Congo
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Le Collectif contre le racisme encourage la Justice à se saisir du cas Bitakwira pour incitation à la haine ethnique

« L’effet dévastateur de la haine n’est malheureusement pas nouveau. S’il n’est pas contrôlé, le discours de haine peut même nuire à la paix et au développement, car il jette les bases de conflits et de tensions, ainsi que de violations des droits humains à grande échelle ». Antonio Gutteres, Secrétaire Général de l’ONU.

Une invitation adressée par le parquet de la Cour de cassation au politicien Justin Bitakwira Bihona Hayi a circulé ce mardi 19 juillet 2023 a été abondamment partagée dans les réseaux sociaux. Sans connaître le mobile de cette invitation, le Collectif contre le racisme et les discours de haine encourage la justice à se saisir du cas de ce politicien pour incitation à la haine ethnique.

En effet, en date du 7 juillet 2023, M. Justin Bitakwira Bihona Hayi était l’invité de l’émission ‘‘Bosolo na politik’’ présentée par le journaliste Israël Mutombo sur la chaîne de télévision Bosolo TV. A cet effet, il a tenu, entre autres, les propos ci-après :

«Tous les Tutsi sont tous pareils. Chez moi, on dit : ‘‘quand un pygmée chie dans l’eau, c’est tous les Pygmées qui chient dans l’eau’’. Un pygmée qui passe là, c’est lui qui chie dans l’eau. Quand tu vois un Tutsi, pareil, un criminel. Un criminel né ! Quand il est en position de faiblesse, il peut dormir pendant six mois sous ton lit. Quand il est en position de force, il te dira qu’il ne t’a jamais vu, et pourtant il a dormi six mois sous ton lit. Je me pose toujours la question de savoir si leur créateur n’est pas celui qui a créé le Diable. Je n’ai jamais vu une race aussi méchante».

Ces propos sont particulièrement dangereux et sont susceptibles de semer la haine, et d’engendrer la violence contre les congolais Tutsi ainsi présentés, de manière globale, comme une ‘‘race des criminels nés’’ et une ‘‘race méchante’’, et désignés à la vindicte populaire. Si la justice ne fait rien, ce discours, qui rappelle la sinistre mémoire de la Radiotélévision des Mille collines, risque de provoquer l’extermination de la minorité Tutsi congolaise et de coller à notre pays l’étiquette peu enviable de génocidaire.

Monsieur Bitakwira est coutumier du fait. Le 20 septembre 2021, c’est-à-dire à un moment où la guerre du M23 n’avait même pas encore commencé au Nord Kivu, le Bureau conjoint des Nations Unies pour les droits de l’Homme en RDC, se faisait l’écho d’un discours de haine tenu par M. Bitakwira dans un audio largement partagé dans les réseaux sociaux. M. Bitakwira y disait, entre autres :

« Tout jeune mufuliro doit s’engager dans une guerre contre les Banyamulenge et celui qui s’abstiendra sera traité comme un ennemi et va subir un sort tragique ».

Dans une conférence organisée récemment sur le récent et scandaleux livre du polémiste franco-camerounais Charles Onana, M. Bitakwira disait, aux côtés, curieusement, du professeur Alphonse Ntumba Luaba Lumu qui acquiesçait ses dires, et d’autres personnalités connues pour leurs pulsions anti-Tutsi :

«Des fois, on me posait la question : ‘‘Pourquoi vous mélangez tout le monde, et les Banyamulenge, et Kagame ?’’ Je disais : pour moi, il n’y a pas un Tutsi d’Asie, d’Océanie ou d’Amérique. Seulement, dans la psychologie du travail, on parle de la répartition des tâches. Mais le soir ils se retrouvent tous pour examiner quel est le bilan ? Il est largement positif, on peut continuer ». 

