France

Deux morts dans un crash d'ULM au Pic Saint-Loup : et si la formation était en cause ?

Le président des Ailes Montpelliéraines, club d’ULM installé à Candillargues, sort de son silence après le crash qui a fait deux morts dont un instructeur, cet été, au Pic Saint-Loup.

Patrick Guitton, vous souhaitez aujourd’hui témoigner sur le crash d’ULM qui a fait deux morts, le 15 août dernier sur la piste de l’aérodrome du Mas-de-Londres. Pourquoi avoir attendu autant de temps ?

J’ai voulu respecter un temps de deuil. C’est un délai de décence. C’est terrible, il y a eu deux morts quand même.

Existe-t-il un rapport officiel sur cet accident ?

Non, je n’ai pas eu de rapport officiel du Bureau d’enquêtes et d’analyses pour la sécurité de l’aviation civile (BEA) mais je me base sur des témoignages.

Expliquez-nous !

C’est une faute humaine gravissime. Il s’agit d’un pilote chevronné que je connaissais bien puisque Fabrice Girelli passait la moitié de son temps chez nous aux Ailes Montpelliéraines à Candillargues en tant qu’instructeur et l’autre moitié à Avignon, où il a eu ses qualifications.

Le jour du drame, il avait décollé de Montaud, à côté de Saint-Drézéry, pour se rendre dans le Massif central. Mais au moment de passer sur le Pic Saint-Loup, puisque Fabrice était pilote planeur, il s’est dit tiens je vais aller saluer les copains. Il a voulu faire un passage à basse altitude, au ras du tarmac, où les planeurs de l’aérodrome du Mas-de-Londres étaient rangés, avec un passage entre un hangar et un arbre.

Et malheureusement, l’aile a accroché l’arbre, il est parti en vrille et il s’est crashé. Et avec 90 litres d’essence, ça a tout de suite pris feu. Un accident, c’est quand vous êtes en train de voler et que vous avez une avarie ou un problème indépendant de votre volonté, là c’est un accident. Mais ce qui s’est passé au Mas-de-Londres, aussi dramatique que cela puisse être, ce n’est pas un accident, c’est une faute comportementale qui n’est pas acceptable.

Ça coûte quand même la vie à deux personnes, le pilote, âgé de 60 ans, et sa femme, 50 ans. Je ne réagis pas dans vos colonnes pour taper sur quelqu’un, d’autant que ce dernier a perdu la vie, mais pour expliquer pourquoi c’est arrivé. Moi, ce que je remets en cause aujourd’hui, c’est la formation des instructeurs ULM.

Vous pouvez développer ?

Bien sûr, je m’explique. Quand vous avez un pilote lambda qui a un accident, on peut se dire, c’est un pilote lambda, il manquait d’expérience, ça peut arriver. Sauf que là, c’était un pilote instructeur. Et en juin, il venait de passer le diplôme de formateur d’instructeur au sein de son club d’Avignon.

C’est là que je me dis qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Il y a quelques années, un audit de la fédération a établi que s’il y avait des accidents avec des instructeurs, c’est parce que ces derniers étaient des vieux pas bons. Ils ont donc décidé de changer tout ça et de les former correctement.

Là où le bât blesse, c’est que dans ce crash, on a un bébé de la nouvelle formation des instructeurs qui plante un avion. Alors, là où je suis en colère, c’est qu’effectivement nos vieux instructeurs, ils sont peut-être un peu légers dans le domaine de la réglementation, idem pour la phraséologie mais ce sont de super pilotes. Ils sentent l’avion avec le corps.

Aujourd’hui, on a une formation qui a été révisée et ça devient compliquer pour les pilotes.

C’est-à-dire ?

On s’adresse à des publics pour lesquels si vous n’êtes pas commandant de bord A380 ou ancien astronaute d’Apollo, vous avez du mal à comprendre. Et quand c’est compliqué, ça passe pas, et résultat il y a deux morts.

Quand on donne des leçons en disant il faut changer l’instruction pour faire de bons instructeurs parce que les autres ne sont pas bons et qu’au final, il y a deux morts, faut se poser des questions.

Que dit la Fédération française Plum à ce sujet ?

Je suis en rapport avec la Fédération depuis très longtemps sur ce sujet et mon optimisme fait que je suis persuadé que le président Sébastien Perreau va aller dans le bon sens et que ça va s’arranger.

Mais aujourd’hui qu’est-ce qui se passe ? Une formation qui est trop compliquée ça ne marche pas, le pilote d’ULM moyen ce n’est pas Neil Armonstrong, il faut être simple avec lui. Et si on creuse un peu plus, pourquoi c’est compliqué ?

Ce n’est pas parce que les gens qui font ça sont compliqués dans leur tête, c’est parce que quand vous avez des responsables de la Fédération qui sont responsables de la formation, sont responsables de la sécurité et qui en même temps sont patrons d’une entreprise qui gagne sa vie en proposant des formations, pour moi il y a un souci. La recette, elle est facile. Vous avez un sujet et vous mettez en évidence la sécurité.

Tout le monde vous écoute. Puis vous expliquez que pour avoir la sécurité, il faut un processus très, très, très compliqué. Plus c’est compliqué et plus on vous écoute car vous impressionnez. Puis vous proposez des formations pour résoudre le problème et en même temps vous prenez des sous.

Combien coûte une formation aujourd’hui ?

Il y a quelques années, une formation de pilote ULM, ça coûtait entre 3 000 et 4 000 €. Aujourd’hui, c’est entre 6 000 et 10 000 €. Et je ne vous parle pas du renouvellement des instructeurs, tous les trois ans. Avant c’était 150 € et, je dois l’avouer, ce n’était pas suffisant, mais là c’est passé à près de 500 € hors frais de déplacement.

J’ai des tas d’instructeurs qui me disent qu’ils ne vont pas pouvoir payer tous les trois ans une telle somme. Donc s’ils abandonnent on va rapidement avoir un manque d’instructeurs. Et en plus, il faut quand même le savoir, il n’y a aucune personne en France qui gagne sa vie en étant instructeur.

Ces responsables qu’est-ce qu’ils disent de l’accident ?

Eux vous disent que c’est une panne moteur. Mais y’a pas de panne moteur. On attend toujours le rapport du BEA, certes, mais pour moi, il n’y a aucun doute. C’est une erreur humaine. Il a pris un risque énorme. Et en ULM, on ne peut pas se le permettre car ça ne pardonne pas.

Un tel accident a dû marquer les esprits, non ?

Vous ne pouvez pas imaginer. Par an, il y a une cinquantaine d’accidents en France et une dizaine de morts. Mais là, des pilotes m’ont même dit que leur femme ne voulait plus qu’il vole. C’est terrible pour notre activité. La discipline n’est pas dangereuse en soi sauf si on fait n’importe quoi.

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