Gabon
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Suspension du service minimum, plainte contre le secrétaire du gouvernement : Les magistrats du Gabon toujours sur le pied de guerre

Si certains avaient pensé que l’introduction au Parlement du texte relatif à leur statut allait convaincre les magistrats de reprendre le cours normal de leurs activités, il n’en est rien. Après le passage de la ministre de la Justice le 7 juin à l’Assemblée nationale, le Synamag de Germain Ella Nguema a dénoncé une mascarade. Le texte présenté aux députés aurait été tripatouillé par le secrétaire général du gouvernement contre lequel le syndicat a annoncé une plainte. En grève depuis 6 mois, les magistrats ont annoncé ce jeudi 8 juin le durcissement de leur mouvement par la suspension du service minimum. Tant pis donc pour les justiciables !

Germain Ella Nguema s’exprimant le 8 juin entouré des magistrats. © Gabonreview

Il y a 6 mois, les magistrats reprenaient leur mouvement de grève suspendu au moins de février 2022. La période de suspension, ont-ils dit à travers une déclaration ce jeudi 8 juin, leur avait permis de rédiger avec le ministère de la Justice, un projet de statut des magistrats. Le texte qui devrait permettre aux magistrats gabonais de s’arrimer aux standards internationaux de cette profession devait donc suivre son évolution normale par le circuit d’adoption. Après le quitus du Conseil d’État et son adoption en Conseil des ministres, il ne restait que son vote par les parlementaires. Mais celui-ci a selon le Syndicat national des magistrats du Gabon (Synamag) mis 5 mois alors que plusieurs textes honoraient cette étape dans des délais records.

«Aujourd’hui le pot auxroses est mis à découvert», a déclaré le président du Synamga selon qui le secrétaire général du gouvernement a pris la décision «de s’asseoir sur ledit texte et de le faire jaunir dans un tiroir». Alors que le 7 juin, le ministre de la Justice a soumis pour examen et adoption à l’Assemblée nationale le texte portant statut des magistrats en République gabonaise, le Synamag assure qu’il s’agit d’«un nouveau texte totalement différent». Le vote du texte arrêté par consensus étant l’un des préalables de la levée de leur mouvement de grève, les magistrats estiment «le texte soumis à l’Assemblée nationale dans la précipitation relève ni plus ni moins que d’une provocation de notre corporation».

Plainte contre le SG du gouvernement

Selon Germain Ella Nguema, le président du Synamag, toutes les avancées visant à éradiquer la corruption ont été supprimées. «Comme si le gouvernement de la République a choisi délibérément de continuer à clochardiser les magistrats», a-t-il commenté. Il se demande avec les siens, comment le SG du gouvernement, un fonctionnaire, peut se permettre de tripatouiller un texte déjà adopté par l’instance suprême qu’est le Conseil des ministres présidé par le président de la République. «À ce titre, nous déposerons ce jour une plainte avec  constitution de partie civile devant le juge d’instruction contre monsieur Jonas Prosper Lola Mvou en sa qualité de secrétaire générale du gouvernement et autres pour faux afin de tirer au clair la situation rocambolesque qu’il a créée en manipulant grossièrement le projet de loi qui devait mettre un terme à certains dysfonctionnements dans le milieu judiciaire», a-t-il informé.

Si Germain Ella Nguema assure que la corruption dans le milieu n’est que le résultat de la précarité dans laquelle vivent les magistrats gabonais, il soutient tout autant que le texte défendu le 7 juin par le ministre de la Justice Erlyne Antonella Ndembet «n’est pas celui validé par toutes les parties prenantes pendant les négociations». «Le Synamag ne s’y reconnaît pas et le rejette avec la dernière énergie», a insisté le président du Synamag selon qui estime que la récente interpellation du président Ali Bongo en tant que chef suprême de la magistrature n’a provoqué que la précipitation de la présentation du projet de loi à l’Assemblée nationale. «Il est désormais clair que pour le gouvernement, l’indépendance de la justice et la levée de la grève ne sont pas sa préoccupation», a conclu Germain Ella Nguema.

Tant pis pour les justiciables !

Le Synamag déduit donc que pour le gouvernement, le pays peut fonctionner sans la justice. «Cette posture est d’une gravité extrême pour un pays qui se proclame pays de droit», a déclaré Germain Ella Nguema qui relève que dans le pays, des organismes sans aucun impact dans la cohésion sociale sont créés et dotés de moyens financiers colossaux.  Le regrettant, il note également que les fonds du Gabon sont dilapidés à hauteur de milliards «par des individus aux origines douteuses» alors qu’une infime partie pouvait être affectée à la satisfaction des revendications légitimes de la Justice. Les magistrats, qui dénoncent une provocation, appellent au «retrait immédiat dudit texte et à son remplacement par la monture qui a été séquestrée au niveau du secrétariat général du gouvernement».

Blâmant l’arrogance et le mépris supposé du gouvernement à l’égard du pouvoir judiciaire, Germain Ella Nguema a demandé aux magistrats affectés à l’intérieur du pays, «toute affaire cessante à regagner Libreville pour une concertation nationale de la magistrature». De cette concertation, seront sorties toutes les actions qui seront menées dans les prochains jours. «D’ores et déjà, nous vous signalons que le service minimum est suspendu jusqu’à nouvel ordre», a annoncé Germain Ella Nguema. Tant pis donc pour les justiciables qui devront encore attendre pour le traitement de leurs dossiers. Ce, dans un contexte où, le syndicat des magistrats craint lui-même une année judiciaire blanche. Les magistrats rappellent qu’«il n’y a aucune Nation au monde se disant démocratique, sans une justice sérieuse dans laquelle les juges sont mis à l’abri du besoin».