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Chercheurs d’or en Amazonie : les indigènes du Brésil traumatisés

À l’extrême Nord du Brésil, les indigènes se souviennent, à mesure de l’avancée sur leurs terres de l’orpaillage clandestin et de la pandémie de coronavirus, de la souffrance endurée à la fin des années 1980. 

Cette « époque terrible » a été pour eux synonyme de violences, de maladies et de mort.

« Près de 40 000 mineurs sont entrés sur nos terres et près d’un cinquième de notre population indigène est morte en à peine sept ans, à cause des violences, de la malaria, de la dénutrition, de l’empoisonnement par le mercure », se remémorent les leaders des Sanuma et Yekuana, deux peuples autochtones du pays sud-américain. 

Ces lignes proviennent d’une lettre adressée fin juin au ministre de la Défense Fernando Azevedo pour exiger le « retrait immédiat de tous les envahisseurs » du territoire Yanomami, qui s’étend sur 96 000 km2 et abrite quelque 27 000 indigènes. 

« Les mineurs ont des armes puissantes pour nous tuer, nous craignons un génocide », a déclaré à l’AFP Mauricio Yekuana, à Auaris, à la frontière avec le Venezuela, avant de remettre la lettre. 

Davi Kopenawa, cacique Yanomami avec qui Yekuana a défendu la cause indigène à l’étranger, s’est entretenu le 3 juillet avec le vice-président brésilien Hamilton Mourao avec la même exigence : l’expulsion des mineurs. 

Selon les ONG, environ 20 000 chercheurs d’or clandestins opèrent sur ces terres, encouragés par les projets du président Jair Bolsonaro qui veut « intégrer » ces zones à la « modernité ». De son côté, le gouvernement estime que les orpailleurs sont au nombre de 3.500.

La présence des mineurs a des conséquences environnementales, comme la contamination au mercure des rivières, source d’eau et d’aliments pour les communautés autochtones. 

Mais elle a aussi des conséquences sociales, telles que la prostitution des indigènes, et sanitaires, comme la propagation de la malaria, qui sévit dans la région depuis des décennies, à cause de cette activité.

Elle s’accompagne aussi de menaces d’un autre type. Deux Yanomami ont été tués en juin par des chercheurs d’or, dans une affaire qui fait l’objet d’une enquête. 

Pour les indigènes, cela pourrait déboucher sur un autre massacre, comme celui de 1993, lorsque 16 autochtones de cette ethnie ont été sauvagement exterminés par des orpailleurs dans la communauté de Haximu.

Contamination

En ces temps de pandémie, la proximité avec les mineurs représente également un risque élevé pour les indigènes de contracter le COVID-19 qui, selon les chiffres officiels, a déjà contaminé plus de 9000 d’entre eux et fait 193 morts. 

C’est le cas de Waikas, une petite communauté enclavée sur les terres des Yanomami, où 26 cas ont été confirmés. 

« Je suis resté cinq jours avec de la fièvre et cinq jours sans pouvoir sortir du hamac. J’avais mal à la tête, je ne sentais plus l’odeur de la nourriture, pas même l’oignon », confie Marciano Rocha, membre de l’ethnie yekuana, qui travaille dans cette communauté de quelque 300 habitants, où il tient une petite pharmacie. 

« Il y a un jeune ici qui a voyagé avec les mineurs. Il a commencé à se sentir fiévreux et nous nous sommes méfiés. Il ne s’est pas isolé : ici, nous vivons et nous travaillons ensemble. Tout le monde a eu des symptômes », raconte Marciano, visiblement remis. 

Au centre de Waikas, se trouve une dizaine de constructions en bois. La pharmacie de Marciano a reçu des équipements de protection et des médicaments, au cours d’une opération de l’armée, qui a également apporté des tests rapides de COVID-19. 

Au cours d’une première série de tests, tous ont été négatifs, y compris Marciano. Mais en répétant l’opération, 22 personnes ont été positives, et quatre autre l’avaient déjà été auparavant. 

« Nombre de mineurs viennent se faire soigner ici », confie un collègue de Marciano.

« Traverser l’Amazonie, cela revient à prendre un vol de Moscou à Lisbonne » explique le vice-amiral Carlos Chagas, porte-parole du ministère de la Défense, pour donner la dimension du défi que représente l’Amazonie. 

Plus de 9000 militaires ont été contaminés par le COVID-19, soit 2,2 % des éléments actifs. Cela reflète, selon lui, l’implication de l’armée dans ce type d’opération d’assistance. 

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