Nous relevons que, depuis plusieurs années, la haine ethnique envers nos compatriotes Tutsi a pris une ampleur particulièrement dangereuse, et risque de saper pour longtemps les bases du vivre ensemble. M. Bitakwira fait partie d’un dangereux mouvement de pensée sous-tendu intellectuellement par les écrits de feu Honoré Ngbanda, Charles Onana, Patrick Mbeko et d’autres extrémistes. Ce mouvement de pensée promeut le racisme contre les Tutsi et la xénophobie contre les Rwandais.

Pour notre part, nous considérons que, autant le monde est suffisamment grand pour abriter tous ses habitants, autant le Congo est suffisamment vaste pour héberger tous ses citoyens, et le Kivu suffisamment étendu pour donner un terroir à tous ses ressortissants. Nous tenons à insister sur le principe sacro-saint d’intangibilité des frontières héritées de la colonisation, qui implique son corollaire plus important encore : le principe d’intangibilité des populations héritées de la colonisation, conformément au droit international consacré en matière de nationalité lors de la succession d’Etats.

Nous constatons que le discours de haine que tient régulièrement M.  Bitakwira, va à l’encontre de la politique de coexistence pacifique entre toutes les communautés congolaises prônée par le Président de la République, Son Excellence Monsieur Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, qui a condamné à plusieurs reprises les discours de haine contre nos compatriotes de langue Kinyarwanda du Nord Kivu et Sud Kivu. Afin de rappeler à tous les principes de base qui fondent la nation congolaise, le chef de l’Etat avait reçu le jeudi 10 novembre 2022 les délégations des communautés Hutu et Tutsi congolaises à la cité de l’Union africaine. A cet effet, en sa qualité de garant de l’unité nationale, il avait réaffirmé haut et fort l’appartenance inaliénable de ces communautés à la nation congolaise et rassuré ses hôtes de sa ferme détermination de voir tous les Congolais, quelles que soient leurs tribus ou ethnies, vivre dans la cohésion, l’harmonie et sans discrimination aucune.

Pour mémoire, nous rappelons les citations ci-après du Chef de l’Etat sur cette question :

  1. «Le Chef de l’Etat a encouragé le peuple congolais à continuer à prouver à la face du monde qu’il demeure un peuple pluriel, accueillant, pacifique et hospitalier, car la République Démocratique du Congo est et restera une Nation, un vivier de cohabitation pacifique entre communautés dans ce vivre ensemble richement divers qui a toujours fait sa force». Conseil des ministres du 25 juin 2022 ;
  2. «Je vous appelle à ne pas céder aux propos xénophobes et autres discours de haine ou de stigmatisation des communautés rwandophones dont l’asservisseur se sert pour faire du chantage. Tout acte allant dans ce sens sera sévèrement puni». Discours du chef de l’Etat à la nation du 03 novembre 2022 ;
  3. «Quant aux discours de haine contre nos compatriotes Tutsi congolais, mon gouvernement reste ferme contre tout individu ou groupe d’individus qui tiendrait de tels discours, et réitère sa demande à toute personne, organisation ou partenaire extérieur de le dénoncer. La justice congolaise appliquera dans toute sa rigueur les lois de la République aux auteurs des propos d’incitation à la haine tribale et ethnique». Discours du Chef de l’Etat au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, Genève, le 28 février 2023

En outre, les discours de haine sont punis par plusieurs textes légaux congolais, dont notamment : l’ordonnance-loi 25-131 du 25 mars 1960 portant Racisme et intolérance religieuse ; le décret du 13 juin 1960 portant Discrimination dans les magasins et autres lieux public ; ainsi que l’ordonnance-loi 66-342 du 7 juin 1966 portant Racisme et tribalisme.

Compte tenu de ce qui précède, nous encourageons la justice à se saisir du cas de Monsieur Justin Bitakwira Bihona Hayi. Un jugement pour incitation à la haine ethnique servira d’exemple aux autres chantres du racisme et contribuera à faire cesser la banalisation des discours de haine qui prend des proportions alarmantes en RDC.

Fait à Kinshasa, le 18 juillet 2023

Pour le Collectif contre le Racisme et les discours de haine 

Belhar Mbuyi, Journaliste

Me Thomas Gamakolo, Avocat