Canada

Oka, 30 ans plus tard

On parle un peu ces jours-ci des 30 ans de la crise d’Oka. Ce retour dépasse la simple curiosité historique. Il permet d’évaluer l’évolution de la question amérindienne au Québec.

Car en 30 ans, la perception que nous en avons s’est profondément transformée.

À l’époque, les Québécois, globalement, ne comprenaient pas qu’on puisse prendre en otage ainsi une région en défiant ouvertement la légalité.

Ils n’acceptaient pas que les Warriors, essentiellement venus des États-Unis, déguisés en commandos, armés de M-16 et entretenant un rapport plus que trouble à la légalité, se permettent de s’imposer ainsi au Québec. Ils n’acceptèrent pas la mort du caporal Lemay. Ils n’aimaient pas le fameux Lasagne.

Territoires

Aujourd’hui, notre perception a changé.

Nous avons la conscience historique ravagée par une propagande culpabilisante nous répétant de manière absolument mensongère que nous vivons sur des territoires « non cédés ».

Ce slogan répété comme une prière par les grands prêtres de la rectitude politique nous amène à oublier que ce qu’on nomme le Québec en tant qu’entité politico-historique trouve son origine en Nouvelle-France. Ce sont nos ancêtres qui ont exploré ce pays et l’ont mis en valeur. Il n’aurait jamais vu le jour sans eux. Nous ne sommes pas de trop chez nous. Nous ne sommes pas des voleurs de terre, mais les fondateurs d’un pays.

Hélas, cette propagande fonctionne, surtout chez les jeunes générations qui renient leur identité et ne veulent plus être nationalistes pour elles-mêmes, mais seulement pour les autres.

La réalité historique est infiniment plus complexe.

Tous les Blancs ne sont pas interchangeables. Tous les Amérindiens ne le sont pas non plus. Les Européens étaient divisés en plusieurs empires rivaux, et les peuples amérindiens étaient aussi en conflit entre eux.

Historiquement, les Mohawks furent les alliés des Anglais et les ennemis des Français. Encore aujourd’hui, on ne peut pas dire que les relations entre le Québec et les Mohawks se soient apaisées, comme on l’a vu au moment de la crise des Wet’suwet’en, l’automne dernier.

Les radicaux, chez les Mohawks, n’aiment rien tant que provoquer la société québécoise.

Évidemment, le gouvernement fédéral avait cherché à instrumentaliser la crise d’Oka pour faire peur aux Québécois, qui étaient alors tentés par l’indépendance. La présence de l’armée canadienne au Québec avec la crise n’était pas innocente.

Radicaux

Il serait temps de retrouver une certaine lucidité.

Les Amérindiens ont raison de réclamer un plein accès aux services publics auxquels ils ont droit et que le gouvernement d’Ottawa tarde à leur offrir, au point que plusieurs communautés sont condamnées à former un tiers-monde intérieur. Ils ont droit de renouer avec leur culture. Ils ont droit de vivre en sécurité et peuvent légitimement reprocher au gouvernement fédéral d’avoir tout fait pour les déraciner culturellement.

Cela ne veut pas dire qu’ils aient toujours et automatiquement raison, quelles que soient leurs revendications, quoi qu’en pensent ceux qui n’en finissent plus de s’autoflageller parce qu’ils sont « Blancs ».

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