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Manifestations contre une loi sécuritaire en France, secouée par les violences policières

Des dizaines de rassemblements sont prévus samedi en France pour dénoncer une loi en préparation jugée liberticide par les organisateurs, dans un pays secoué depuis jeudi par une nouvelle affaire de violence policière qui met le gouvernement sous pression. 

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Au cœur de la contestation qui a débordé jusqu’à entraîner une crise politique, figurent trois articles de la proposition de loi « Sécurité globale » , qui a déjà reçu un feu vert de l’Assemblée nationale la semaine dernière, encadrant la diffusion de l’image de policiers, l’usage de drones et des caméras piétonnes des forces de l’ordre.

 « Cette proposition de loi vise à porter atteinte à la liberté de la presse, à la liberté d’informer et d’être informé, à la liberté d’expression, en somme aux libertés publiques fondamentales de notre République » , juge la coordination appelant aux rassemblements.

L’article 24 - qui a focalisé les attentions - réprime d’un an de prison et 45 000 euros d’amende la diffusion « malveillante » d’images de policiers et gendarmes. Le gouvernement avance que cette disposition vise à protéger les policiers victimes d’appels à la haine et au meurtre sur les réseaux sociaux, avec des détails de leur vie privée révélés.

Mais ses détracteurs font valoir que bon nombre d’affaires de violences policières seraient restées impunies si elles n’avaient pas été capturées par les caméras de journalistes et les smartphones de citoyens. Ils pointent aussi que c’est une disposition inutile, l’arsenal juridique actuel étant suffisant pour réprimer de tels délits, et que le droit français « sanctionne les actes, non les intentions » .

Deux affaires de violences policières cette semaine, révélées par des images vidéo, ont porté le débat à ébullition et transformé ce qui était une passe politique difficile à négocier pour le gouvernement, en véritable crise.

Lundi, lors d’une opération médiatique d’organisations promigrants, la police a évacué brutalement ceux qui avaient été installés sur une place du centre de Paris, malmenant également des journalistes sous l’œil des caméras et des smartphones.

Passage à tabac

Mais le paroxysme a été atteint jeudi après la publication d’images de vidéosurveillance montrant le passage à tabac d’un homme noir, producteur de musique, par trois policiers.

La presse, les réseaux sociaux, certains grands noms du sport ont dénoncé ces violences policières. 

« Des images qui nous font honte » a dénoncé vendredi soir le président Emmanuel Macron, qui a chargé le gouvernement de lui « faire rapidement des propositions » pour « lutter plus efficacement contre toutes les discriminations » .

Il avait déjà demandé jeudi à son ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, un rouage très important de son gouvernement désormais fragilisé, de prononcer des sanctions très claires contre les policiers incriminés.

Face au tollé provoqué par l’article 24, le premier ministre Jean Castex a cherché une échappatoire avec une « commission indépendante chargée de proposer une nouvelle écriture » . Mais l’initiative a offusqué les parlementaires de tous bords qui y ont vu une marque de « mépris » . Elle a notamment rencontré l’ « opposition » du président de l’Assemblée, Richard Ferrand (LREM, majorité présidentielle).

La coordination réclame, elle, le « retrait des articles 21, 22 et 24 de la proposition de loi Sécurité globale et le retrait du nouveau Schéma national de maintien de l’ordre » publié en septembre, qui lors des manifestations, oblige les journalistes à se disperser lorsque les forces de l’ordre en donnent l’ordre, les empêchant ainsi de couvrir la suite des événements, souvent houleux ces dernières années.

« Dérive sécuritaire »

Le préfet de police de Paris, Didier Lallement, a demandé aux policiers sous son autorité de tenir « la ligne républicaine jusqu’au bout » , dans une lettre adressée à chacun d’eux, avant les nouvelles manifestations.

Les presses française et étrangère ont dénoncé « une dérive sécuritaire », « des atteintes aux droits » . Parmi les voix critiques, la défenseure des droits, les rapporteurs des droits humains auprès de l’ONU... Le débat s’est aussi invité au Parlement européen.

En plus des traditionnelles structures de gauche, syndicales, ou de la société civile qui manifesteront, de nombreuses personnalités ont rejoint l’appel à manifester samedi, désormais placé sous « le refus que la France soit le pays des violences policières et des atteintes à la liberté d’informer ».

Des Gilets jaunes, dont les manifestations, parfois violentes, en 2018 et 2019 avaient secoué le pays, sont également attendus.

À Paris les autorités avaient exigé des organisateurs que la manifestation se limite à un simple rassemblement, mais la justice a autorisé vendredi soir une manifestation mobile.

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