituent un être. Raphaëlle Leyris

« Jetez-moi aux chiens » (Throw Me to the Wolves), de Patrick McGuinness, traduit de l’anglais par Karine Lalechère, Grasset, 382 p., 23 €.

ROMAN. « 404 », de Sabri Louatah

404 est un roman du « Far Centre ». Ses protagonistes convergent vers un village de l’Allier, La Brèche, bien nommée. D’abord Allia : dans la France de 2022, où il est impossible de différencier une image authentique d’une trafiquée, elle veut créer et populariser 404, une application rendant impossible l’enregistrement d’une scène par une caméra, donc sa falsification.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.