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Peine « stalinienne » pour l’opposant russe Alexeï Navalny : 19 ans de prison de plus

C'est dans l'une de ces cellules qu'il attend son verdict. (photo AFP)

Déjà incarcéré pour neuf ans dans des conditions éprouvantes, le principal opposant au Kremlin, Alexeï Navalny, attendait ce vendredi sa nouvelle condamnation, cette fois pour « extrémisme », crime pour lequel le parquet a requis 20 ans de prison. Le verdict vient de tomber : il a été condamné à 19 années de prison supplémentaires.

(plus d’infos à venir)

Au 18ᵉ mois de l’assaut contre l’Ukraine, le régime de Vladimir Poutine a orchestré une vague de répression d’une ampleur inédite, rappelant l’époque soviétique. La quasi-totalité des opposants d’envergure ont été jetés en prison ou poussés à l’exil. Des milliers de citoyens ordinaires ont aussi été poursuivis, notamment pour avoir dénoncé le conflit, certains condamnés à de lourdes peines.

Opposant de longue date au président russe, Alexeï Navalny a vu la justice s’acharner contre lui avant le conflit en Ukraine, mais son sort s’est aggravé depuis. Il a été emprisonné à son retour en Russie, début 2021, après avoir survécu in extremis à un empoisonnement qu’il impute aux services de sécurité russes agissant sur ordre du maître du Kremlin, puis il a été condamné à deux reprises.

Son dernier procès en date, pour « extrémisme », se déroule à huis clos dans la colonie pénitentiaire IK-6 de Melekhovo, à 250 kilomètres à l’est de Moscou. Condamné en juin 2022 dans une affaire de fraude qu’il qualifie de vengeance politique, le militant de 47 ans y purge déjà une peine de neuf ans de prison.

Plusieurs équipes de journalistes se sont déplacées vendredi pour Melekhovo pour couvrir cet énoncé du verdict.

Alexeï Navalny, régulièrement placé en isolement et confronté à des problèmes de santé, avait dit jeudi s’attendre à une « peine longue, stalinienne ». « La formule pour la calculer est simple : ce que le procureur a demandé, moins 10-15%. Ils ont demandé 20 ans, ils donneront 18 ou quelque chose comme ça », a-t-il déclaré dans un message diffusé sur internet par ses proches.

Alexeï Navalny, qui s’est notamment fait connaître avec ses enquêtes sur la corruption du système de Vladimir Poutine et les manifestations qu’il a initiées, est accusé d’avoir créé une « organisation extrémiste ». Son Fonds anti-corruption (FBK) a été, de fait, banni en 2021 pour « extrémisme ». « Nous suivons cette affaire attentivement », a déclaré vendredi Jeremy Laurence, porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme durant un briefing de l’ONU à Genève.

Cellule disciplinaire 

Depuis sa prison, l’opposant s’est mué aussi en critique féroce du conflit mené par le Kremlin en Ukraine. Lors de son procès, il a ainsi dénoncé les « dizaines de milliers de morts dans la guerre la plus stupide et la plus insensée du XXIe siècle ». « Tôt ou tard (la Russie) se relèvera. Et il dépend de nous de savoir sur quoi elle s’appuiera à l’avenir », a-t-il ajouté.

Le Kremlin présente l’opposant en simple criminel, assurant que les poursuites à son encontre n’ont rien de politique. Toujours combatif, Navalny raconte sur les réseaux, grâce à des messages transmis par ses avocats, sa vie carcérale et dénonce, souvent avec ironie, le harcèlement qu’il y subit.

Il a ainsi été envoyé 17 fois en cellule disciplinaire, où on l’oblige à écouter des discours de Vladimir Poutine. C’est d’ailleurs dans une de ces cellules qu’il a attendu son verdict, puni par 13 jours d’isolement pour s’être « mal présenté » à ses gardiens, a expliqué fin juillet son avocat Vadim Kobzev sur Twitter, rebaptisé X.

Les conditions de détention d’Alexeï Navalny pourraient en outre encore s’aggraver après le verdict de vendredi.

En effet, l’accusation réclame son transfert dans une colonie pénitentiaire de « régime spécial », prisons à la plus sinistre réputation en Russie, réservées d’ordinaire aux criminels les plus dangereux et aux condamnés à perpétuité.

Le marathon judiciaire d’Alexeï Navalny risque aussi de ne pas s’arrêter là. Il dit être également poursuivi pour une affaire de « terrorisme » dans une autre procédure, dont peu de détails sont connus à ce stade mais pour laquelle il risque la prison à vie.