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France

Vatican : une lettre de Benoît XVI manipulée et transformée en une manifestation de soutien au pape François

Ces déclarations ont suffi à déchaîner l’enthousiasme des journalistes laïcs tout comme des habituels « gardiens de la révolution », non sans une pointe de triomphalisme, tel le P. Antonio Spadaro, directeur de la Civiltà Cattolica qui n’a naturellement pas manqué l’occasion de moquer une fois encore via Twitter les cardinaux des Dubia [Note de FdeSouche : une série de questions adressées par quatre cardinaux au pape François au sujet de l’orthodoxie contestée de l’encyclique Amoris lætitia. Voir pour plus d’informations.]

Pourtant, beaucoup ont remarqué la singularité du message tant pour son style – très différent des autres interventions du pape émérite – que pour son contenu, même si la portée est en réalité beaucoup moins choquante que ce qui a été fait croire.

Hier en effet, le blog de Sandro Magister a publié la lettre complète de Benoît XVI (jamais parue dans Vatican News) ; il apparaît clairement que Mgr Viganò a occulté deux détails décisifs en mesure d’inverser le sens de la lettre :

Toutefois, je ne peux pas rédiger une brève et dense page théologique à leur sujet parce que toute ma vie, il a toujours été clair que je n’écrirais et que je ne m’exprimerais jamais que sur les livres que j’aurais vraiment lus. Malheureusement, notamment pour des raisons de santé, je ne suis pas en mesure de lire les onze petits volumes dans un avenir proche, d’autant plus que d’autres engagements que j’ai déjà accepté m’attendent.

En bref : Viganò écrit à Benoît XVI pour lui arracher une « page théologique dense » à insérer comme trophée pour la présentation de la série. Mais le pape émérite, dans le style humble et doucement ironique qui lui est propre, lui répond : « Non merci. Très aimable, mais j’ai des choses plus importantes à faire que de lire ces contributions (pas particulièrement attrayantes à la lecture du seul sommaire) et que d’écrire à mon tour un essai ». Une porte claquée au visage, donc, et que Viganò a essayé d’utiliser selon son but original.

En effet, si les phrases qu’il a citées dans sa conférence de presse semblent donner l’impression d’un fort soutien de Ratzinger au pontificat de François, il est très probable que si nous pouvions lire la lettre que Mgr Viganò avait adressé à Benoît XVI le 12 janvier, le sens de la réponse nous apparaîtrait plus clairement encore. Il est assez habituel dans ces cas-là en effet, que la réponse soit faite avec courtoisie et en réutilisant des phrases ou des idées de la lettre du demandeur.

Quoi qu’il en soit, et quelles que soient les déclarations officielles, comme le dirait le regretté cardinal Carlo Caffarra, seul un aveugle pourrait ne pas constater que la discontinuité du pontificat de François vis-à-vis de son prédecesseur va au-delà des différences de style ou de tempérament.

Notons ici la maladresse et l’idiotie de certaines opérations médiatiques : certainement, les grands médias ne se corrigeront pas et laisseront à leurs lecteurs ou auditeurs le sentiment d’un pape Benoît XVI soutenant le Pape François. Cela les arrange parfaitement aujourd’hui. Mais il n’en demeure pas moins que les journalistes qui s’occupent des affaires ecclésiastiques savent désormais que la personne chargée de la communication au Vatican n’a aucun scrupule à manipuler scrupuleusement les informations pour en retirer l’effet médiatique qu’il souhaite. Et il pourrait en résulter beaucoup d’embarras, aussi bien pour le pape que pour l’Église.

P.S. de Sandro Magister :

Cher Cascioli [Note de FdeSouche : l’auteur de l’article ci-dessus], je voudrais souligner un autre détail dans cette histoire de la lettre de Benoît XVI. Il se trouve que j’étais présent à la présentation des opuscules sur la théologie du Pape François, et avec moi une vingtaine d’autres vaticanistes. Le communiqué de presse qui a été distribué ne comportait, entre guillemets, que les deux paragraphes qui ont produit le résultat que nous avons vu.

Le lendemain, j’ai essayé de retrouver si le texte intégral de la lettre avait été publié quelque part. En vain. Alors je me suis dit : ça suffit ! J’ai récupéré l’enregistrement vidéo du discours de Viganò et, muni de ce document, j’ai retranscrit le texte intégral de la lettre.

C’est ainsi qu’une vingtaine de vaticanistes au moins avaient entendu de leurs propres oreilles la lettre complète de Benoît XVI, et pourtant tout s’est passé de la manière que nous savons bien. Ce n’est pas là une page bien brillante de l’histoire de notre profession. L’opprobre n’est pas à jeter sur Viganò uniquement.

(traduction FdeSouche)