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Brandon Duhaime: des sacrifices familiaux

« J’ai pleuré plusieurs fois pendant le match. Les émotions étaient fortes. Je le savais, je m’y attendais. J’ai toujours dit à mon fils qu’à son premier jour dans la LNH, j’étais pour être dans les estrades à pleurer. Et c’est exactement ça qui est arrivé. Je voyais mon garçon réaliser son rêve. C’était beau. »

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Le garçon, c’est Brandon Duhaime. La mère qui ne parvenait pas à contenir ses larmes, c’est Martine Lebel Duhaime. 

Duhaime porte maintenant les couleurs du Wild du Minnesota. À 24 ans, l’ailier gauche a réalisé son rêve en atteignant la LNH. Il a maintenant joué 24 matchs sous les couleurs du Wild. 

S’il reste encore méconnu au Québec, il y a une raison bien simple. Duhaime a vu le jour à Coral Springs en Floride. Il a grandi dans cet État du Sud à suivre les Panthers de la Floride. 

Mais le jeune Américain provient d’une famille québécoise. Son père, Trevor, a joué pour les Tigres de Victoriaville, les Lynx de Saint-Jean et les Draveurs de Trois-Rivières dans la LHJMQ de 1988-1989 à 1991-1992. Le paternel n’a jamais foulé une glace de la LNH, jouant brièvement à Baltimore dans la Ligue américaine à Hampton Roads dans la ECHL et à Fort Wayne dans la CHL. 

« Oui, c’est un rêve qui se réalise, a dit Brandon Duhaime en entrevue au Journal. J’étais tellement heureux de gagner un poste à la fin du camp avec le Wild. J’ai trouvé l’expérience formidable de jouer mon premier match dans la LNH. C’était contre les Ducks à Anaheim. Mais il y a beaucoup de gens à remercier pour ce chemin. Ma famille, mes amis, mes entraîneurs physiques et les entraîneurs avant la LNH m’ont aidé à y arriver. »

Sur la rangée du haut : Trevor et Brandon Duhaime. Sur la première rangée de gauche à droite, la copine de Brandon, sa grand-mère maternelle, sa mère Martine et sa sœur Naomi.

Photo courtoisie

Sur la rangée du haut : Trevor et Brandon Duhaime. Sur la première rangée de gauche à droite, la copine de Brandon, sa grand-mère maternelle, sa mère Martine et sa sœur Naomi.

Des coéquipiers francophones

Duhaime parle encore français. Les salutations se font dans la langue de Molière. 

« Fred (Gaudreau) me parle en français avec le Wild, a-t-il répliqué. Il me pousse à parler le plus souvent possible. Je tente de le suivre ! C’était la même chose l’an dernier avec le Wild de l’Iowa dans la Ligue américaine. Je conversais en français avec Alex Tanguay (adjoint) et Gabriel Dumont. Je retrouvais mes racines francophones. »

Pour l’entrevue téléphonique, le jeune homme a toutefois préféré se tourner vers l’anglais afin de ne pas chercher ses mots. À part des visites pour voir de la famille au Québec, il a toujours étudié et grandi dans un environnement anglophone. 

Un déracinement

La Floride n’a rien d’un berceau du hockey. Le Minnesota, le Massachusetts et le Michigan restent les terres les plus fertiles pour produire des joueurs de la LNH. 

Selon les registres du site Quanthockey, seulement 16 joueurs nés en Floride ont joué dans la LNH. Pour la saison 2020-2021, on dénombre 11 patineurs de cet État.  

Le chemin vers la LNH n’a rien d’une route facile pour un hockeyeur né sous les palmiers. À l’adolescence, Duhaime a vécu quatre ans en Colombie-Britannique pour jouer dans une académie de hockey à Kelowna. Pour les deux premières années, il vivait avec son père, Trevor. 

« Ce n’était pas juste Trevor qui faisait un sacrifice, c’était toute la famille, a rappelé Brandon. Mon père a laissé derrière lui ma mère et ma sœur pour me suivre en Colombie-Britannique. Mais tout le monde trouvait qu’il s’agissait de la bonne décision. Nous avions fait ce choix en famille. Maintenant, je suis plus vieux et je réalise la force de mes parents et les sacrifices qu’ils ont faits pour moi. C’est assez fou. Je ne les remercierai jamais assez. » 

« Trevor avait quitté son emploi en Floride, mais il a trouvé un boulot dans le domaine de la construction pour deux ans à Kelowna. Je crois qu’il aimait ça. »

« C’était pour une bonne raison, a renchéri Trevor. Je trouvais ça dur de partir sans ma femme et ma fille (Naomi), mais nous le faisions pour poursuivre le rêve de Brandon. Nous voulions lui offrir toutes les chances possibles. Nous avons fait les sacrifices, mais aujourd’hui nous en sommes très fiers. » 

Martine Duhaime corrobore les dires des deux hommes de sa vie. 

