Canada

Des multinationales ont convaincu Québec de les laisser fonctionner

La confusion la plus totale règne quant au respect du décret qui interdit aux entreprises de maintenir des activités non essentielles. Les policiers interviennent pour fermer des commerces alors que des multinationales s’activent en haut lieu pour poursuivre leur production. 

Sur la Côte-Nord, plus de 2000 travailleurs continuent d’extraire, de transporter et de transformer du minerai de fer pour ArcelorMittal. Environ 270 syndiqués ont été mis à pied. 

Avec l’aide du bureau montréalais de la firme américaine de relations publiques Teneo, le géant luxembourgeois a eu accès au cabinet du premier ministre François Legault pour obtenir la permission de poursuivre la majeure partie de ses activités. 

Contrats d’exportation 

« ArcelorMittal détient plusieurs contrats d’exportation. Afin de ne pas nuire à ceux-ci, le gouvernement a permis à l’entreprise de poursuivre ses activités, à un volume toutefois moindre qu’à l’ordinaire », soutient Ewan Sauves, porte-parole de M. Legault, en assurant qu’« il n’y a eu aucun favoritisme, aucune pression ». 

ArcelorMittal affirme avoir des clients incontournables dans les secteurs de la défense et de l’alimentation. 

Sans parler spécifiquement de cette entreprise, Dominic Lemieux, adjoint au directeur québécois des Métallos, constate que de plus en plus de travailleurs s’inquiètent pour leur santé. 

« Je dois vous avouer que je suis surpris de voir certaines des entreprises où l’on représente des travailleurs continuer à opérer et de les voir se déclarer comme étant essentielles, dit-il. Il y a des employeurs qui n’ont pas de bons comportements sociaux, ces temps-ci. » 

Le mastodonte britanno-australien Rio Tinto a lui aussi obtenu la permission de garder ouvertes ses alumineries du Saguenay. En revanche, plusieurs mines d’or ont suspendu leurs activités. À Mirabel, le constructeur d’hélicoptères Bell invoque ses contrats gouvernementaux pour maintenir une cadence quasi normale. 

Commerces 

Dans plusieurs villes du Québec, des policiers ont dû intervenir pour ordonner à des commerces de cesser leurs activités. Les entrepreneurs récalcitrants risquent des amendes de 1000 à 6000 $. 

« On n’a pas de pouvoir de fermeture d’entreprise, mais on peut sortir les gens pour faire en sorte que le commerce ne fonctionne pas », explique Geneviève Major, sergente au Service de police de Laval. 

À Sherbrooke, le commerçant de véhicules d’occasion Marco Poulin s’étonne de voir que des concurrents restent ouverts. « Est-ce que c’est un service essentiel ? » demande-t-il. 

À Longueuil, le magasin d’électronique Master Vox reste ouvert même si cette catégorie de commerces ne fait pas partie de la liste officielle du gouvernement. Le gérant, Roger Ravary, indique que l’établissement répond aux besoins de la Ville, de la police et des hôpitaux. Même justification chez Dickie Moore, qui loue notamment de l’équipement de levage.  

Mécanique 

Contrairement aux mécaniciens automobiles, ceux qui s’occupent des vélos ont dû cesser leurs activités. « Je vais mettre ça sur le compte de l’oubli », lance Suzanne Lareau, PDG de Vélo Québec, en demandant au gouvernement de corriger le tir. 

Et même si les magasins de vêtements ont dû fermer leurs portes, les grandes surfaces comme Walmart et Tigre Géant peuvent continuer d’en vendre puisqu’ils offrent également de la nourriture.

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