A l'heure où les écoles rouvrent leurs portes, le virologue Marc Wathelet, spécialiste des coronavirus, a dénoncé, dans la DH notamment, une minimisation de la contagion par les enfants. 

Il pointe notamment du doigt la communication de Sciensano, l'Institut scientifique de santé publique, qu'il qualifie de trompeuse. Le Dr Sophie Quoilin, épidémiologiste cheffe de service chez Sciensano, défend mardi l'Institut. Pour Marc Wathelet, présenter le risque de contagion par les enfants comme négligeable s'inscrit dans une logique utilitariste visant à rassurer la population, mais sous-tend une "lecture biaisée de la littérature scientifique". La généraliste Nora Zekhnini a également critiqué lundi Sciensano en ce sens dans des publications médicales sur internet. Le Royal College of Pediatrics and Child Health avait déjà fait savoir le 30 avril dernier, sur son site, que des médias avaient "outrageusement suggéré", en citant l'institution, que les enfants ne transmettaient pas le Covid-19.

Sophie Quoilin assure que de nombreux articles scientifiques traitent d'une contagion moindre par les enfants: "Dans la littérature, il y a une majorité d'articles qui disent un certain nombre de choses et des 'outliers' (des observations aberrantes, NDLR). M. Wathelet va chercher dans sa lettre des exemples extrêmes. Quand on gère une épidémie, on doit connaître les extrêmes, mais s'aligner sur ce qui est le plus probable (...) Ce qui est pour moi le plus délétère dans ce que nous vivons aujourd'hui, c'est ce genre de discours extrêmes qui sont relayés dans les réseaux sociaux et les médias et qui amènent la population belge à vivre dans la peur (...) On donne l'information que l'on veut que le public retienne. Vous savez bien que si l'on donne plusieurs messages et que le discours n'est pas clair, il ne va pas être intégré. On ne s'adresse pas à des scientifiques. On s'adresse à M. et Mme Tout le monde, dont le niveau de compréhension peut être très variable."

Pour éviter que les gens ne se noient dans un flux d'informations contradictoires, elle estime que sa responsabilité est "d'avoir un discours clair et nuancé, qui est le reflet de ce que l'on connaît le mieux aujourd'hui".

La problématique des maisons de repos

Marc Wathelet critique par ailleurs la présentation positive du taux d'occupation des hôpitaux par Sciensano, qui ne tient pas compte du pré-triage silencieux dans les maisons de repos sans lequel les soins intensifs auraient pu être saturés, les décès ayant été plus nombreux dans les homes que dans les hôpitaux.

Or, une communication du Collège de Médecine générale francophone de Belgique fait bien état d'une règle appelant à "faire le tri pour éviter de saturer les urgences avec des patients dont l'espérance de vie est limitée". "Bien sûr, il y a une fraction des patients qui serait de toute façon décédée, en particulier quand ils sont âgés", concède Marc Wathelet. "Mais, par exemple, des patients auraient pu recevoir à l'hôpital de l'oxygène."

Sophie Quoilin souligne que jamais une telle recommandation n'a émané de son institut et que Sciensano a fait de la Belgique un des premiers pays "à mettre au jour les décès suspects, qui n'étaient peut-être pas directement liés au Covid-19, mais qui créaient une surmortalité dans les maisons de repos". Elle revendique une réelle transparence dans la transmission des données et se montre ouverte quant à l'appréciation de leur lecture: "Au même titre qu'en 2003, après la vague de chaleur, il y a eu une grande émotion sociétale par rapport à l'abandon des personnes âgées. Mais, tous les chiffres que l'on reçoit, on les restitue. Maintenant, si j'avais pu imaginer une telle situation, peut-être qu'on aurait dû plus crier. Je ne sais pas. Je pense en tout cas qu'il y a vraiment des questions à se poser par rapport à ce qui s'est passé dans les maisons de repos."

Selon le bulletin épidémiologique de Sciensano, environ 23% des patients actuellement hospitalisés sont issus des homes.