Mali
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Maroc, Mali, Niger…La Françafrique à l’agonie, l’alimentation des centrales nucléaires aussi

Coup sur coup, la nouvelle constitution du Mali et le coup d’état au Niger ont porté deux coups importants à la Françafrique et mis en exergue la très grande impopularité de la France dans le secteur et la chute de sa puissance – le Niger étant aussi le pivot de l’armée française dans le secteur, avec le Tchad.

« Réorientation linguistique » du Mali au Maghreb en passant par le Rwanda

La nouvelle constitution du Mali, adoptée le 16 juin par 96.91% des électeurs avec un taux de participation de 38.2% – probablement lié à l’opposition de groupes rebelles du nord du pays et des imams – l’article 32 introduit la laïcité dans le texte, a été promulguée par le colonel Assimi Goïtra. Cette constitution fait partie d’un chantier de réformes institutionnelles mises en place par les militaires, et qui justifie leur maintien au pouvoir jusqu’en 2024, au moins.

Ce dernier mis au pouvoir par un coup d’Etat le 24 mai 2021, a continué sa stratégie de rupture avec la France dont le jalon précédent était la rupture du traité d’assistance militaire et le départ des troupes françaises… vers le Niger voisin. La constitution du Mali dans son article 31 acte la relégation de la langue française de « langue d’expression officielle » à « langue de travail », une loi organique ultérieure devant déterminer quelles sont les langues officielles du Mali – où l’on parle le bambara, le sonrhai, le fulfudé, le soninké ou encore l’arabe…

L’agence de presse dépendante de l’état turc TRT commente : « cette décision est loin d’être isolée. Le recul avéré de la langue française dans d’autres pays du continent s’inscrit dans un mouvement plus vaste de réorientation linguistique : au Maroc la ministre de la Transition numérique et de la réforme de l’administration, Ghita Mezzour, a annoncé le 3 juillet que l’arabe [serait] désormais la langue officielle de l’administration publique, des établissements publics et privés, mettant ainsi fin à l’utilisation du français dans ces domaines ».

Le Maroc, qui bénéficie pourtant des largesses de la France et d’un certain laxisme quant à l’importation de la drogue et la délinquance générée par ses jeunes ressortissants, donne un autre coup de pied à l’ex-métropole en initiant « une réforme éducative visant à généraliser l’enseignement de l’anglais à l’échelle du collège ». Et TRT de poursuivre, « la tendance est similaire en Algérie, où la langue française perd du terrain », toujours dans l’administration où l’arabe est désormais la langue officielle.

Idem au Rwanda, ex-colonie belge, qui a quatre langues, le kinyarwanda, le français, l’anglais et le swahili – qui a généralisé l’anglais dans les écoles en 2008, dans le but cette fois de se rapprocher du Commonwealth et des marchés anglophones de l’est de l’Afrique, des pays plus stables, aussi, que ses voisins immédiats francophones (Burundi et RD Congo).

Coup d’état au Niger, les intérêts de la France toujours plus menacés

Le 26 juillet dernier des militaires ont renversé au Niger l’ex-président élu démocratiquement Mohamed Bazoum, avant de rallier à eux le reste de l’armée. Les institutions ont été suspendues et les frontières fermées – mais certains expatriés, notamment français, auraient fui le pays. Le nouvel homme fort est le général Abdourahmane (ou Omar) Tchiani, chef de la garde présidentielle depuis 2011, qui a lui même déjoué des coups d’état en 2021 et 2022, et dont les tensions croissantes avec l’ex-président étaient connues – mais visiblement, pas des services de renseignement français, totalement pris au dépourvu. Il s’agit du 5e putsch au Niger depuis l’indépendance du pays en 1960.

Pendant la période de flottement entre le coup d’état et le ralliement de l’armée, des manifestations ont eu lieu à Niamey le 27 juillet où les locaux, sous de grands drapeaux russes, agitaient des pancartes « nous voulons la Russie » et appelaient cette dernière à venir appuyer le nouveau régime. Au même moment la Russie…organisait le sommet Russie – Afrique à Saint-Pétersbourg.

Si à priori, les russes n’y sont pour rien – Wagner est en pleine relève de ses troupes en Centrafrique et s’est installé en Biélorussie, érigeant un grand camp de tenters près du village de Tsel‘, ce qui signifie cible ou objectif, en russe – un nom prédestiné ? –, Evgueni Prigojine, présent à Saint-Pétersbourg au même sommet Russie-Afrique a posé en souriant aux cotés d’un membre de la délégation centrafricaine et a commenté le coup d’état au Niger sur son Telegram : « la destitution du président pro-français est, en fait, l’accession à l’indépendance du peuple nigérien ». Douguine s’est aussi fendu d’un commentaire sur Telegram : « le Niger est à nous ! La dernière marionnette de la Françafrique est renversée juste à temps pour le forum Russie-Afrique. Le Niger aux Nigériens ».

