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”  Je n’ai pas voulu ça ” : le fils de Firmine Richard jugé pour assassinat

Au premier jour de son procès pour assassinat, le fils de Firmine Richard, Keneff Leauva, s’est donné à voir comme un homme qui a sombré dans les réseaux sociaux et une sous-culture de la violence pour tenter de protéger sa mère. 

” Si ça se trouve, je ne verrai plus ma mère : je vais faire dix, quinze ou vingt ans… ” Lorsqu’il conclut son entretien sur sa personnalité avec le président de la Cour d’assises de Bobigny, la voix de Keneff Leauva se brise. Sa mère, l’actrice guadeloupéenne Firmine Richard : c’est LE sujet sur lequel le quadragénaire trapu revient en permanence, l’écueil autour duquel sa psyché bute au point de ne plus pouvoir revenir à la surface. ” Le plus important pour moi, c’est de savoir qu’elle va bien. Je l’appelle deux fois par semaine, je sais qu’elle sera toujours là pour moi. “

Depuis presque deux ans qu’il est détenu à la prison de Fleury-Mérogis, Firmine Richard est la seule personne à venir visiter son fils de 41 ans. Elle lui fournit également des mandats de 50 euros par mois afin qu’il améliore son ordinaire. Depuis vendredi 3 février, Keneff Leauva est jugé par la Cour d’assises de Bobigny pour assassinat ; il encourt jusqu’à la réclusion à perpétuité. 

Clashs diffusés en direct sur les réseaux sociaux

Le 11 avril 2021, au petit matin, la police est appelée au domicile de Firmine Richard – son fils vit avec elle – pour une rixe. En arrivant sur les lieux, ils croisent la route de Mamadi T., grièvement blessé : le trentenaire, un rival de Keneff Leauva sur les réseaux sociaux, décédera quelques instants plus tard, à l’hôpital. Immédiatement arrêté et placé en garde à vue, Keneff Leauva ne cherchera pas à nier l’évidence : initié sur un réseau social diffusant des ” clashs “, des disputes, poursuivi en bas de chez lui, leur affrontement a été diffusé en direct.

Bien qu’il reconnaisse avoir porté des coups de couteau ” pour se défendre “, Keneff Leauva réfute avec constance l’intention de tuer. Il a lui-même été opéré en urgence pour une mâchoire cassée et s’est vu prescrire trente jours d’ITT. ” Je n’ai jamais voulu ça “, déclare-t-il encore au premier jour de son procès pour assassinat. Présente dans la salle d’audience et partie civile au procès, la famille de la victime sanglote doucement et nombre d’entre eux secoue la tête. Mamadi T. allait avoir 40 ans lorsqu’il est tombé sous les coups. 

Failles narcissiques

C’est l’usage et la procédure pénale qui l’exigent lors d’un procès d’assises, la première journée est consacrée à l’examen de la personnalité de l’accusé. Lorsqu’il s’agit de Keneff Leauva, cet examen vire à la plongée dans une identité psychique troublée et dominée par la mère. Mandatée par le tribunal, l’experte psychologique n’a décelé aucune maladie mentale chez lui et décrit ” une intelligence normale ” mais des ” failles narcissiques profondes, des carences et des ruptures affectives. ” 

Face à l’experte – et ensuite face à la Cour – Keneff Leauva tient un discours ” déstructuré ” et a des difficultés à tenir des propos cohérents de façon chronologique. Son enfance, alors que sa mère doit le confier à sa grand-mère parce qu’elle est très prise par les tournages de films, est chaotique. Un père à la violence extrême – figure du milieu musical guadeloupéen – et une éducation défaillante, loin de ses origines et de ses racines guadeloupéennes, complètent un tableau psychologique accablant. 

La suite, l’adolescence et l’entrée dans la vie active ne sont guère concluantes pour le jeune Keneff Leauva. ” J’ai fait des bêtises pour attirer l’attention de mère, pour qu’elle soit plus présente “, confie-t-il encore à la Cour. Vêtu très simplement d’une chemise blanche et d’un gilet gris, l’accusé n’élude aucune question et parle volontiers. ” Je suis un moulin à paroles “, explique-t-il même. Il peine, cela dit, à se justifier de ses douze condamnations et de son comportement violent à répétition. 

” J’aurais dû plus écouter ma mère “

” Je ne suis pas homophobe “, assure-t-il, confronté à des condamnations pour violences aggravées par les caractères d’homophobie et d’antisémitisme. ” Je ne supporte pas qu’on s’en prenne aux mamans, je ne comprends pas qu’on puisse faire ça “, ajoute-t-il pour expliquer a posteriori des bagarres déclenchées et diffusées sur les réseaux sociaux. Au fil du temps, l’accusé a développé une véritable addiction à la diffusion de vidéos en direct. Plus elles sont violentes, plus elles rencontrent du succès : il traverse parfois la France pour se battre. Une de ces bagarres lui coûtera même une phalange de son petit doigt, ” mangé ” par un adversaire.

Selon lui, au-delà de sa quête personnelle de gloire, on s’en serait pris à sa mère en raison de sa notoriété. Firmine Richard a subi des appels malveillants et son numéro de téléphone a été diffusé sur les réseaux sociaux voire sur des sites pornographiques – et lui n’aurait voulu en somme que la venger et la protéger. 

Jusqu’à ce dimanche 11 avril 2021 où ce serait ” parce qu’il se rapprochait ” du domicile de Firmine  Richard que Keneff Leauva serait sorti armé d’un couteau de cuisine. Jusqu’à la conclusion même que l’accusé tire de cette première journée de procès face au président : ” J’aurais dû plus écouter ma mère, si je l’avais écoutée je ne serais pas là. ” Le verdict sera connu au dernier jour du procès, vendredi 10 février.

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