Congo
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Assassinat du droit dans l’affaire Matata ou la métaphysique du sacrifice !

(Par Tribune de Mulala Kanda, Juriste et analyste politique)

Depuis la nuit des temps, en période de crise aigüe, les sociétés frappées ont recours au sacrifice pour expier leurs torts et apaiser la colère des dieux. Et « sacrifice » sous-entend un bien ou un être précieux, en tout cas qui a de la valeur aux yeux de ses contemporains. 

Socrate fut livré et condamné à boire la ciguë en Grèce antique, Jeanne d’arc fut livrée sur fond de pacte entre seigneurs, le Christ fut livré pour contenter la masse aigrie par des années de souffrance, Lumumba fut livré sur fond de pacte néocolonial. A  la clé, un prétexte. Et le pouvoir en trouve toujours ! A  chacun son fardeau : une jeunesse libérée et donc corrompue pour Socrate, une féminité affranchie et donc hérésie pour Jeanne d’arc, une nature divine assumée et donc blasphème pour Christ, un nationalisme africain et donc communiste pour Lumumba, une initiative agroindustrielle audacieuse précocement arrêtée pour Matata Ponyo ou simplement une personnalité rigide gênante, un refus d’être du bon côté de l’histoire ? 

Ce qui se joue à la Cour Constitutionnelle de la RDC dans l’affaire Matata a le propre de mettre l’opinion nationale et internationale face à cette notion de métaphysique du sacrifice. Tout porte à croire que le pouvoir tient au sacrifice. C’est tantôt la Constitution qui est livrée et condamnée par la Haute Cour à boire la ciguë. Tantôt, c’est des adversaires politiques condamnés au bûcher pour le blasphème qui consiste à ne pas appartenir au camp du pouvoir… des hommes, dont il faut jeter l’honneur en pâture. Après tout, le peuple souffre. Il faut bien un sacrifice pour apaiser sa colère, n’est-ce pas ?

Car, comment expliquer autrement ce récidivisme invétéré du Parquet général près la Cour Constitutionnelle ? Pardon, que dis-je ! cet activisme politique débordant ? Comment expliquer autrement cette banalisation des actes flagramment illégaux posés par cette Cour et son Procureur général dans cet interminable feuilleton juridique qui dure plus de deux ans, entre incompétence et compétence et une petite partie de plaisir à la Cour de cassation avant de fixer et refixer, convoquer et reconvoquer, clôturer et rouvrir, bondir et rebondir ? Comment comprendre cette surdité de la Cour Constitutionnelle face aux évidences, face au scandale de sa partialité flagrante et aux agacements de la population congolaise qui n’est pas toujours naïve ? Comment comprendre que la Cour assume de se fourvoyer, à 5 mois des élections, au moment où elle se doit de rassurer et de redonner confiance, elle dont il n’est pas difficile de déduire l’allégeance au pouvoir ? 

L’éminent Professeur congolais de droit Raphaël Nyabirungu a beau prévenir, sur pied des articles 163, 164, 165 & 168 de la Constitution congolaise ainsi que des dispositions de l’arrêt RP 0001 du 15 novembre 2021, que ce récidivisme de la Cour Constitutionnelle rabaisse la Nation et assassine le droit, mais la Haute Cour n’en démord pas, pour reprendre l’expression récemment utilisée par le Président Tshisekedi à Mbuji-Mayi, quoique l’on en dise : violation de la Constitution, violation des droits de l’homme… Tout comme Tshisekedi, la Cour Constitutionnelle n’a clairement des leçons à ne recevoir de personne !

Comment expliquer cela autrement si ce n’est par cette soif inaltérable, quoi qu’il en coûte, du recours au sacrifice ? Matata doit mourir, il boira la ciguë ou sera crucifié sur une croix de bois, il mourra à l’épée ou au bucher, mais il faut qu’il meure avant le début du dépôt des candidatures à la prochaine présidentielle !

Et comment espérer que le peuple se convainque qu’une telle justice, en laquelle Tshisekedi lui-même, magistrat suprême, ne croit pas, fasse éclater la vérité sur une affaire ou dise le bon droit ? Ceux qui veulent la vérité attendront, d’abord il faut que Matata meure par la main d’une Cour, du reste devenue le lieu de kidnapping des opposants ! 

Que Dieu assiste le peuple congolais !