Congo
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Inga : barrage anti-RDC ?

4 septembre 2015. Province d’Hubei. Barrage « Three Gorges », en français « *Trois Gorges* ».  

Invité par son homologue chinois Xi Jinping aux festivités du 70è anniversaire de la fin de la guerre entre la Chine et le Japon en 1945, Joseph Kabila vient de suivre religieusement dans la grande salle technique les explications sur la réalisation de ce complexe hydroélectrique passant pour le plus grand au monde avec une production de 22.000 MW, soit presque la moitié du complexe hydroélectrique Inga au stade final avec ses 42.000 MW. 

Le Chef de l’Etat ne sait pas, jusque-là, qu’à son dos, une grosse surprise l’attend : la  carte hydrographique du site d’Inga* avec ses différents groupes (Inga I pour 351 MW, Inga II pour 1.424 MW, Inga III pour 4.500 MW avant le Grand Inga pour 39.000 MW). Ce dernier comprend Inga IV, Inga V, Inga VI, Inga VII et Inga III).

Lorsqu’il se retourne, il est en face de cette carte présentant ce complexe dans tous ses détails. Les Chinois lui fournissent des informations sur les études menées jusque-là. En mot de la fin, Wang Yu, Directeur de l’Investissement lnternational, lui dit : «Monsieur le Président, nous avons la technologie et le financement. Donnez-nous Inga»’’.

La réaction de Joseph Kabila est plutôt une interpellation pour tout observateur avisé : juste un *petit sourire*. 

En vérité, il a conscience de toutes les pressions faisant d’Inga une question de vie ou de mort pour tout leadership institutionnel congolais. 

Tenez !

Trois fois successivement, soit en avril 2016 (en marge des réunions de haut niveau sur le changement climatique) ainsi qu’en 2017 et en 2018 (en marge de la 72ème  et la 73ème  assemblée générale de l’Onu), Joseph Kabila va recevoir en aparté, dans ses appartements d’hôtel à New York, un certain  Herman Cohen, ex-sous-secrétaire d’État en charge des Questions africaines. Même à la retraite, l’américain n’a jamais été tendre avec lui. Quand cependant il s’agit d’affaires, la méfiance est mise en bémol !

Il se raconte qu’il est lobbyiste pour le compte d’un groupe d’investisseurs américains très intéressé justement par le barrage d’Inga. 

Pour l’histoire, on retiendra qu’à défaut de confier Inga aux Chinois, Joseph Kabila optera en juin 2017 pour un consortium sino-espagnol : « Three Gorges Corporation» pour la Chine et « *BTP ACS*» pour l’Espagne soutenue par l’Europe. 

Pour l’histoire également, on retiendra le plaidoyer d’Herman Cohen en mai 2018 pour la libération de *Jean-Pierre Bemba* de la prison de la CPI. 

Dans une interview au cours de laquelle il avait présenté le président du Mlc en meilleur candidat à la présidentielle de 2018 en raison de son emprise sur les Anamongo qui, selon ses termes, représentaient la majorité de la population congolaise, Herman Cohen avait avoué avoir abordé avec Chairman la question d’Inga à l’époque où ce dernier était  vice-président de la République pour l’Ecofin sous le 1+4. 

D’ailleurs, il présente le Mlc comme un mouvement qui n’a jamais combattu le Pouvoir en place, sa lutte ayant été menée plutôt contre le Rwanda et ses affidés du Rcd !

Or, à son avènement au Pouvoir, l’une des premières décisions prises par Félix Tshisekedi sur Inga fut la disqualification du consortium sino-espagnol. Pour preuve, en 2021, le « marché » sera pris par société Fortescue Metals Group  du milliardaire australien Andrew Forrest.

Revoir, *moins de deux ans après*, les Chinois relancés pour Inga avec ou peut-être sans les Espagnols pousse à se demander si ce Ping  pong ne dessert pas finalement la RDC. 

En effet, lors d’une causerie morale qu’il avait animée en 2002 à Sun City I pour débloquer la crise survenue entre les protagonistes congolais, le président sud-africain Thabo Mbeki avait justifié l’implication de son pays dans Inga ! « Donnez-nous la sécurité et nous construisons Inga III; le financement est disponible», avait-il déclare, cité de mémoire. Il avait fait cette annonce en raison de la crise énergétique qui s’abattait sur l’Afrique du Sud, crise devenue persistante.

Ainsi, le barrage d’Inga, dont le coût de construction global est évalué à  80 milliards de dollars américains, est au centre d’une confrontation mondiale qui ne dit pas son nom, confrontation perceptible au travers de cette démonstration partielle. 

«Chinois, Coréens, Canadiens et Espagnols sont sur les rangs, mais les investisseurs se montrent plutôt réticents. L’instabilité  politique de la République démocratique du Congo semble freiner leurs ardeurs», relève Franceinfo, dans son article du 16 mars 2015 intitulé :  «RDC : la construction d’Inga, le plus grand barrage du monde, peine à démarrer», média qui ne cite pas les Américains, les Britanniques, les Canadiens, les Sud-africains, les Egyptiens, les Nigérians, les Indiens, etc. qui, pourtant, papillonnent autour de la méga structure.

Avec l’enjeu de la transition climatique faisant de la RDC un « pays solution », les Congolais devraient, les premiers, saisir la symbolique de l’arc représenté par le fleuve Congo ayant sa source au Katanga (province minière du Lualaba) et son embouchure au Kongo Central (province hydroélectrique), en passant par l’Equateur (province forestière). 

Cette symbolique fait du Congo Kinshasa une puissance énergétique incontournable. 

Le malheur de ce Congo, cependant, c’est l’égocentrisme de son leadership qui ne fonctionne que par le même modus operandi depuis 1960 : s’étrangler autour de l’accessoire, et non se concerter et de se concentrer sur l’essentiel, surtout quand l’enjeu est économique.

Omer Nsongo die Lema/CP