Gabon
This article was added by the user . TheWorldNews is not responsible for the content of the platform.

Jonathan Ignoumba quitte Les Démocrates pour le PDG : Equipée autodestructrice

Le parti de Guy Nzouba-Ndama pourrait soit devenir une force d’appoint soit se dissoudre dans le Parti démocratique gabonais (PDG).

La déliquescence des Démocrates a été facilitée par une mauvaise appréhension du combat politique, de son objet et de son sens. Quand Ignoumba le conçoit comme une affaire de famille, une simple question de rapports personnels ou amicaux, Guy Nzouba-Ndama y voit un moyen de parvenir à «un Gabon nouveau». © Gabonreview (Montage)

Auréolé de leurs résultats aux législatives de 2018, Les Démocrates ont ensuite eu beaucoup de mal à consolider leurs assises. Alors deuxième force parlementaire avec 10 députés, ils sont allés de dissension en dissension, offrant à l’opinion un spectacle à la fois consternant et prévisible. Au moment où d’autres partis fourbissent leurs armes en vue de la présidentielle, ils continuent de se déchirer. Si certains ont fondé leur propre boutique, curieusement dénommée «Les Démocrates libres», d’autres ont rejoignent le Parti démocratique gabonais (PDG). Le 12 du mois courant à Moulengui-Binza, en présence d’un Ali Bongo visiblement en pré-campagne, Jonathan Ignoumba a dit retourner à ses premières amours. Sans juger utile de se justifier, il a cru bon de proposer une «fusion-absorption», affirmant avoir dans sa besace de nombreux élus, nationaux et locaux.

Mauvaise appréhension du combat politique

Une fois de plus, ce parti vit une crise à ciel ouvert, digne d’une vulgaire coterie. Une fois de trop, un de ses ténors le quitte avec perte et fracas, sans mobile politique apparent. En moins de quinze mois, il a vu partir son président honoraire (Séraphin Akuré-Davain), trois de ses vice-présidents (Jean-Norbert Diramba, Martin Moulengui Mabende et Jonathan Ignoumba), son secrétaire général (Vincent Ella Menié) et son trésorier général (Jean-Pierre Doukaga-Kassa). Dans le même temps, il a assisté à la mort de son groupe parlementaire et au basculement de la mairie de Mouila dans l’escarcelle du PDG. A chaque épisode de cette équipée autodestructrice, les acteurs n’ont pas pu convaincre du bien-fondé de leur démarche. Quant à la direction du parti, elle a systématiquement accusé le coup. «Nous considérons que ceux qui abandonnent notre noble combat restent, par-dessus tout, des compatriotes», a récemment lancé Philippe Nzengué Mayila, comme pour se consoler.

Cette déliquescence a été facilitée par une mauvaise appréhension du combat politique, de son objet et de son sens. Quand Jonathan Ignoumba le conçoit comme une affaire de famille, une simple question de rapports personnels ou amicaux, Guy Nzouba-Ndama y voit un moyen de parvenir à «un Gabon nouveau, susceptible d’unir ses fils et ses filles dans la fraternité, la prospérité partagée, la dignité et la fierté retrouvée». Loin d’être mineure, cette différence de perception traverse l’ensemble du parti, compromettant l’émergence d’une vision partagée tout en alimentant la suspicion : en affirmant positionner Les Démocrates libres dans «une opposition réelle, franche (…)», Séraphin Akuré-Davain a retourné à Guy Nzouba-Ndama une accusation formulée quelques jours auparavant, quand ce dernier enjoignait Philippe Nzengué-Mayila de réaffirmer leur «ancrage dans l’opposition».

Une victime principale : Guy Nzouba-Ndama

A l’allure où vont les choses, Les Démocrates sont exposés à deux risques majeurs ; subir une nouvelle hémorragie ou se dissoudre dans le PDG. Dans un cas, ce parti pourrait se déliter au point de devenir résiduel, d’apparaître comme une force d’appoint prise en tenaille entre le Rassemblement pour la patrie et la modernité (RPM) et l’Union nationale (UN). Dans l’autre, son existence aura été une banale épopée, similaire à celles de deux autres révélations des législatives de 2018 : le Rassemblement pour la restauration des valeurs (RV) et les Sociaux-démocrates du Gabon (SDG), absorbés par le PDG depuis. A l’approche d’une présidentielle, ces deux pistes feront indubitablement une victime principale : Guy Nzouba-Ndama. Déjà, chez nos confrères du quotidien L’Union, Jonathan Ignoumba n’y pas allé avec le dos de la cuillère. «Le président Nzouba-Ndama ne sera pas candidat à la présidentielle», a-t-il affirmé, ajoutant, avec une rare impudence : «Mon combat (…) est de parvenir à une fusion-absorption (..) par le PDG, et de ramener le président Nzouba-Ndama à son neveu Ali Bongo». Rien de moins…

Peu importe l’issue finale, Les Démocrates auront été victimes d’une chose : le déficit de confiance. Depuis la création de ce parti, nombre de ses cadres vivent mal leur nouveau positionnement, comme s’ils avaient agi par suivisme ou par reconnaissance et non par conviction. Affichant un goût pour le lucre, ils scrutent et décryptent les vies de leurs coreligionnaires, alimentant ragots et commérages. Attachés au strass et paillettes, ils entretiennent le soupçon. Il en fut ainsi durant les dernières législatives, certains candidats se disant lâchés par Guy Nzouba-Ndama, pointé du doigt pour n’avoir pas financé leurs campagnes. Depuis lors, les choses sont allées de Charybde en Scylla, les accusations de collusion avec le PDG fusant de part et d’autre. Pourtant, si Les Démocrates avaient fait leur mise à jour idéologique, ils auraient pu tirer bénéfice de leurs poids au Parlement et devenir une véritable force d’avenir. Tout ça pour ça ?