Congo
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La rumba, de la tradition au patrimoine de l’Unesco

(Une chronique du Prof Voto)

Le 21 juin de chaque année, le monde célèbre la fête de la musique.  Cette année, la Radiotélévision Nationale a organisé dans le cadre de cette célébration un marathon de concerts avec différentes figures de la musique congolaise.  Cette fête de la musique était surtout une occasion de célébrer la Rumba congolaise, inscrite comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco.

Les origines

Les sources de la Rumba se situent dans l’ancien royaume Kongo, où l’on pratiquait une danse appelée Nkumba, qui signifie la danse du « nombril », parce qu’elle faisait danser homme et femme nombril contre nombril ou danse du ventre parce qu’elle consistait à se tourner la hanche.

Avec la traite négrière au 16eme siècle, les esclaves africains traversent l’Atlantique jusqu’à Cuba où leurs pratiques musicales se mélangent à celles des colons espagnols.

Ce mélange musical a été maintenu par la communauté noire pour retourner au Congo au début du 19ème  siècle après avoir connu une touche rythmique, sans dénaturer son originalité.

A la création de Léopold, se pratique la musique du terroir.  Chaque tribu fait sa musique.  C’est de la musique communautaire.

C’est quand les premiers disques afro-cubains arrivent à Léopoldville qu’on commence à remarquer des sonorités des Caraïbes dans les chansons congolaises. Les premiers musiciens qui se font remarquer comme Adu Elenga et Wendo produisent des sons qui rappellent encore la totalité de la musique ethnique.

La musique rumba

Qui dit Rumba dit d’abord musique.

Au début de la musique congolaise moderne comme au temps Grand Kallé, la Rumba était une musique moins saccadée. Mais au fil du temps, au début des années 70, les jeunes comme Lita Bembo et ceux de Zaïko, voulant un peu plus de mouvement et exhibitionnisme, ont accéléré le rythme de la Rumba.

A l’époque des tourne-disques, on enregistrait sur une face de la plaque des disques en vinyle la première partie de la chanson accompagnée d’une musique à un rythme lent. Cette première partie qui rappelait la Rumba d’avant l’indépendance étant dansée nombril contre nombril. Après cette première partie, l’assistance s’arrêtait sur la piste le temps que le discothécaire ne tourne le disque.  Sur l’autre partie était enregistré un rythme endiablé qui faisait trémousser les danseurs.

La danse rumba

La Rumba, c’est aussi la danse.

La danse Rumba caractérise bien les peuples de l’Afrique centrale, particulièrement ceux des deux rives. Comme pour dire que les peuples d’Afrique dansent selon les régions qu’ils occupent.  La danse étant l’expression du corps, les peuples de l’Afrique du Nord dansent par le haut du corps, c’est-à-dire,   avec la tête et les bras en l’air comme les berbères. Les peuples de l’Afrique centrale dansent avec le ventre comme les Bantous. Et les peuples de l’Afrique australe dansent avec les pieds comme les Zoulous.

Le rite zaïrois

Après s’être imposée dans la culture congolaise avant l’indépendance au-delà des tribus, la Rumba va s’introduire dans l’église catholique du Congo dans les années 70 à travers le rite zaïrois, grâce à l’ingéniosité du cardinal Malula. Lui-même, grand compositeur, il voulait donner un peu plus du rythme au culte catholique caractérisé jusque-là par les solennités latines mais, qui maintenaient en veilleuse les potentialités rythmiques des Congolais. Recours à l’authenticité, le tam-tam africain et la danse furent introduits à l’église. La pudeur ecclésiastique oblige que la Rumba puisse s’exécuter à l’église avec modération, sans se déhancher.  Néanmoins, le rythme musical garde la trame de la Rumba.

Les églises du réveil

A la suite de l’église catholique, les églises du réveil se sont merveilleusement appropriées la Rumba dans les deux dimensions musicales appelées adoration et louange et qui rappellent exactement la Rumba moderne sur les deux faces du tourne-disque.

Les chansons d’adoration dans les églises congolaises ne sont ni plus ni moins que de la Rumba exécutée avec beaucoup de pudeur. Elles rappellent la face A du tourne-disque de la Rumba moderne des années 70. Lorsque ces mêmes chansons d’adoration sont jouées dans des fêtes des chrétiens, elles sont allègrement dansées nombril contre nombril par les mariés. Les chansons de l’excellent musicien chrétien Moïse Mbiye relèvent de cette tendance.

Quant aux chanson de louange, ce sont des transpositions de la face B des plaques de 33 tours de l’époque. Les chansons de l’orchestre Vox Dei, pionnier de la louange dans les églises du réveil dont les compositions ont traversé le temps, relèvent de cette catégorie.

La culture rumba

La Rumba aura engendré finalement un phénomène social de grande envergure, tant spirituel qu’artistique. La musique étant véhicule de la culture, la Rumba participe à la construction d’une identité culturelle congolaise à travers la musique congolaise moderne. Une musique qui accompagne les Congolais dans leur spiritualité et une musique qui véhicule un mélange de tradition des plusieurs ethnies de la RDC et qui touche les Congolais de toute catégorie sociale : intellectuel, analphabète, pauvre, riche, vieux, jeune ; formant une unité culturelle qui fait oublier les barrières ethniques et qui participe au maintien du sentiment de vivre en commun des Congolais.