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En Écosse, la pandémie dope la popularité des indépendantistes

Édimbourg | Au vu des sondages, mais aussi des ventes de masques à carreaux, la popularité de la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon, et son combat pour l’indépendance de la nation, se portent bien.

Lorsque la responsable indépendantiste a visité un magasin d’Edimbourg sur le point de rouvrir après des mois de confinement en portant un masque de protection en tartan, rappelant le motif du kilt écossais, le modèle s’est vendu comme des petits pains.

L’histoire pourrait rester au statut d’anecdote mais elle intervient en plein regain de popularité pour Nicola Sturgeon, créditée d’une gestion robuste de la pandémie de nouveau coronavirus, qui profite par ricochet à la cause indépendantiste qu’elle défend ardemment.

Selon un sondage Panelbase publié la semaine dernière, Nicola Sturgeon bénéficie de 60% d’opinions favorables pour sa gestion de la crise et 54% des Ecossais soutiennent désormais l’indépendance, rejetée il y a six ans par référendum à 55%.

Après une forte progression aux élections législatives britanniques de décembre 2019, la vague récente d’opinions favorables place son parti, le Scottish National Party (SNP), en position de force pour l’élection des membres du Parlement écossais en mai 2021. 

«Dans cette période de grande incertitude, les gens recherchent un leader qui puisse les rassurer», estime Iain Black, de la Convention sur l’indépendance de l’Ecosse, groupe multipartite défendant cette cause, interrogé par l’AFP.

«Nicola Sturgeon a été exceptionnellement bonne pour communiquer sa compassion lors des briefings quotidiens (sur la maladie Covid-19, ndlr). Elle a contribué à atténuer l’angoisse des gens en apportant un sentiment de certitude durant la pandémie. Ce n’est pas quelque chose qu’on oubliera de sitôt», analyse-t-il.

Jouer la prudence

Si les différentes régions du Royaume-Uni sont entrées ensemble dans le confinement le 23 mars, elles ont adopté des calendriers différents pour assouplir les restrictions.

Nicola Sturgeon s’est démarquée du Premier ministre britannique, Boris Johnson, accusé de ne pas avoir saisi l’ampleur de la crise sanitaire dans le pays, le plus endeuillé d’Europe avec près de 45 000 morts de personnes testées positives.  

Quand le dirigeant conservateur annonçait une levée progressive du confinement dès le mois de mai en Angleterre, elle préférait jouer la prudence, estimant que le virus restait trop prévalent en Ecosse, où il a tué environ 2 500 personnes.

Sa fermeté face au gouvernement central de Londres lui a valu les soutiens des dirigeants des autres nations constitutives du Royaume-Uni, le Pays de Galles et l’Irlande du Nord, marquant l’isolement de Boris Johnson.  

«Petit pays indépendant»

Les opposants de Nicola Sturgeon ont souvent reproché à l’ex-avocate d’être une figure clivante en plaidant bec et ongles l’indépendance pour l’indépendance de l’Ecosse, malgré la défaite du référendum de septembre 2014. Mais ces divisions semblent aujourd’hui moins marquées.

«Pour beaucoup de nationalistes, ces trois derniers mois illustrent comment l’Ecosse pourrait mieux se gouverner elle-même en tant que petit pays indépendant», a expliqué le politologue John Curtice, de l’université de Strathclyde à Glasgow, dans le Sunday Times. 

«Cela a pu convaincre d’anciens unionistes des mérites de cette revendication», ajoute-t-il, prédisant une forte progression du SNP aux élections écossaises de 2021. 

«Sentiment anti-Brexit»

Avant même la pandémie, Nicola Sturgeon justifiait sa revendication d’un nouveau référendum sur l’indépendance - que Boris Johnson lui refuse catégoriquement - par la forte opposition au Brexit en Ecosse, à contre-courant du Royaume-Uni. Pour elle, la sortie du pays de l’Union européenne fin janvier ne reflète pas la volonté du peuple écossais. 

«Le sentiment anti-Brexit est extrêmement fort en Ecosse», confirme Gordon MacIntyre, qui dirige le réseau d’entreprises Business for Scotland, favorable à l’indépendance. «Beaucoup de ceux qui ont voté contre l’indépendance en 2014 ont voté pour le maintien dans l’UE en 2016», ajoute-t-il, interrogé par l’AFP. 

Il estime que «l’union (britannique) sera pour ainsi dire morte» si les négociations commerciales post-Brexit entre Londres et Bruxelles n’aboutissent pas d’ici à la fin de l’année, risquant d’affaiblir davantage une économie écossaise déjà terrassée par la pandémie. 

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