Congo
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PDL-145T : les premières infrastructures sous la fumée de l’IGF

Le PDL-145 T est de plus en plus une réalité. Près de 50% de 1210 écoles primaires, 788 centres de santé et 145 bâtiments administratifs attendus dans l’ensemble dans sa première phase seront livrés début août et courant septembre, les restants vers la fin de l’année. C’est le pari gagné par les trois Agences d’exécution du Programme (AEP), à savoir le PNUD, le BCECO (Bureau Central d’Exécution et de Coordination) et la CFEF (Cellule d’Exécution des Financements en faveur des Etats Fragiles), sélectionnées pour sa mise en œuvre et en charge chacune d’un nombre donné de territoires. Le Président de la République s’en est fait l’écho dans son message à la nation à l’occasion du 63ème anniversaire de l’indépendance. C’est inédit depuis l’indépendance de la RDC en 1960. Sur ces entrefaites, ce qui rime avec la bonne gouvernance et la patrouille financière, l’IGF s’invite et annonce en grandes pompes l’audit de ce Plan en dépêchant ses équipes sur le terrain. Toutefois, il y a à craindre que cette initiative, pour le moins unilatéral et qui semble déroger du Cadre institutionnel de la mise en œuvre de ce Plan, jette une fumée sur ce vaste chantier à la lumière des «alertes », on ne peut plus parfois fantaisistes, dont certaines ONG se font championnes.     

Pour la première fois depuis son indépendance en 1960, la RDC a mis en place un programme spécifique pour le développement à la base incluant les 145 territoires du pays, à savoir le «PDL-145 T». Ilvise principalement à «réduire les inégalités spatiales, redynamiser les économies locales, et transformer les conditions et le cadre de vie des populations congolaises vivant dans les zones jusque-là mal desservies par les infrastructures et services sociaux de base». Selon son géniteur, le président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, ce Plan est destiné à promouvoir l’émergence des économies des territoires et à améliorer les conditions et cadres de vie des populations rurales, à travers des investissements publics massifs. De la sorte, il va non seulement permettre de réduire rapidement la pauvreté et les inégalités spatiales en RDC dans le moyen terme, mais également de favoriser une convergence rapide des revenus et des conditions de vie entre les populations rurales et celles des milieux urbains.

Le PDL-145 T va au-delà d’ouvrages sus indiqués.

Il inclut la redynamisation des économies locales et rurales sur fond, notamment, de la réhabilitation et entretien de milliers de kilomètres des routes de desserte agricole, la construction et entretien d’ouvrages connexes et l’installation des chaînes de valeurs agro-sylvo-pastorale.

Le coût total est estimé à USD 1,66 milliard financé principalement par les ressources du gouvernement congolais. L’apport des partenaires au développement est également sollicité pour l’accélération de sa mise en œuvre.

Sur base d’équité territoriale, chaque territoire va bénéficier d’un paquet d’investissements prioritaires évalué en moyenne à USD 10 millions. Sa matérialisation est confiée, sur base des accords conclus avec le gouvernement, à trois AEP que sont le PNUD (9 provinces et 53 territoires), le BCECO (9 provinces et 48 territoires) et la CFEF (7 provinces et 42 territoires).

L’IGF s’invite

Les premières infrastructures dans le cadre du PDL-145 T sont donc des plus attendues. Elles seront une indication que, malgré les grandes difficultés observées aussi bien sur le plan national qu’international ces dernières années, l’on peut travailler autrement dans ce pays et aboutir, en un temps record, à des résultats positifs et palpables.

D’après les prévisions, près de 50 % de 1210 écoles primaires, 788 centres de santé et 145 bâtiments administratifs attendus dans l’ensemble dans sa première phase seront livrés début août et courant septembre, les restants vers la fin de l’année.

Mais, l’annonce de ces premiers ouvrages coïncide fort curieusement avec celle faite en grandes pompes de l’audit de l’IGF qui déploie ses équipes sur le terrain. Déjà, en vue des recoupements bancaires, certaines banques, à l’instar de l’UBA, sont saisies pour le suivi des fonds reçus dans le cadre de l’exécution du PDL-145 T.

