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Présidentielle 2023 : Mettre le holà aux pratiques d’un autre âge

Les violences ayant émaillé le meeting d’Alexandre Barro Chambrier à Franceville ne sont à l’avantage de personne. Elles renvoient l’idée d’un parti au pouvoir prêt à tout, y compris à user de la répression ou à sombrer dans le divisionnisme, pour se maintenir.

Le PDG ne peut prétendre militer pour des «élections aux lendemains apaisés» et se montrer complaisant envers de petites frappes. À ce jour, personne n’y a condamné ces agissements, laissant le sentiment de les banaliser. © GabonReview (Montage) et Facebook/alexandre.barrochambrier

Les violences ayant émaillé le meeting d’Alexandre Barro Chambrier à Franceville, sont indignes d’une démocratie. Peu importe la virulence ou le caractère ciblé des propos du président du Rassemblement pour la patrie et la modernité (RPM), on ne saurait ni les justifier ni en minimiser la portée. A la fois politique et morale, cette faute n’est à l’avantage de personne. Ni le Parti démocratique gabonais (PDG) ni Ali Bongo n’en tirent bénéfice. Bien au contraire. Comme on peut le lire çà et là, le président sortant est désormais présenté comme «le fils du Haut-Ogooué», c’est-à-dire d’une province et non du pays. Par ricochet, il apparaît comme un candidat régional et non plus national. Au-delà, ces images renvoient l’idée d’un parti au pouvoir prêt à tout, y compris à user de la répression ou à sombrer dans le divisionnisme, pour se maintenir. Était-ce le but recherché ? On peut en douter.

Souvenir d’événements peu glorieux et traumatisants

A l’orée de cette campagne, il convient de mettre le holà à ces pratiques d’un autre âge. Pour ne pas laisser la haine et la violence s’enraciner, il y a urgence à rappeler les uns et autres au respect des fondamentaux de la démocratie : élections libres et transparentes, coexistence de plusieurs partis, égalité des droits et exercice des libertés fondamentales, notamment la liberté d’aller et venir, la liberté d’expression et la liberté de réunion. Sous aucun prétexte, de tels actes ne peuvent être tolérés. Et leur condamnation ne peut souffrir l’exception. Le PDG ne peut prétendre militer pour des «élections aux lendemains apaisés» et se montrer complaisant envers de petites frappes. Or, à ce jour, ni son secrétaire général ni les soutiens de son candidat n’ont condamné ces agissements, laissant le sentiment de les banaliser.  Pis, sur des fora de discussion, certains s’autorisent à parler d’ «effet boomerang des propos (…) incendiaires d’(Alexandre Barro Chambrier)».

Politiquement orientée, cette permissivité ravive le souvenir d’événements peu glorieux et traumatisants. Depuis la première présidentielle disputée, nombre de candidats ont été empêchés de battre campagne dans le Haut-Ogooué. Comme si cette province est la chasse gardée du PDG, Paul Mba Abessole, Pierre Mamboundou, André Mba Obame et Jean Ping en ont fait l’amère expérience. En août 2021, une tournée de Barro Chambrier y avait déjà donné lieu à des débordements. Ayant qualifié le président du RPM «d’invité indésirable», un ancien ministre fut accusé d’être l’instigateur de ces violences. Même s’il s’en défendit par la suite, il proclama quand même sa volonté de ne pas «livrer ce fief politique à un indésirable», obligeant certains observateurs à le mettre en garde contre le risque de déconstruction de l’Etat unitaire. Dans la foulée, les acteurs politiques furent priés de bannir la violence et de ne pas la considérer comme un moyen d’accession ou de maintien au pouvoir. Las…

Méthodes décriées

Une décision traduit le refus de certains cercles de renoncer à des méthodes pourtant décriées : la remise en cause des acquis du Dialogue national d’Angondjé. Ayant instauré l’élection à deux tours, exigé la transformation du Conseil national de la communication en Haute autorité de la communication (Hac) tout en donnant aux professionnels l’opportunité d’y désigner deux représentants, ayant maintenu la présence des représentants des candidats dans les bureaux de vote, cette rencontre avait débouché sur quelques avancées. Comme l’expliquait le Premier ministre d’alors, Emmanuel Issoze-Ngondet, «les violences postélectorales (de 2016 avaient) permis de mettre en lumière l’urgente nécessité d’une revitalisation profonde de notre démocratie, en y faisant contribuer l’ensemble des forces vives de la nation». Malheureusement, ces bonnes intentions n’ont pas résisté à la volonté du PDG de se maintenir au pouvoir, y compris en rusant avec les valeurs démocratiques et républicaines ou les principes éthiques et moraux. En plein processus électoral, l’ex-parti unique a ainsi cru bon de tout reconsidérer, se taillant des lois sur mesure.

Reste maintenant aux autres partis politiques et candidats de ne céder ni aux sirènes de la loi du talion ni à la provocation. Et surtout pas au découragement ou à la peur. N’en déplaise aux chantres du régionalisme et aventuriers de tout poil, tout Gabonais est chez lui sur l’ensemble du territoire national. En dépit des rodomontades ou certitudes des uns, le calme et la mobilisation restent encore la réponse la plus appropriée. Quant à la violence, elle demeure la voie la plus risquée et celle à bannir absolument pour des «élections aux lendemains apaisés».