France

« Vertiges du gros plan », une nouvelle inédite de Mara Goyet

Par Mara Goyet

Publié aujourd’hui à 18h00

Réservé à nos abonnés

Récit« Féminines » (4/6). « Le Monde » a proposé à six écrivaines de rédiger  une nouvelle, fictive ou inspirée de faits réels, à partir du mot « féminité ». Mara Goyet a pris la plume.

« Comment se maquiller pour une visioconférence ? » C’était la grande question du moment et je n’avais pas la réponse. Google me renvoya instantanément vers quelques articles publiés par des revues féminines. Des revues que je connaissais par cœur : depuis des années, j’avais en effet pour habitude de les lire chaque jour ; c’était ma « prière quotidienne » comme disait Hegel. Je n’ignorais rien du panthéon people ni des meilleurs moments pour se faire une frange selon le calendrier lunaire. Je les dévorais, selon mon humeur, entre indignation et fascination, hilarité et consternation. Avec un fond d’inquiétude toujours. « Je n’y crois pas mais j’en ai peur », disait Madame du Deffand à propos des fantômes. J’en étais là avec ces magazines : je retenais tout de leurs non-dits, rien de leurs conseils.

Depuis le début du confinement, cependant, je les avais délaissés : leur univers me semblait dérisoire dans ce monde tragique. Savoir quel « maillot de bain adopter pour lézarder résiliente sur une plage de galets en pierre minérale inspirante » me paraissait désormais parfaitement anecdotique. Y compris au neuvième degré.

Mara Goyet, en 2003.

C’est donc de manière inattendue, presque fortuite, que je reprenais contact avec ces lectures autrefois familières. Enseignante, vouée aux cours en ligne en ces temps pandémiques, j’allais devoir être présentable et ne pas laisser trop voir, sur ma personne, le passage de l’insomnie, de la fatigue, de l’âge. Et du Covid-19, aussi. C’était une question de respect pour mon public. Et quel public ! Quelques collégiens, quand même (ils n’allaient pas tous jouer à Fortnite ni regarder un épisode de Séduction haute tension pendant que je parlais). Il y aurait aussi des parents tapis dans les recoins de ma classe virtuelle. Et il ne fallait pas oublier les potentielles captures d’écran faites par les élèves, destinées à la confection artisanale de mèmes désopilants qui circuleraient ensuite à qui mieux mieux : c’est du moins ce qu’affirmaient mes enfants, toujours rassurants. Dans ces conditions, il aurait été périlleux de ne pas tenter l’impossible pour donner le meilleur de moi-même et offrir, telle une allégorie éducative, le visage serein de la continuité pédagogique à la Nation apprenante.

Un effet « nude » au naturel confondant

J’accomplis donc, humblement, au premier degré pour une fois, ce que les magazines féminins m’intimaient de faire. Je mis du vert là où c’était rouge, du beige là où c’était bleu, du rose là où c’était blanc, je mis des ombres, des contours, des aplats, des couches. J’obtins un résultat tout en facettes, type Dora Maar par Picasso. Certes dans le miroir de ma salle de bains, cela laissait un peu à désirer mais il était évident qu’à l’écran un effet « nude », au naturel confondant, se révélerait. Et puis la caméra de mon ordinateur aurait sans doute à cœur de sublimer l’ensemble.

Il vous reste 73.42% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Football news:

En premier League, le record de buts pour le week-end (presque 5 dans chaque match!). Et il n'a pas encore joué Man City
Le PSG devance Man City dans la lutte pour Coulibaly. Les parisiens sont prêts à lui donner environ 82 millions d'euros
José Mourinho: je Ne sais pas quand Bale se remettra de sa blessure, mais il est heureux d'être à Tottenham
Barcelone a convenu avec Suarez de résilier son contrat (RAC1)
Leipzig a négocié le transfert du meilleur buteur de la Ligue turque Serlot pour 20 + 4 millions d'euros
Cavani est toujours sans football: la nuit, il chasse les lièvres et les sangliers, fait du ballet, redémarre à la pêche
Le perroquet Ara s'est assis sur la tête d'une joueuse de football de l'équipe nationale brésilienne pendant l'entraînement