Morocco
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No pas(s)arán!

Quand on a normalisé le fait que pour entrer en boîte, un physio’ nous juge sur notre faciès et soupèse le prix de ce qu’on porte, on passe son chemin quand il s’agit de dénoncer la discrimination que va entraîner un pass sanitaire.

Depuis l’annonce de l’obligation du pass vaccinal, on assiste à toute sorte de réactions chez nos concitoyens. D’un côté les vaccinés et détenteurs d’un pass, pour lesquels cette annonce est passée crème. De l’autre, un florilège de cas qui ont tous autant de bonnes raisons de ne pas vouloir se munir d’un pass mais attention, il y a une nuance de taille, ces antipass ne sont pas pour autant antivax. 

Sur les réseaux sociaux principalement, les antipass étayent leur point de vue à coups d’arguments au cœur desquels trône, apeurée telle une reine assiégée, la liberté de circulation. C’est en son nom que certains refusent de présenter à l’entrée des commerces, salles de sports, hammams, transports, etc., ce nouveau sésame. Fort bien, jusque-là, l’argumentaire se tient. C’est conceptuel, c’est beau, c’est même utopique, voire même dégoulinant de naïveté ou de mauvaise foi, au choix. Tenir un discours qui consiste à dénoncer l’entrave à la liberté de circulation, et les inégalités que cela pourrait créer entre individus... Ça va deux secondes. Quand on a normalisé le fait que pour entrer en boîte, un physio’ nous juge sur notre faciès et soupèse le prix de ce qu’on porte, on passe son chemin quand il s’agit de dénoncer la discrimination que va entraîner un pass sanitaire. 

On a pu lire aussi, ici et là, formulé sur un ton condescendant mais sans en avoir seulement conscience, «hors de question qu’un agent de sécurité connaisse mon identité et ait accès à des informations sur ma vie privée». Dans le même genre, un cran au dessus, ceux qui sont vaccinés (et qui ont fait des pieds et des mains pour avoir un Pfizer pour pouvoir passer leurs vacances en dehors du Maroc), qui ont donc un pass sanitaire, mais refusent de le montrer, au nom de la protection de leurs données personnelles. Permettez-nous de pouffer. On ose espérer que vous n’utilisez ni GSM, ni carte bancaire, ni nouvelle CIN, ni Google, ni réseaux sociaux, ni GPS dans votre voiture, ni… Bref, que vous vivez tel Robinson sur son bout de sable, dans un trou perdu au milieu de l’océan, dénué de tout artifice moderne.

Encore plus fort, il y a aussi, dans les rangs des antipass, ces nouveaux militants de la liberté de circulation, ceux qui ont appliqué à la lettre le confinement et qui fustigeaient ces inconscients qui mettaient toute la population en danger en ne voulant pas respecter cet enfermement général. On a même essayé de catégoriser ces renégats en imputant leur désobéissance à leur catégorie sociale. 

Et puis, cerise sur le gâteau dans cette galerie haute en couleurs, il y a les antivax et antipass, férus de toutes sortes de théories complotistes qui ont vu leurs convictions et leurs grands discours fondre comme neige au soleil dès lors que le pass sanitaire a été rendu obligatoire. Ceux-là se sont rués vers les centres de vaccination pour recevoir leurs doses, la mort dans l’âme. Et, double cerise sur le gâteau, ces retardataires réfractaires se plaignent aujourd’hui au micro qu’on leur tend de la gestion déplorable de cette campagne de vaccination. Et vas-y qu’on tape sur le ministère de la Santé qui ne sait pas gérer comme d’habitude, et vas-y qu’on critique le long temps d’attente, et au passage le système qui bug, et les gens qui ne portent pas de masques dans les files d’attente… Sans pour autant s’imputer le moins du monde la responsabilité de cet encombrement qui occasionne forcément des couacs.

Comme on dit chez nous, fhem tssata