Congo
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Disons-nous la vérité au sujet des élections : nous, les congolais, sommes-nous des êtres humains rationnels ou des animaux irrationnels ?

(Par le Prof. Gaston Dyndo Zabondo)

Le philosophe grec Aristote, dans son livre Ethique à Nicomaque, distinguent les êtres vivants selon les fonctions qu’ils exercent. L’être humain se distingue des autres êtres vivants par sa fonction rationnelle, sa capacité de faire usage de la raison qui est la faculté de formuler un jugement de valeur (bien ou mal, bon ou mauvais, vrai ou faux, juste ou injuste) ou donc, d’appréhender » la chose juste à faire pour soi-même et pour sa communauté ».

En effet, Aristote dira que l’humain ne se distingue pas des autres êtres vivants par sa faculté de manger et de rejeter les excréments. En ingurgitant des nourritures et des boissons, en faisant les petits besoins et en amassant des biens, nous ne sommes pas différents des autres êtres vivants car les végétaux et les animaux aussi mangent, boivent, dégagent des excréments et amassent des biens. La seconde faculté qu’a une catégorie un peu supérieure des êtres vivants, selon le philosophe grec, est celle de sentir (les organes de sens). Nous partageons cette faculté avec les animaux (la science a démontré, il y a un moment, que certaines plantes ont aussi la faculté sensitive). La sensualité nous amène à développer les sentiments positifs ou négatifs envers les autres, ainsi que le désir.

Les animaux (les poules, les  chiens, les chats, même les bêtes féroces) le font aussi. En agissant avec nos sentiments seulement, nous ne sommes pas différents des animaux. L’être humain est d’une catégorie supérieure. En plus des fonctions végétative et sensuelle, il est doté de la raison : la capacité de faire des jugements objectifs sur ce qui est bon ou mauvais pour lui et pour sa communauté. La raison lui permet d’anticiper sur les événements futurs et de prévenir le danger en examinant les conséquences qui peuvent advenir de ses actions.

Nous congolais, nous sommes êtres humains doués de la raison, mais il me semble que nous ne faisons pas assez usage de cette faculté. En ce moment précis, nous tous préoccupés par la question des élections. Tout indique qu’il ne sera pas possible d’organiser des élections justes, transparentes, crédibles et apaisé dans le délai constitutionnel. Le président de la CENI vient d’avouer que la tenue des élections est butée à des difficultés financière et d’ordre sécuritaire.

D’une part, le Gouvernement ne finance plus les activités de la CENI, cette  dernière est endetté auprès de ses propres employés de plus de trois mois d’arriérés des salaires (les employés ont même  perdu l’envie de travailler pour la CENI, en commençant par les membres du bureau et de l’assemblée plénière).

La centrale électorale est aussi endettée auprès des entreprises qui leurs ont fourni des matériaux pour l’enrôlement et auprès des autres services. D’autre part, le climat sécuritaire est délétère avec la guerre et l’occupation des territoires à l’Est du pays par le M23  soutenu par les forces étrangères, les tueries des populations dans le territoire de Béni et en Ituri par les ADF, le CODECO et les autres forces négatives, ainsi qu’à l’Ouest avec les Mobondo qui sèment la désolation et terrorisent la population dans plusieurs provinces jusqu’à dans la commune de Maluku à l’entrée de la capitale.

Ajouté à cela, la tension politique de plus en plus grandissante entre le pouvoir et l’opposition, la répression violente, les arrestations arbitraires des opposants, la milice du pouvoir, la loi électorale injuste et conflictogène, le fichier électoral bâclé et mal audité, la crise socio-économique devenue acerbe.

On peut dire que tous les éléments qui peuvent causer une violente explosion sont réunis. Une petite étincelle peut embraser le pays, et il sera trop tard pour l’éteindre.

Je lance un dernier appel solennel. En tant que des êtres humains, doter de la raison, n’avons-nous pas, nous les congolais, la capacité d’anticiper l’avenir, de prévenir le danger, de l’éviter et d’envisager ce qui est bon pour nous tous, pour notre communauté ? Comment tout en sachant qu’il est impossible, d’après tous les indicateurs précités, d’avoir les bonnes élections dans le délai constitutionnel, nous continuons à dire allons aux élections ? Comment la CENI, n’ayant pas les moyens financiers et consciente des difficultés sécuritaires lancent quand même l’appel des dépôts des candidatures et les organisations politiques s’activent à préparer les listes des candidats pour aller déposer ? En même temps,  tout le monde craint d’être piégé par la CENI  qu’on soupçonne de vouloir prendre l’argent des dépôts des candidatures pour ses dépenses et ne pas être en mesure de rembourser si les élections n’ont pas lieu, comme ce fut le cas pour les élections provinciales de 2012. 

Gouverner, c’est prévoir, dit-on, comment notre Gouvernement, tout en sachant que ses prévisions budgétaires indiquent qu’il n’y aura pas de fond disponible pour financer les élections, il ne dit pas la vérité à la population, laisse cette dernière dans l’incertitude sans préconiser les voies pacifiques pour éviter des confrontations avec la population et pour baliser un avenir harmonieux et paisible ? Comment le chef de l’Etat, garant de la paix nationale et de la sécurité des congolais, est  obnubilé par le pouvoir et les flatteries des opportunistes au point de ne pas pouvoir la crise grave qui profile à l’horizon et d’anticiper, afin d’empêcher l’éclatement du conflit, en invitant les acteurs politiques et ceux de la société sous l’arbre à palabre, comme le faisaient nos ancêtres, afin de discuter et de trouver des solutions pouvant désamorcer la crise violente qui peut éclater à tout moment? Comment une partie de l’opposition politique se met à réclamer l’organisation des élections dans le délai constitutionnel, tout en sachant que c’est impossible, tout en dénonçant le processus électoral biaisé, la loi électorale injuste, le fichier électoral corrompu et son audit bâclé par des personnes non crédibles ? Pourquoi toute l’opposition politique ne demande-t-elle pas seulement fin de cette aventure et propose autre chose ? Pourquoi continuons-nous à piéger le pouvoir et l’opposition même quand nous sommes tous en danger. Ne sommes-nous plus des êtres humains doter de la raison? Ou les côtés végétatif et animal prédominent chez nous les congolais sur le côté rationnel qui émet des jugements, anticipe l’avenir et prévient les dangers ? Sommes-nous vraiment un « peuple inconscient » comme l’a dit Modeste Mutinga, qui, malheureusement, lui-même fait aujourd’hui parti d’un Gouvernement qui n’est pas conscient du danger à venir ? Nos dirigeants sont-ils des agents de la balkanisation de notre pays où sont-ils des irrationnels ?

Nous nous sommes beaucoup adressés aux dirigeants et à la classe politique ce dernier temps, mais on ne semble pas être écouté. Les gens ont perdu la raison. Dans les prochains jours, nous allons mobiliser la population pour descendre dans la rue afin d’exiger la rencontre des acteurs politiques et de la société civile de toutes les obédiences pour rechercher les voies et les solutions pacifiques qui permettent d’éviter l’éclatement violent de la crise. Nous croyons qu’il y a encore parmi les congolais les personnes éprises de raison et de bon sens.