L’alimentation des centrales nucléaires françaises en péril

Le think tank géopolitique russe Rybar qui dressait le bilan du coup d’état le 27 juillet dernier écrit : « le Niger est l’un des points d’appui clé de la France et des pays occidentaux en Afrique de l’ouest. Des bases militaires française et américaine se trouvent dans le pays, et les hautes sphères politiques sont pro-françaises depuis des décennies, soutenant leur ancienne métropole. Par ailleurs le Niger, 8e producteur d’uranium mondial, est le premier exportateur d’uranium vers la France ».

Le pays compte aujourd’hui 1500 militaires français, mais aussi des militaires américains, italiens et allemands. « Auprès de ses alliés français, le président Bazoum insistait fortement pour que cettte présence soit la plus discrète possible, très conscient qu’il était de l’impopularité des forces étrangères dans son propre pays », rappelle l’Opinion (31.07).

Or, ce 31 juillet le Niger a annoncé stopper ses exportations d’uranium vers la France – en 2021, il représentait 24% des importations européennes, devant le Kazakhstan et la Russie – ces trois pays représentaient 67% de l’uranium consommés par les centrales nucléaires de l’UE ; en France, la part de l’uranium nigerien est plus faible, de l’ordre de 15%, contre 34.7% encore en 2020.

Une baisse qui s’explique par la fermeture de la mine de la Compagnie minière d’Akokan suite à l’épuisement des ressources – une seule mine demeure dans le giron français, Somaïr dans le nord du Niger, dont l’exploitation conjointe avec le gouvernement nigérien a été prolongée jusqu’en 2040 lors d’un contrat signé en mai dernier, il y a deux mois à peine. Un autre site, à Imouraren, actuellement sous cocon, devait être mis en production à partir de 2028 par Orano… mais ces projets semblent avoir du plomb dans l’aile.

Rybar commente : « les déclarations de Niamey soont plus un marchandage qu’une volonté de rupture – dans le but d’obtenir des conditions plus favorables pour vendre de l’uranium à la Cinquième République – après tout, le Niger n’est pas le seul producteur mondial […] et même si on en arrivait au scénario pour l’instant improbable d’un arrêt total des exportations d’uranium vers l’ex-métropole, l’uranium du Niger continuerait à être livré via des intermédiaires qui prendraient leur marge sur ces exportations, comme au Mali où les achats d’or et d’uranium passent par des entreprises canadiennes ».

Le Canada, l’Australie, la Namibie, des pays d’Asie centrale extraient et vendent de l’uranium – et puis, cette ressource minière est assez bien représentée en France et surtout en Bretagne (Gétigné, Piriac, aux alentours de Bubry et de Lignol en centre-Bretagne, Buhulien…) où des mines ont été exploitées des années 1950 aux années 1980. Mais au Niger comme en Asie centrale, il n’y a pas d’écolos radicaux et d’associations locales capables de mener de longues batailles judiciaires…

Les français ont fait leur deuil de l’empire, Macron est au chevet du club de foot de Sochaux

Et pendant ce temps en France ? Macron multiplie interventions directes et coups de téléphone pour sauver un monument du foot français, le club de Sochaux, qui n’arrive pas à être repris pour 12 millions d’euros, à peine le prix d’un attaquant de ligue 1, et encore, en bas de tableau, et qui le serait finalement avec un héritier Peugeot en tête de gondole puis à coups de subventions de collectivités territoriales et d’engagements des mêmes actionnaires chinois qui l’ont coulé, tout ça pour éviter la perte du statut professionnel et du centre de formation, et un nouveau désastre économique dans une région éprouvée par la désindustrialisation et le chômage. Une solution bien bancale et bien française qui laisse présager la répétition de cette déconfiture dans un ou deux ans.

Un décalage que souligne le journal libéral L’Opinion ce 31 juillet : « hasard du calendrier, le contraste entre des réalités pas fameuses et des ambitions sans doute hors de portée a rarement été aussi frappant. La France, endettée et frappée de crises sociales à répétition, apparaît bien en peine pour maintenir ce que le journaliste Jean-Claude Guillebaud appelait jadis les confettis de l’empire […] ”L’effondrement de notre politique africaine ne suscite en France que la plus profonde indifférence”, constate aujourd’hui l’ancien ambassadeur Gérard Araud, qui ajoute, ”je ne suis pas convaincu que ce soit une mauvaise chose”. Les français semblent désormais en avoir fait le deuil, contrairement à leurs dirigeants” ».

Le Niger, une bombe démographique (de plus)

Cependant, si les français ont fait leur deuil de l’Afrique – mais aussi les Bretons, et certaines entreprises de premier plan comme le groupe Bolloré – les Africains n’ont pas brisé leur lien avec la France et peuvent être tentés de s’y réfugier si les choses venaient à tourner au plus mal dans le Sahel où des groupes armés profitent du « printemps des coups d’Etat » et du laxisme des gouvernements restants pour se tailler de grands territoires d’où ils font fuir chrétiens et civils à coups d’attaques incessantes.

Sur ce plan, le Niger est une bombe démographique de plus, avec une explosion de la population sans rapport avec ce que les ressources de ce pays désertique peuvent fournir – il comptait 4 millions d’habitants lors de son indépendance, et 25 millions en 2021. On prévoit près de 70 millions d’habitants en 2050, avec toujours aussi peu de ressources.

Louis Moulin

breizh-info