Congo
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Quelques aspects de l’enseignement universitaire congolais (22.07.2023)

(Par le Professeur Patience Kabamba)

Elle a 65 ans et travaille depuis près de trois décennies comme Assistante comptable dans un établissement d’enseignement supérieur de la Capitale, Kinshasa. Lisbeth (pseudonyme) a décidé de poursuivre ses études à l’université. En 2019, lorsqu’il a passé le test d’anglais, il était en dernière année de graduation. Alors qu’elle répondait aux questions de l’examen, la voisine de derrière, une étudiante de 20 ans, lui a fait signe qu’elle n’avait pas étudié et a voulu que Lisbeth lui donne les réponses.

Malheureusement, le superviseur a suivi les mouvements de la voisine de Lisbeth et l’a interpellée avec les mots suivants : « Mme Lisbeth a trois fois votre âge, Mademoiselle. En plus d’être Assistante comptable, Mme Lisbeth révise ses cours tous les jours quand vous autres, vous venez jouer et que vous séchez les cours. A votre âge, vous choisissez de vous amuser au lieu de vous concentrer sur vos études, et n’avez-vous pas honte de tricher auprès d’une dame de 65 ans ? ».

Ce récit est anecdotique par le pseudonyme, mais tout le reste est réel. Dans nos universités, un grand nombre de très jeunes étudiants ne font pas l’effort attendu. S’ils ne sèchent pas complètement les cours, ils passent la plupart de leur temps à discuter entre eux de sujets sans rapport avec les matières qu’ils étudient en classe.

Il est également rare de voir des étudiants lire des romans ou des manuels dans une cour universitaire. Le péché de cette ethnographie est clairement la généralisation. Bien sûr, il y a aussi de jeunes étudiants qui étudient dur. Il me semble que cette race-là se rétrécit de plus en plus. Il faut chercher des raisons dans les motivations des jeunes à lire ou à ne pas lire.

Le MDW de ce matin veut mettre l’accent sur le nombre croissant d’étudiants dans nos universités qui ont 40 ans et plus. Ce phénomène n’est pas propre au Congo. Aux Etats-Unis, il se trouve que j’enseigne à des étudiants beaucoup plus âgés que moi. Il a été observé que ces étudiants « âgés » assimilent mieux les cours à caractère social, philosophique et économique que les étudiants les plus jeunes, car ils sont susceptibles d’intégrer ce qu’ils ont appris dans des riches expériences de leur vie.

Pour le dire plus complètement, il leur a fallu beaucoup de courage pour être dans la même classe que ceux qui pourraient être leurs petits-enfants. Pour être plus complet, en plus de ces personnes, il y a ceux qui prennent des raccourcis et achètent simplement des diplômes universitaires qu’ils n’ont pas alors qu’ils occupent de hautes fonctions gouvernementales.

Les seniors qui retournent aux études universitaires sont souvent ceux qui aspirent à mieux comprendre le monde à travers une filière particulière, mais qui s’intègrent à l’ensemble de l’expérience de vie. Je me définis toujours comme un étudiant car la lecture est la partie la plus importante de mes activités quotidiennes.

Tout ce que je lis dans la cinquantaine aujourd’hui, je le comprends d’une manière complètement différente de ce que je lisais dans la vingtaine. J’ai des diplômes en mathématiques, philosophie, économie et anthropologie. Toutes ces disciplines qui me semblaient éclectiques quand j’étais plus jeune sont maintenant tissées dans mon vécu.

Aujourd’hui, la poursuite de ma plénitude intérieure réside dans le désir de construire un monde de bonheur humain pour tous. Contrairement aux idées reçues, le bonheur ne vient pas du fait d’avoir de l’argent, mais du pouvoir de ne plus voir l’argent comme un horizon infranchissable pour l’action humaine. L’horizon indépassable de l’action humaine est d’aimer ou de rechercher l’avancement des autres et de se débarrasser des relations sociales de la reine des Quantités Marchandes.

La présence d’étudiants plus âgés parmi le public universitaire congolais contraste souvent fortement avec le comportement que le néolibéralisme suscite chez les étudiants plus jeunes. La grosse négligence que nous constatons chez nos jeunes étudiants est attribuable à l’idée que la valeur la plus importante est l’argent.

Les jeunes se rendent bien compte que ce n’est pas par des études qu’ils pourront accumuler ce fétiche appelé argent. Assimiler ce que les professeurs s’époumonent à transmettre n’est pas la voie la plus rapide pour obtenir de l’argent. Les jeunes étudiantes font semblant d’aller à l’école, mais vont passer leur temps avec leurs petits amis ou plus précisément leur « Sugar Daddy ». En même temps, elles veulent aussi réussir pour justifier l’argent dépensé par les parents.

Et pour réussir, elles vont soit corrompre les professeurs en nature ou en liquide, soit alors déranger les Lisbeth qui prennent au sérieux leurs études. Pour les garçons, c’est encore plus compliqué. L’argent semble être l’horizon final et pour y tendre la dernière chose à faire est de passer trop de temps sur le banc de l’école, en même temps il faut bien étudier car les parents l’exigent.

Dans ma classe d’anglais médical, j’ai eu un étudiant qui ne s’est présenté que pendant l’interrogation. Il n’avait jamais assisté au cours. Je lui ai posé la question et il ne savait rien répondre. Il était malheureux parce que je me suis mis devant lui de sorte qu’il ne pouvait pas demander des réponses à sa voisine. Il m’a rendu la copie le premier pour un cours auquel il n’a pas assisté.

En conclusion, cette prose ethnographique avait pour but de montrer quelques tares dont souffre notre organisation éducative. L’enseignement d’aujourd’hui semble inadapté aux objectifs que s’assignent nombreux étudiants. La présence à des postes de responsabilités importants des personnes qui ne sont pas passées par une éducation formelle est un grand obstacle à la concentration de nos étudiants.

Les personnes âgées s’inscrivent à l’université pour mieux améliorer leur être-au-monde en apprenant plus et en intégrant dans leur vie les nouvelles connaissances qu’elles acquièrent tandis que les jeunes gens qui étudient aujourd’hui paraissent démotivés. La solution pourrait venir du courage de réorganiser de fond en comble notre système éducatif.

Qui aura ce courage ?