Canada

Manque de maisons d’hébergement: des victimes de violence conjugale doivent aller en foyer de sans-abris

MONTRÉAL | Les maisons de femmes victimes de violence conjugale étant toutes pleines, celles qui demandent de l’aide sont souvent redirigées vers des foyers pour itinérantes, même si ce type d’hébergement n’est pas le mieux adapté à leurs besoins. 

«C’est vraiment dans des cas extrêmes, quand la femme ne peut pas aller chez des proches en attendant qu’une place se libère ou quand elle ne peut se déplacer dans une maison qui a de la place», a fait savoir Louise Riendeau, coresponsable des dossiers politiques au Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale. 

Louise Riendeau

Photo AGENCE QMI, MARIO BEAUREGARD

Louise Riendeau

Les refuges pour sans-abri s’adaptent tant bien que mal à la réalité de femmes qui ont toujours eu un toit sur la tête et qui occupent un emploi. Elles sont alors amenées à cohabiter avec des femmes de la rue. Ces dernières ont pour la plupart elles aussi été victimes de violence au cours de leur vie, mais elles ont souvent des problèmes d’une autre ampleur. 

«Il va y avoir plus de femmes qui ont des problèmes de toxicomanie, de santé mentale. Il y a des femmes (victimes de violence conjugale) qui ne vont pas se sentir en sécurité et qui vont préférer retourner chez leur conjoint. On essaie de l’éviter, mais ça arrive», a déploré Mme Riendeau, qui reconnaît que cette situation n’est pas idéale. 

Manque de maisons 

Or, SOS violence conjugale, la ligne téléphonique qui répond aux femmes qui viennent de fuir leur résidence, dit pas avoir d’autres choix que de leur conseiller de se rendre en refuge. 

«L’an dernier, à 40 % des demandes d’hébergement, on a dû demander de rappeler plus tard. C’est inacceptable, ça devrait être comme les pompiers. Quand on appelle les pompiers, c’est tout de suite qu’on a besoin», a décrié Claudine Thibaudeau pour illustrer le manque de ressources de son organisme et interpeller le gouvernement Legault. 

Selon elle, il faudrait ouvrir une vingtaine, voire une trentaine, de nouvelles maisons pour femmes battues au Québec pour arriver à répondre à la demande, grandissante à cause de nombreuses campagnes de sensibilisation et des cas médiatisés de violence conjugale dans les dernières années. 

Le manque d’hébergements pour femmes victimes de violence se fait particulièrement sentir dans les régions de Montréal, de Laval et de l’Outaouais, a indiqué Claudine Thibaudeau 

Problème de sécurité 

La responsable du soutien clinique à SOS violence conjugale assure que les refuges font du bon travail en attendant, mais il n’en demeure pas moins qu’elle a quelques inquiétudes en ce qui a trait à la sécurité. 

«Dans les maisons spécialisées en violence conjugale, il y a des couches supplémentaires de sécurité (pour que les hommes violents ne puissent pas rentrer en contact avec leur conjointe), ce qui n’est pas le cas pour les autres hébergements», a-t-elle expliqué. 

Si vous êtes victime de violence conjugale, vous pouvez rejoindre en tout temps la ligne téléphonique de SOS violence conjugale au 1 800-363-9010.