Cote d\'Ivoire
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Le désarroi des états-majors français forcés de retirer leurs troupes d’Afrique

Au-delà des enjeux sécuritaires avancés pour y maintenir des soldats, le théâtre africain constitue un terrain prisé des états-majors.

Des soldats français du 2ᵉ régiment étranger de parachutistes et des soldats nigériens sur la base aérienne française, à Niamey, le 14 mai 2023. ALAIN JOCARD / AFP

Par Elise Vincent

Après deux mois de confrontation avec la junte nigérienne, l’annonce par Emmanuel Macron du retrait des quelque 1 500 soldats français déployés au Niger, le 24 septembre, est l’un des coups les plus rudes que l’armée française ait eu à encaisser ces dix dernières années. Même si des alertes existaient quant à la stabilité du régime de Mohamed Bazoum, le président nigérien renversé par les putschistes en juillet, rares sont ceux au sein de l’institution militaire à avoir anticipé que ce rejet de l’uniforme français serait aussi rapide, après les retraits du Mali en 2022, et du Burkina Faso en début d’année.

« Une page historique se tourne », confiait avec regret, quelques jours avant l’annonce du départ des militaires français, un général reconverti dans le secteur privé, pressentant les événements à venir. « J’ai vu finir le monde ancien », lâchait un autre gradé, dépité, fin juillet, dans la foulée du coup d’Etat nigérien, en référence au livre de l’ancien journaliste spécialiste des questions internationales Alexandre Adler, décédé quelques jours plus tôt. Un inhabituel moment de désarroi au sein des cercles militaires face à un reflux de la présence française en Afrique qu’ils espéraient jusque-là évitable.

Cet attachement à l’Afrique, l’institution militaire l’a longtemps défendu, avec le soutien de l’exécutif, au nom d’enjeux de sécurité : lutte contre le terrorisme, la corruption, le trafic de migrants et, plus largement, contre la création de larges zones de non-droit. Avec la fin de l’opération « Barkhane » en 2022, et face à l’impossibilité de venir à bout de la menace djihadiste, ces visées sécuritaires se sont muées en un souci de préserver une zone d’influence française, alors même que grandissaient les ambitions russes. Mais cette posture, censée s’accompagner d’un effacement du militaire au profit de la diplomatie culturelle et économique, a entretenu malgré elle une forme de statu quo avec le continent.

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Face au rejet grandissant de la politique française en Afrique et à son lot d’humiliations, des voix au sein des cercles de défense commencent toutefois à dénoncer en coulisse ce qui a toujours été une forme de tabou au sein des armées : le difficile décrochage du continent africain pour des raisons moins opérationnelles qu’organisationnelles. En clair, la difficulté à renoncer à un terrain d’entraînement rugueux mais pas trop exposé, francophone, permettant de faire tourner les troupes, les primes, et les postes de commandement, tout en contribuant au savant avancement des carrières.

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