Congo
This article was added by the user . TheWorldNews is not responsible for the content of the platform.

Minerais contre infrastructures et capitaux frais

A l’occasion de la visite d’Etat qu’effectue actuellement le Président de la République Démocratique du Congo en République de Chine, nous soumettons à la méditation des décideurs et cadres politiques congolais des réflexions extraites de trois passages de notre ouvrage publié en mai 2022 ; ouvrage intitulé : « Piliers et dynamiques pour un grand Congo ».

Corneille MULUMBA

Membre co-fondateur de l’UDPS

Tél. et Wp : +243 9 94 84 0000

E-mail : mcmulumba@gmail.com

Extrait N0 1 P. 317

 (…)

Pilier 7

Minerais contre infrastructures et capitaux frais

  1. La construction du grand Congo dont avaient rêvé les pères de notre indépendance nécessite des moyens financiers colossaux, des ressources humaines gigantesques, et une véritable révolution des mentalités.

De tels besoins financiers ne peuvent être satisfaits par les quelques « miettes » provenant du FMI, de la Banque mondiale, ou des partenaires bilatéraux actuels. L’histoire récente nous a d’ailleurs démontré que ceux-ci aggravent sans résultats probants sur les plans économique et social notre dépendance à l’égard des grandes puissances. Leurs conditionnalités nous asphyxient plus qu’elles ne contribuent à notre développement.

Ces moyens nécessaires ne peuvent provenir que d’une utilisation plus subtile et plus efficiente de nos ressources naturelles ; particulièrement de notre secteur minier.

Ceci procure aux dirigeants congolais un potentiel de négociation considérable sur le plan international.

Souverain et jouissant du soutien des populations congolaises au travers d’une très large majorité parlementaire, exerçant notre droit de disposer librement de nos ressources naturelles, forts de notre potentiel extraordinaire et avec la garantie de la Gécamines transformée, le Gouvernement de la République pourrait obtenir des investisseurs du secteur minier, éventuellement réunis en consortium, des engagements financiers conséquents.

Les fonds ainsi levés pourront être remboursés par le biais de l’exploitation en joint-venture de nos gisements miniers ; mais aussi grâce à la transformation locale de certaines de nos ressources naturelles avec le concours des partenaires suffisamment puissants sur le plan financier et suffisamment équipés sur les plans technique et technologique, recherchés aux quatre coins du monde.

Une partie de ces fonds pourra se matérialiser dans le programme minerais contre infrastructures ci-haut évoqué ; tandis que l’autre, principalement financière, pourra être affectée à la relance des entreprises du Portefeuille de l’Etat, des organismes publics de financement du développement, et à la capitalisation du Fonds de Garantie et du Fonds de participation.

Nos minerais doivent prioritairement construire les infrastructures dans le pays et être troqués contre l’acquisition des unités de transformation de la production. En d’autres termes, c’est le troc qui doit être la règle, le mode par excellence de vente de minerais congolais.

Cette façon de procéder a l’avantage d’éviter, ou tout au moins de limiter les aléas boursiers et les effets désastreux de la corruption. Les infrastructures constituent les vaisseaux sanguins et les viscères d’un pays. Sans infrastructures, un pays ne peut pas survivre. Elles sont indispensables à sa vie et à son émergence.

Dans ce secteur, il s’agira notamment de :

• Parachever la construction de la Route Nationale N° 1 sur toute sa longueur et de faire la jonction vers l’Est et le Nord du pays ;

• Ouvrir le chantier de la construction du Grand Ring et du Petit Ring : deux routes à larges bandes dont la première contourne la RDC, et la deuxième connecte tous les chefs-lieux de province ;

• Résoudre le problème de circulation et de transport urbain à Kinshasa et dans nos chefs-lieux de province grâce au train urbain, aux bateaux-mouches sur le fleuve, l’accroissement du nombre d’autobus et de routes secondaires, la construction d’un boulevard périphérique, etc. ;

• Donner à la compagnie aérienne nationale la dimension du grand Congo et construire dans chaque chef-lieu de province un aéroport à même d’accueillir au moins des avions de tonnage moyen ;

• Réhabiliter la voie ferrée à travers le pays, notamment en faisant travailler des dizaines de milliers de jeunes congolais rémunérés en francs congolais et en produits vivriers locaux. L’évacuation obligatoire de nos minerais et autres produits par la voie ferrée nationale et par le futur port de Banana constituera un soutien de taille pour les producteurs de l’arrière-pays ;

• Accélérer la construction du port en eaux profondes de Banana. II y va de l’intérêt économique, social, sécuritaire et géostratégique de notre pays ;

• Rendre le Fleuve Congo et ses affluents navigables grâce à d’intenses, systématiques, et réguliers travaux de dragage ; ce qui contribuera à relancer la production agricole dans l’arrière-pays ;

• Installer des usines de construction des unités flottantes pour le Fleuve et ses affluents.

• Construire des pipelines pour assurer l’approvisionnement de tous les chefs-lieux de provinces en carburant à des prix abordables.

Outre les infrastructures proprement dites, les minerais de la RDC devront également être troqués contre la construction des unités de transformation de la production congolaise ; qu’il s’agisse de minerais ou de la production agro-pastorale et piscicole.

