Les 3 secrétaires généraux de la Coordination des Mouvements de l'Azawad
Les 3 secrétaires généraux de la Coordination des Mouvements de l’Azawad

Sous une surface apparemment lisse, des courants contradictoires agitent la situation sécuritaire dans la région de Kidal. De mystérieuses manifestations sans instigateur devant le camp de la MINUSMA, l’attaque d’un poste avancé à quelques kilomètres d’une ville sous contrôle de la CMA, … Que se trame-t-il dans les Adrars ?

Les manifestations ont débuté le 1er novembre avec un regroupement anti-français devant le camp des forces internationales. Or, cette date du 1er novembre est également une date anniversaire importante dans la région : celle de la création du MNLA. Ce qui peut sembler être une coïncidence devient troublant avec la suite des évènements. En effet, ces manifestations se sont renouvelées tout au long de la semaine en augmentant en intensité jusqu’à l’incendie de trois miradors du camp. A chaque fois, elles furent dispersées par la CESMAK, la police politique de la CMA. Toutefois, lorsque des sources proches de la CMA ont été interrogées sur l’identité des agitateurs, les réponses se font vagues. La CMA, acteur sécuritaire tout puissant de Kidal, essayerait donc de nous faire croire qu’elle ne sait pas ce qu’il se déroule dans sa ville ?

D’autant plus troublant que la semaine de manifestations contre les forces internationales s’est soldée par la prise à partie d’un poste avancé de la MINUSMA par quelques motos. Si cet évènement ressemblait à une tentative d’intimidation plus qu’à une véritable attaque, il interroge néanmoins. Comment quelques motos faiblement armées ont pu déjouer la vigilance de la CESMAK qui avait pourtant installé un périmètre de sécurité autour du camp de la MINUSMA, situé moins de 5km plus loin ? A moins qu’elles ne se sentent menacées car leur présence était connue de la CMA…

Alors que le JNIM a connu ces derniers temps des débâcles multiples, avec de nombreux morts suite à des frappes dans le Gourma, il semblerait que le temps soit venu pour le groupe de se recentrer sur Kidal. Car, on le rappelle, la CMA et les groupes historiques du JNIM sont issus du même fief. Le leadership du MNLA n’a-t-il d’ailleurs pas été revendiqué à sa création en 2011 par Iyad Ag-Ghali lui-même ? Le MNLA lui avait à l’époque préféré son neveu. Peut-être que le temps est venu de réunir les frères ennemis, le MNLA et les fractions historiques du JNIM. Après tout, ils sont pour beaucoup issus des mêmes tribus et des mêmes clans. Et quelle meilleure date que l’anniversaire de la création du MNLA pour initier ce rapprochement !

S’il ne faut pas sauter à des conclusions hâtives, l’hypothèse de la collusion semble de plus en plus plausible. D’autant plus que cette résurgence prudente d’activités contre les forces internationales au cœur même de la ville de Kidal coïncide avec la libération des prisonniers djihadistes qui, on ne le rappellera jamais assez, ont été relâchés dans l’émirat de Kidal… La mort de Bah Ag Mossa, le fidèle du JNIM, en route vers son fief de Kidal pourrait bien rapprocher ces Touaregs endeuillés au-delà des lignes mouvantes entre groupes armés signataires et terroristes. Gare à l’EIGS si cette alliance se consolide car l’influence de la CMA et du JNIM réunifiés s’étendra bien plus loin que Kidal…

Finalement, l’ensemble de ces éléments mène à questionner la crédibilité de la CMA qui, on le rappelle, s’est engagée dans la vie politique à Bamako. En effet, si le groupe armé signataire n’est même pas capable de faire régner la sécurité dans son fief de Kidal, comment pourrait-il exercer ses nouvelles responsabilités au sein du gouvernement de transition et mener le Mali vers la paix et la stabilité ?

Siaka SIDIBÉ

contribution pour Maliactu.net

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