Ce qui, en principe, rime avec la bonne gouvernance et la politique de la patrouille financière. Toutefois, il y a à craindre que cette initiative, pour le moins unilatéral et qui semble déroger du Cadre institutionnel de la mise en œuvre dudit Plan, jette une fumée sur ce vaste chantier sur fond d’un audit nourri aussi par des suspicions alimentées par des dénonciations et allégations dont certaines ONG se font championnes.

Et la vive polémique alimentée par de vifs malentendus entre le BCECO et l’IGF sur fond des procédures au regard, d’une part, de l’ordonnance créant le Cadre institutionnel régissant le PDL-145 T et, d’autre part, le télescopage des deux organes de la Cour des comptes, à savoir la Cour et Parquet, en est une illustration. 

En effet, le contrôle de la gestion est un outil par excellence de la bonne gouvernance. Il ne peut qu’être appuyé par tout esprit désireux de voir la RDC gagner le pari de développement afin de garantir le mieux-être de son peuple. Mais seulement voilà, ce contrôle ne doit pas rimer avec le spectacle. Il doit se faire suivant des règles établies et codifiées, pour ne pas apparaître comme une initiative unilatérale.

Pour rappel, l’ordonnance N°23/003 du 12 janvier 2023 met en place un Cadre institutionnel (CI) de mise en œuvre et du suivi-évaluation du PDL-145 T. Plusieurs structures, dont le CPP (Comité de Pilotage du Programme), sous-tendent son organisation et son fonctionnement. Organe d’impulsion politique, d’orientation et de décision pour un meilleur aboutissement du Programme (Article 5), c’est au CPP qu’incombe, notamment, la responsabilité d’initier des missions d’enquête et/ou d’audit externe du Programme (article 8).

Même si par ailleurs, de par sa qualité d’animateur du CONA (Comité Opérationnel National), organe en charge du suivi-évaluation de la mise en œuvre et interface entre le CCP et les AEP et dont la mission est, entre autres, d’élaborer et de suivre les plans de décaissement des ressources en faveur des AEP (Article 15), la Ministre du Plan n’est pas investi de tous les pouvoirs au point d’usurper les prérogatives d’autres structures, notamment la mise en branle des missions de contrôle d’enquête et de contrôle.

Dans le cas d’espèce, quelque chose clocherait dans la démarche de l’IGF. C’est le fait que son premier responsable soit parti annoncer au Ministre du Plan son initiative d’auditer le PDL-145 T. Ce qui est, en soi, une bonne chose. Mais, suivant quelle procédure ? C’est là tout le problème qui donne malencontreusement à la démarche du patron de l’IGF une connotation que d’aucuns apparentent à la recherche du vedettariat. Surtout avec la polémique qui s’en est suivie et l’entrée en danse du Président a.i de la Cour des comptes dont le Parquet général s’était déjà autosaisie du dossier. Si les uns se demandent pourquoi l’on s’agite au BCECO à l’occasion de cette mission d’audit, les autres sont d’avis, rappelant le passage des troupes en revue à l’UNIKIN, que Jules Alingeti joue sa proximité avec le Chef de l’Etat et en fait, parfois, à sa tête eu égard à la popularité engrangée.

Ses détracteurs ne s’empêchent pas de fouiller même dans ses relations familiales, voire tribales. Il sied tout de même d’apprécier l’initiative prise en fin de la semaine dernière par le BCECO pour jouer à l’apaisement. Dans un communiqué publié à cet effet, cette AEP note que «les affaires de l’Etat ne doivent pas se traiter sur la place publique».

L’on pense donc que chacune des institutions a réalisé que c’est l’Etat et le peuple qui doivent gagner en définitive dans tout ce qu’ils entreprennent et non elles, et encore moins leurs animateurs.

Moïse Musangana/CP