« Je n’ai jamais perçu ça comme des sacrifices. On voulait juste qu’il poursuive son rêve. On voulait lui donner une chance. Le sport reste aussi une formidable école de vie, peu importe où ça te mène. J’ai fait beaucoup de natation quand j’étais plus jeune et ce sport m’a toujours aidée dans ma vie d’adulte. » 

Mais si elle a autant pleuré le soir des débuts de fiston dans la LNH, c’est possiblement en repensant aux deux saisons où elle le voyait qu’une poignée de fois par année.  

UNE CHUTE À SES DÉBUTS

Le 15 octobre 2021. C’est la date du premier match dans la LNH pour Duhaime. Le Wild jouait contre les Ducks à Anaheim. Tradition oblige, le Floridien a fait un tour en solitaire pour la période d’échauffement au Honda Center. 

« À son tour pour les recrues, il est tombé, rappelle en riant Martine Duhaime. Il s’est enfargé sur une rondelle. Ça partait mal ! »

« C’était probablement le fait marquant de ma première soirée dans la LNH, a répliqué Brandon. Mes coéquipiers du Wild m’ont pas mal agacé avec ça. Je crois que c’était une bonne chose, ça m’aidait à chasser la nervosité. »

UN DRÔLE DE PREMIER BUT

Choix de 4e tour (106e) du Wild en 2016, Duhaime a joué trois ans à l’Université de Providence avant de faire le saut dans la Ligue américaine en 2019-2020. Il a passé deux ans avec le Wild de l’Iowa. Dans la LNH, il a marqué son premier but à son quatrième match. C’était le 23 octobre contre John Gibson et les Ducks. 

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Photo AFP

« Mon premier but était un moment vraiment particulier. Je venais d’échapper mon bâton. Je cherchais à le récupérer devant le filet et la rondelle a frappé l’un de mes patins. Nico Sturm venait de décocher un tir qui avait aussi dévié sur un joueur des Ducks (Rickard Rakell).

« Deux matchs avant, on m’avait refusé un but contre les Kings. Je croyais avoir marqué mon premier but dans la LNH, mais ils ont révisé le jeu. Je me suis racheté contre les Ducks avec un but un peu plus chanceux. » 

DU PÈRE DANS LE NEZ

En 24 matchs depuis le début de la saison, Duhaime a marqué trois buts et ajouté cinq passes. Il a gagné son poste au Minnesota grâce à son énergie et sa fougue comme attaquant. Il est deuxième chez le Wild avec 56 mises en échec, soit dix de moins que Marcus Foligno qu’il décrit comme un mentor. 

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Photo AFP

« Le jeu robuste, c’est dans mon ADN, dit l’ailier de 6 pi 1 po et 203 lb. Ça vient de mon père. Il m’a enseigné à jouer de cette façon. J’ai une mentalité de dur. Il m’a inculqué de bonnes valeurs. Il m’a toujours demandé de travailler le plus fort possible et de ne jamais abandonner. »  

AMI DE JAKOB CHYCHRUN

Dans son enfance, Duhaime a partagé le même vestiaire que Jakob Chychrun, un défenseur des Coyotes de l’Arizona. Trevor et Jeff, un ancien des Flyers de Philadelphie, ont dirigé longuement leurs garçons dans le hockey mineur. 

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Photo AFP

« Nous avons commencé à jouer ensemble à quatre ans, précise Brandon. Nous nous sommes suivis jusqu’à l’âge de 14 ans. Jakob est parti à Detroit pour le programme des Little Caesars avant la OHL. J’ai choisi de partir pour la Colombie-Britannique. Aujourd’hui, on s’est déjà affronté une fois dans la LNH. C’était spécial. » 

LA CICATRICE DE PARKLAND

Né à Coral Springs, Duhaime habite à Parkland en Floride. Le 14 février 2018, cette municipalité assez tranquille avait fait les manchettes pour une tuerie faisant 17 morts dans une école secondaire. 

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Photo d'archives

« Quand tu viens de Parkland, tu y penses toujours à cette tragédie. Je me souviens où j’étais lorsque j’ai appris la nouvelle. Heureusement, je n’étais pas là, je me trouvais à Providence. Ma sœur, Naomi, avait déjà reçu son diplôme de cette école avant cette triste date. Anthony Rizzo, qui jouait à cette époque pour les Cubs de Chicago, avait rencontré les étudiants, il était un ancien de cette école. » 

LE PATERNEL AVEC DAVE MORISSETTE

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Photo courtoisie, Jimmy Hamelin

L’idée d’écrire sur Brandon Duhaime et sa famille provient d’une passe parfaite sur la palette de Dave Morissette. L’animateur à TVA Sports a joué une saison dans la ECHL avec Trevor Duhaime pour les Admirals d’Hampton Roads. C’était en 1992-1993. Les deux hommes ont gardé le contact depuis cette saison-là.