Le chef de la Minusca a plaidé, devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies, pour un renforcement conséquent des moyens mis à sa disposition afin de restaurer l’autorité de l’Etat centrafricain.La Centrafrique vit des heures sombres. Elle n’a toujours pas exorcisé ses vieux démons. En effet, la survie du gouvernement de cet Etat de l’Afrique centrale est fortement menacée par six groupes rebelles regroupés dans la Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC) et qui frappent à la porte de Bangui, la capitale.

Les combats à l’arme lourde ont fait, ces derniers jours, « plus de cinq morts » parmi les soldats de la force onusienne. Cela autorise Mankeur Ndiaye à dire qu’il y a un changement de paradigme dans ce conflit car « la CPC s’en prend volontairement à toute manifestation de l’État, qu’ils soient fonctionnaires à l’instar des préfets ou encore membres des forces de défense et de sécurité. De plus, les pertes récentes dans les rangs des casques bleus montrent désormais la volonté de ces groupes de s’attaquer directement » à la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en Centrafrique (Minusca).

Pour barrer la route aux groupes armés alliés – UPC, 3R, MPC, certaines factions du FPRC et des anti-balaka – « la composante police de la Minusca a mobilisé son potentiel au maximum pour accompagner les opérations militaires et réponses civiles ».

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Malgré tout, elle a recouru au soutien de la Mission Intégrée des Nations Unies au Soudan du Sud (Minuss) dans le cadre de la coopération intermission : « La mise en place rapide du déploiement des troupes et des hélicoptères de (la Minuss) a permis de hausser les capacités de la Minusca et le moral du personnel qui travaille dans des conditions particulièrement difficiles, surtout avec la Covid », a déclaré l’ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères.

Toutefois, le Représentant spécial du Secrétaire Général des Nations Unies en Centrafrique a admis que « la situation demeure tendue sur le terrain ». A l’évidence, les assauts répétés de la CPC mettent « à l’épreuve les capacités de la Minusca à assurer ses tâches essentielles de protection des populations civiles ».

Au regard des récents évènements, M. Ndiaye a donc demandé au Conseil de Sécurité des Nations Unies de proroger, « de quelques mois, la coopération intermission à travers le déploiement des troupes et des hélicoptères de la Minuss ».

En outre, il a sollicité dans le même ordre d’idées « une augmentation substantielle des effectifs des composantes en uniforme de la Minusca en l’occurrence la Force, la Police et l’Administration pénitentiaire » pour que la mission maintienne « sa posture robuste tout en disposant d’une plus grande mobilité ».

Le diplomate de formation a également souligné, dans son inventaire des limites de la Minusca, qu’elle « ne dispose que de forces de réaction limitée en effectif ne pouvant agir sur l’ensemble du territoire du fait de l’étendue du pays. (En plus) des capacités critiques (drones, hélicoptères d’attaque, capacités de franchissement ou encore forces spéciales) sont absentes du théâtre d’opérations et obèrent d’autant notre capacité d’action comme de réaction ».

Après ce diagnostic d’étape, le chef de la Minusca a proposé « de rehausser le plafond des Casques bleus autorisés à 14.650 soldats. Ces troupes additionnelles, si elles peuvent paraître importantes en première approche (3000 Casques bleus demandés), permettront à la Mission de disposer d’un outil robuste et adapté à la menace » qui déstabilise un peu plus ce pays pauvre.

Une Armée à remobiliser

Pour l’heure, les militaires centrafricains ne font pas le poids. A demi-mot, Mankeur Ndiaye l’a reconnu : « Les éléments des Forces de défense et de sécurité, dont environ 2600 militaires issus du recrutement de juillet 2020 n’ayant bénéficié que de deux mois de formation et environ 1000 nouveaux gendarmes et policiers, disposent de capacités tactiques limitées et semblent encore peu aguerris au terrain ».

Comme si cela ne suffisait pas, « lors des premiers assauts des rebelles, une grande désertion (a été) observée (dans l’Armée où il y a) une faible chaîne de commandement, un manque de sanctions dû à la non-opérationnalité des institutions de contrôle interne comme l’inspection générale des Forces Armées, la Justice militaire et le commandement militaire
».

La Minusca ne fournit à l’Armée centrafricaine qu’ « un soutien logistique limité pour le redéploiement progressif d’un nombre (faible) d’unités formées ou certifiées » par la Mission de formation de l’Union Européenne (UE).

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C’est la raison pour laquelle, le patron de la Minusca veut « la levée des réserves sur le soutien logistique aux Forces armées centrafricaines comme prévu dans (son) mandat ». Une telle décision se matérialiserait par une aide logistique « adéquate » pour la « protection des civils, la restauration et le maintien de la sécurité publique et de l’état de droit, mais aussi pour établir durablement des mécanismes de gouvernance, de commandement, de contrôle et sécuriser les frontières du pays ».

De même, a-t-il soutenu, un appui « technique plus accru à la Commission nationale de lutte contre la prolifération des armes légères et de petit calibre, pour la mise en œuvre de son plan d’action national de juillet 2019, pourrait aider à assurer une gestion responsable des armes et munitions du gouvernement et à contrôler la circulation des armes dans le pays ».

Dialogue toujours espéré

Certes, la Centrafrique a adopté en 2016 une nouvelle Constitution et organisé deux élections présidentielles remportées par Faustin-Archange Touadéra, la paix est très précaire. Mankeur Ndiaye ne s’y trompe pas : « La seule réponse durable aux défis actuels est sûrement politique. La réélection de Touadéra va bénéficier la Nation si le nouvel exécutif (est en) mesure d’apaiser les esprits en bâtissant des ponts avec l’opposition ainsi qu’avec les couches sociales qu’elle représente. Un gouvernement encore plus intégré sera désirable, avec un remplacement des éléments les plus radicaux par des membres plus impliqués dans la paix et la réconciliation ».

Par ailleurs, le Représentant spécial du Secrétaire Général des Nations Unies en Centrafrique a estimé qu’ « un dialogue renoué avec les éléments des groupes armés qui ont opté pour rejoindre la CPC, mais qui n’ont pas commis des crimes graves, va être fondamental pour cheminer sur un parcours de réconciliation ». Mais pour que ce processus de paix soit « vertueux », il ne doit aucunement « compromettre la recherche de la justice et la lutte contre l’impunité », a averti le chef de la Minusca.

Enfin, pour M. Ndiaye, « le deuxième anniversaire de la signature de l’Accord politique pour la paix et la réconciliation devrait sûrement offrir une nouvelle opportunité pour réaffirmer l’engagement des signataires aux valeurs contenues dans (ce texte) ainsi que pour revitaliser ses mécanismes de mise en œuvre, qui vont pouvoir atteindre leur potentiel seulement grâce au plein soutien de tous les acteurs concernés ».

L’Etat centrafricain, qui a perdu le contrôle d’une bonne partie du pays, a décrété l’état d’urgence pour quinze jours sur l’ensemble du territoire national à compter du 21 janvier.