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Un «pschitt» en guise de clin d’œil

Zapping

La série sur «Les dernières heures de Mario Biondo» et l’évidence d’une thèse qui dérange

Raquel Sanchez Silva (à g.) et Mario Biondo (ici en 2012) ont fait une apparition publique.

Raquel Sanchez Silva (à g.) et Mario Biondo (ici en 2012) ont fait une apparition publique. Foto: Getty/Fotonoticias/WireImage

A première vue, voilà un fait divers certes tragique, mais doté d’un intérêt plutôt restreint pour le goût de tous ceux que les potins et scandales du «showbizz» laissent habituellement de marbre. Toutefois le contexte et les zones d’ombre de cette mort somme toute peu suspecte d’un caméraman italien dans son appartement madrilène offrent ce minimum de piment qui peut suffire aux marchands de rêve de l’industrie du streaming pour en concocter une série censée émouvoir les spectateurs en mal de sensations fortes.

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La mini-série espagnole «Les dernières heures de Mario Biondo» est ainsi à ranger dans la catégorie de ces productions conçues essentiellement pour entretenir un public friand de faits divers, notamment si des personnes plus ou moins célèbres y sont impliquées, et qui exploitent la moindre ambigüité dans les faits ou toute interprétation contradictoire, pour en échafauder une histoire dont le dénouement se solde habituellement par un «pschitt» aussi sonore que décevant.

Interrogation et certitudes

C’est le cas, justement, des mystères présumés entourant la mort de ce jeune homme trentenaire, Mario Biondo, originaire de Naples, caméraman dans des productions de téléréalité, et vivant à Madrid avec sa jeune épouse espagnole, Raquel Sánchez-Silva, une célèbre présentatrice de télévision.

Alors que son épouse est absente, Biondo tue son temps dans la capitale espagnole, y fréquente un bar mal famé, consomme de la drogue et est retrouvé le lendemain, au matin du 30 mai 2013, pendu par une écharpe à une étagère dans le salon de l’habitation commune du couple. Les premières constatations policières et médico-légales sont formelles et concluent à un suicide.

L’incompréhension tant du côté de la famille italienne du mort que de son épouse accourue sur les lieux du drame est totale. Pourquoi ce jeune homme, apparemment si heureux dans son couple et sa vie, se serait-il donné la mort si subitement et sans aucune explication?

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Or, les interrogations se muent très vite en certitudes. Il ne dure pas longtemps, avant que les parents de Mario Biondo, ainsi que ses frère et sœur, ne croient plus au constat officiel du suicide. Prenant rapidement ombrage du comportement de la jeune veuve, le pas d’un scepticisme lancinant à une conviction assumée est rapidement franchi: non seulement la thèse du suicide n’est, à leurs yeux, pas crédible, mais aussi cette épouse qui, selon eux, avait le culot de faire sans lui ce voyage qu’elle avait prévu avec son époux avant son décès, et qui s’affichait encore souriante et radieuse sur les réseaux sociaux, reprenait même son travail dans le showbizz, avait forcément quelque chose à cacher dans cette mort suspecte, qui – ils en sont désormais convaincus – n’était autre chose qu’un meurtre intentionnel et planifié, c’est-à-dire: un assassinat crapuleux.

Une obstination irrationnelle

Généralement dans les scénarios des documentaires «true crime», c’est à ce moment que l’un ou l’autre indice fait surface pour corroborer une théorie contraire à la thèse officielle et laisser subodorer effectivement le soupçon d’un crime crapuleux caché derrière les apparences. Or voici, que nenni! Voilà que les parents persistent dans leur obstination, continuent d’accuser la jeune veuve sans pouvoir avancer la moindre preuve en dehors de leurs accusations gratuites et de leur refus de vouloir admettre ce que les enquêteurs, juges et experts légistes, d’ailleurs espagnols et français, après pas moins de deux exhumations et trois autopsies, tiennent pour une certitude: le trépas de Mario Biondo est bien le résultat d’un suicide.

Or les parents, ne s’avouant pas vaincus, mettent toute une machine médiatique en route, une bonne partie de l’industrie italienne du divertissement de la téléréalité s’y implique avec des «experts» qui soudain font surface pour leur donner raison – et voilà que la série prend un tout autre tournant.

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Ce n’est plus cette mort évidente quoique entourée du mystère de sa raison qui y tient la place centrale, mais cette famille rongée par la douleur qui offre le spectacle pathétique de son comportement irrationnel, symptomatique du même complotisme obstiné dont dépendent encore et toujours la survie et les profits d’une certaine branche soi-disant documentaire de l’industrie mondiale du streaming cinématographique. Un «pschitt» bien calculé, en guise de clin d’œil, imaginé par la scénariste María Pulido, et qui a tout pour séduire tous ceux qui observent d’un œil critique ce que cette même industrie a pris l’habitude de nous servir et resservir tant que la recette est au rendez-vous!

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La mini-série «Les dernières heures de Mario Biondo» est disponible sur Netflix en trois épisodes à 45 minutes.