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Débat sur le système électoral : A bon droit

On ne peut reprocher à l’opposition de faire des propositions visant l’organisation d’élection justes, équitables et apaisées. Veut-on tirer le meilleur parti du savoir-faire de chacun ? Il faut clarifier les missions. Veut-on responsabiliser les acteurs ? Il faut spécifier leurs tâches.

Echaudés par les «violences multiformes » consécutives aux «événements douloureux survenus avant, pendant et après l’élection présidentielle du 27 août 2016», le pouvoir politique avait pris acte de l’échec de la Cenap, décidant de la saborder. En vue de la prochaine présidentielle, il ferait œuvre utile en allant plus loin. © Gabonreview

L’opposition s’est exprimée à bon droit. On peut tout lui reprocher, mais on ne peut lui dénier le droit de se prononcer sur les affaires de la cité. Encore moins de faire des propositions visant l’organisation d’élection justes, équitables et apaisées. Ni les états de service ni le passé de certains de ses ténors ne peuvent justifier un refus du débat contradictoire. Bien au contraire. Instruits par l’expérience du passé, les présidents de Les Démocrates (LD), du Rassemblement des patriotes républicains (RPR), du Rassemblement pour le Gabon (RPG), du Rassemblement pour la patrie et la modernité (RPM) et de l’Union nationale (UN) ont le mérite d’esquisser des solutions à une question prégnante. Tirant les leçons de 2009 et 2016, ils disent vouloir réduire les risques de fraude. S’appuyant sur les rapports des missions d’observation électorale de l’Union européenne et de l’Union africaine, ils se veulent à la fois concrets et factuels. A la fin des fins, ils espèrent éloigner le spectre d’une déflagration sociale

Le montage institutionnel actuel ? Une source de confusion voire d’opacité

Certes la Cour constitutionnelle et le gouvernement peuvent se montrer rétifs au «transfert de toutes les compétences en matière électorale au Centre gabonais des élections – CGE.» N’empêche, avec un peu de bonne foi, on peut en convenir : le montage institutionnel actuel est source de confusion voire d’opacité. Comme l’avait relevé la Mission d’observation électorale de l’Union africaine (MOE-UA) au terme des élections couplées d’octobre 2018, «l’indépendance du CGE (…) est sujette à caution, dans la mesure où la préparation matérielle de ces mêmes élections relève toujours du ministère de l’Intérieur.» Selon les dispositions de l’ordonnance n° 00004/PR/2018 du 26 janvier 2018, le ministère de l’Intérieur est notamment chargé de l’enrôlement, de la confection de la liste électorale, de la distribution des cartes d’électeurs, du convoyage de la logistique et de la détermination des centres et bureaux de vote.

Certains s’appuieront sur les préconisations du Dialogue politique d’Angondjé pour défendre ce montage. Sauf à se complaire dans le mélange des genres, tout observateur peut l’admettre : les champs de compétences des intervenants doivent être mieux précisées. Pour éviter les «chevauchements» relevés en octobre 2018, il faut procéder à des «réajustements.» Il s’agit de parvenir à une «nette répartition des rôles» pour rendre le CGE plus performant. Veut-on tirer le meilleur parti du savoir-faire de chacun ? Il faut clarifier les missions. Veut-on responsabiliser les acteurs ? Il faut spécifier leurs tâches. Echaudés par les «violences multiformes » consécutives aux «événements douloureux survenus avant, pendant et après l’élection présidentielle du 27 août 2016», le pouvoir politique avait pris acte de l’échec de la Commission électorale nationale autonome et permanente (Cenap), décidant de la saborder. En vue de la prochaine présidentielle, il ferait œuvre utile en allant plus loin.

S’assurer de l’acceptabilité sociale des résultats

Pour construire un climat de confiance, il faut réfléchir à un système électoral alliant transparence et professionnalisme. Eu égard aux enseignement du passé, il semble irresponsable d’épiloguer sur les prérogatives de l’administration centrale. Pour s’assurer de l’acceptabilité sociale des résultats, il faut construire un mécanisme légitime. Juridiques ou institutionnelles, les réformes doivent résulter d’un processus participatif et inclusif. De même, elles doivent être conduites dans un esprit de responsabilité. Même si d’aucuns font mine de croire le contraire, personne ne gagne à ruser avec les principes d’une gouvernance électorale saine et efficace. Nul ne peut s’épanouir dans un climat de conflictuel. En tout cas, aucun pays ne se construit sur la confrontation permanente entre ses forces vives.

Confronté à une inédite crise politico-sociale en fin 1989-début 1990, Omar Bongo Ondimba eut le courage politique de convoquer la Conférence nationale. Même si les acquis furent liquidés au fil du temps, cette rencontre fit renaître l’espoir au sein de la population. Face à la crise de confiance actuelle, le pouvoir politique ferait mieux de le méditer. S’y résoudra-t-il ou prendra-t-il le risque de faire comme toujours ? A moins d’opter pour la terre brûlée, on ne peut songer à un remake de 2016, particulièrement cette terrifiante nuit du 31 août. Nonobstant les considérations politiciennes, sans occulter les arrière-pensées partisanes, la réforme du système électoral demeure une question d’intérêt national.