Nous devrons négocier l’industrialisation de notre pays, la construction des usines de transformation en contrepartie de concessions minières. Nous devons exiger des offres globales et intégrantes en contrepartie de nos minerais. Il ne peut plus être question de continuer avec ce qui n’est ni plus ni moins qu’un simple pillage de nos ressources naturelles.

Une autre partie des fonds ainsi empruntés pourra servir à la recapitalisation des entreprises du Portefeuille en vue de les rendre plus attrayantes et plus rassurantes pour les investisseurs potentiels.

Celle des organismes tels que la SOFIDE, la CADECO, le FPI ou la BCA, permettra aux petites et moyennes entreprises et industries d’embaucher, de produire et d’octroyer des revenus.

Celle du Fonds de garantie et celle du Fonds de Participation donnera l’opportunité à des jeunes sans caution financière de créer tout de même leurs propres entreprises et ainsi créer leur propre emploi.

C’est de cette manière que l’on pourra remettre les Congolais au travail dans tous les secteurs, leur permettant de produire, de générer des revenus sur lesquels seront prélevés des impôts qui, à leur tour, alimenteront le Trésor Public. C’est de cette manière que l’on peut faire tourner notre économie.

Enfin, ces fonds pourront permettre d’équiper les FARDC en armement lourd, avions de chasse, hélicoptères et chars de combat, et en technologie militaire moderne en vue de sécuriser notre territoire et de protéger nos concitoyens.

Ce faisant, nous aurons matérialisé le partenariat gagnant-gagnant, refusant de n’être qu’une réserve de matières premières pour les économies étrangères.

La production, la transformation et la commercialisation des produits du secteur agro-pastoral et piscicole doivent constituer le deuxième axe principal de l’activité économique en RDC.

Une gestion rationnelle des ressources naturelles impose d’épargner une partie des revenus qu’elles génèrent.

En effet, si nous ne nous contentons pas de vivre de la rente provenant de nos minerais et que nous privilégions le travail et l’épargne, nous sécurisons nos populations face aux aléas des fluctuations du marché et nous contribuons à une vie meilleure pour nos générations futures. C’est ce que certains pays producteurs dans le monde ont réussi à faire.

Pour ce faire, nous devrions viser à équilibrer notre budget par notre travail, par la production, la transformation et la consommation de cette production locale. Une partie au moins des revenus générés par nos ressources naturelles pourra alors alimenter un fonds souverain de la RDC à faire gérer par la Banque centrale.

Nous pourrions ainsi accumuler, au fil des temps, des milliards de dollars pour l’après-minerais et pour les générations futures.

Année après année, nous pourrons, par exemple, placer cette épargne en achetant des obligations ou actions des grandes sociétés internationales cotées en Bourse et en tirer une plus-value annuelle progressivement plus importante.

La formation de quelques milliers d’ingénieurs chaque année devrait accélérer le développement de la RD Congo. Ceux-ci sont, en effet, la clé du développement ; parce que détenteurs de la technologie. C’est eux qui font l’industrie. Voilà pourquoi les experts affirment qu’il y a une relation directe entre la formation des ingénieurs et le niveau de développement d’un pays.

Ceci explique l’appel pathétique lancé par le Professeur Jean-Marie Beya Kamba, le vice-doyen de la faculté de Polytechnique de l’Université de Kinshasa, sur les antennes de la télévision nationale congolaise, la RTNC 1, au mois d’avril 2022 : nous ne pouvons pas, soutient-il, construire la RD Congo et la porter au niveau des grands pays du monde sans une formation à grande échelle des ingénieurs dans toutes les disciplines.

Pour lui, ce sont les ingénieurs qui permettent l’industrialisation du pays. Et il cite quelques statistiques qui démontrent à quel point notre pays est en retard en termes de production annuelle d’ingénieurs, toutes disciplines confondues :

– Inde : 1,4 millions

– Etats-Unis : entre 600.000 et 1 million

– France : 36.000

– RD Congo : 100

Ces chiffres laissent pantois. Ils démontrent à quel point il y a urgence pour le gouvernement de soutenir cette discipline ; notamment en prenant entièrement en charge la formation des ingénieurs et l’équipement des laboratoires ; mais également en proposant des salaires attrayants aux enseignants.

En outre, éradiquer la pauvreté passe par la création d’emplois rémunérés. Et cela passe par la création d’entreprises dont les ingénieurs sont la clé. Seule une politique proactive du secteur de l’enseignement dans ce domaine peut permettre à la RD Congo de relever ce défi de produire ne fût-ce qu’une dizaine de milliers d’ingénieurs chaque année, si l’on ne veut pas que l’éradication de la pauvreté dans le pays soit rangée au registre des slogans.

Dans le cadre de la politique du troc de nos minerais, la RD Congo devrait négocier l’envoie de milliers de jeunes en Chine aussi bien pour la formation d’ingénieurs que pour l’apprentissages de métiers manuels.

Nous devrions également en profiter pour constituer une réserve d’experts du secteur minier, capables d’évaluer la vraie valeur de nos gisements miniers et, ainsi, être en mesure de négocier au mieux les intérêts du peuple congolais. Ceci limitera les manques à gagner causés par les contrats léonins.